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Il y a dans Elio une manière d’être monde avant d’être film. Quelque chose de circulaire, de plastique, de décalé — comme si Pixar n’avait pas tant cherché à raconter une histoire qu’à encapsuler un état d’âme, un flottement, une mue. Elio, onze ans, les cheveux en toupie, les mains toujours un peu trop pleines de dessins, d’angoisses, de mots qu’il ne sait pas dire — c’est le genre d’enfant qu’on laisse parler à voix basse dans une pièce trop grande. Et c’est peut-être pour ça qu’il est entendu dans l’espace.
Car Elio ne démarre pas : il se décolle. Littéralement. Une lumière, une vibration, un éclat violet, et voilà le garçon aspiré, propulsé dans une agora intergalactique aussi improbable que familière, sorte de forum antique transposé en architecture alien où chaque espèce parle en chantant sa mémoire. C’est une des grandes forces du film : cet usage du surréel pour dire l’hyperréel, du fantasme cosmique pour traiter ce que c’est, profondément, d’avoir onze ans, un père absent, une mère débordée, et un cœur trop grand pour sa poitrine.
La mise en scène — œuvre conjointe de Sharafian, Shi, et Molina — épouse cette délicatesse. Elle ne cadre pas, elle caresse. Elle ne pousse pas l’action, elle l’écoute. Tout est doucement penché, comme les regards vers le sol quand on est timide, ou les planètes qui s’évitent par pudeur gravitationnelle. Il y a du Hayao Miyazaki dans l’air (on pense à Le Voyage de Chihiro, évidemment), mais aussi du Spike Jonze, du Miranda July, du Albert Dupontel même, dans cette manière de faire jaillir l’émotion du bizarre, de la faille, de l’accident poétique.
Et puis, il y a Glordon. Impossible de ne pas l’aimer. Tentaculaire, gélatineux, oscillant entre Jar Jar Binks et un thérapeute de groupe, il devient, sans qu’on s’en rende compte, le miroir exact d’Elio : maladroit, émotif, drôle malgré lui. Quant à Olga, la tante mi-espionne, mi-institutrice, c’est l’anti-mascotte parfaite : une présence rude, quasi-tchékhovienne, qui permet au film d’éviter la mièvrerie.
Mais ce qui bouleverse, ce n’est pas la fable — assez classique dans sa structure —, c’est son exécution. Le soin maniaque accordé aux textures, aux silences, aux infimes ruptures d’intonation dans la voix d’Elio. La musique, signée par un duo de nouveaux venus, ne souligne rien, elle relie. Elle fait de la solitude un motif, du silence un pont, du manque une promesse.
Elio est un film sur l’imposture, mais pas celle que l’on croit. Ce n’est pas un garçon qui feint d’être ambassadeur : c’est un garçon qui, pour une fois, est cru. Et cette crédulité du monde à l’égard d’un enfant devient alors l’acte politique le plus bouleversant du cinéma Pixar depuis Vice-Versa. On en ressort sonné, apaisé, changé.
Il fallait oser la douceur comme arme de conquête spatiale.
Note : 16 sur 20