Dogville c'est la construction d'une communauté. Peu à peu, NK se transforme et s'intègre jusqu'à la déconstruction évidemment. Rajoutez à tout cela un style complètement hallucinant entre regards qui sonnent comme une répétition et décors nus, c'est une expérience plutôt inédite. Cependant la voix du narrateur dans la durée devient insupportable par ses commentaires sur l'action. Franchement trop long et dogmatique. La musique est ultra répétitive. Ça devient impossible
Pendant la Grande Dépression, une jeune femme en fuite est exploitée par une petite communauté. Un fable cynique au dispositif expérimental ingénieux, quasi sans décors, mais au récit, malgré quelques longueurs, captivant, portée par l'interprétation excellente de Nicole Kidman.
Le film le plus radical de Lars Von Trier. De par sa longueur imposante (on pointe à 2h50 les mecs, ce n'est pas rien) mais aussi et surtout de par l'angle d'attaque adopté. On parle d'un film où le décor se limite à une scène sur laquelle sont tracées des lignes blanches pour délimiter les contours des maisons et des rues de Dogville. Ajoutez à cela un côté ouvertement théâtral. Il faut s'armer d'énormément de patience. On ne s'aventure pas là-dedans à la sauvette. J'ai beau réfléchir depuis un moment, je n'ai pas souvenir d'autres films imposant un traîtement aussi schizophrène à son personnage principal. En effet, pendant 1h25 précisément, Grace bénéficie de la sympathie des habitants de Dogville qui l'ont accepté parmi eux avant de, dans l'heure 25 suivante subir le courroux de ces gens d'une manière si brutale que l'on se demande si l'on est toujours en train de regarder le même film. Mais, comme Von Trier fait toujours (ou du moins souvent) les choses bien, il réserve à Grace un final qui va lui faire comprendre que, finalement, avec un poil de pouvoir entre les mains, elle ne vaut pas mieux que ceux qu'elle brocarde (et ça ne répond pas au schéma du oeil pour oeil et dent pour dent) et côtoie avec une certaine arrogance. D'ailleurs, Nicole Kidman est franchement épatante. Si le voyage vers Dogville eput être raide, voire très raide, je puis quand même vous assurer qu'il vaut le coup d'être fait.
Lars Von Trier est assurément l'un des réalisateurs actuels les plus remarquables et les plus prometteurs, l'un des rares qui permettent d'espérer une renaissance du septième art, et «Dogville» en est à ce jour la plus brillante illustration. Le réalisateur danois nous offre là un film qui va vraiment à rebrousse-poil des tendances dominantes. Il y renoue certes avec la forme la plus linéaire, la plus classique, voire la plus académique, de la narration, mais la renouvelle en la considérant perpétuellement au second degré et en centrant sur elle toute l'attention du spectateur par une mise en scène profondément originale. On sait combien Von Trier est un remarquable conteur et l'histoire qu'il nous présente ici est merveilleusement bien agencée. Il serait gravement réducteur de n'y voir, comme plusieurs, qu'une critique primaire des USA. Le point de vue du réalisateur dépasse évidemment cet ancrage contingent et prétend à l'universalité. Aucune interprétation univoque du drame qui se joue sous nos yeux n'est possible. Le contrepoint perpétuel de la voix «off» ironique du narrateur est là pour nous interdire toute lecture au premier degré. Comment comprendre par exemple le terrifiant dénouement final? Le spectateur se surprend à l'approuver tant il est libérateur, alors qu'il est pourtant moralement inacceptable! Aucune justice humaine digne de ce nom ne tolérerait qu'on se fasse justice à soi-même en appliquant une peine totalement disproportionnée. Voilà une invitation évidente à la réflexion sur les mobiles les plus obscurs qui conduisent l'humanité dans ses agissements. On a par ailleurs beaucoup brocardé la remarquable mise en scène et les décors minimalistes. À tort, car ils sont pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise. «Dogville» est à mes yeux un chef-d'oeuvre, qui renoue par endroit avec l'équivocité de l'authentique tragédie, et un chef-d'oeuvre qu'on n'oubliera pas de si tôt. J'en fais le voeu et le pari!
Malgré une mise en scène extrêmement spécifique qui peut perturber la narration de bien des manières, Dogville se dégage par son rythme, ses interprétations et un scénario très fort. Une oeuvre vraiment à part, déconcertante et osée.
Encore un film expérimental pour le cinéaste danois Lars Von Trier avec cette fable mordante et cruelle. Très atypique sur la forme avec ses décors dessinés à la craie se déroulant dans le même lieu ainsi qu’excessive dans sa durée de près de 3 heures le réalisateur provoque et titille le spectateur grâce à un récit explorant la noirceur profonde de l’être humain. Emmené par Nicole Kidman dont la fragilité et la naïveté de son personnage font oublier toutes les longueurs du récit, elle est de plus parfaitement entourée par des seconds rôles convaincants. Une œuvre unique en son genre.
Quasiment 50% qui le classe comme chef d'œuvre, c'est vraiment bizarre. Un film qui est à voir par l'originalité de sa mise en scène particulière puisque tourné comme sur une scène de théâtre dépouillé, à voir pour la qualité du jeu de Kidman qui porte à bout de bras l'intrigue. J'ai vu ce film en ne connaissant rien de lui sinon sûr que j'y aurai pas été et il faut le voir comme il faut avoir vu Fantasia, pas pour les mêmes raisons mais c'est un film qui reste dans la mémoire. Pour la morale, chacun y trouvera la référence qu'il veut bien. Mais c'est long mais si long qu'il vaut mieux être enfermé dans un cinéma.
Bien évidemment, la première chose qui frappe dans "Dogville", c'est son dispositif révélant toute la théâtralité du récit : la ville est ici représentée dans un décor neutre avec des dessins à la craie au sol pour figurer les murs des maisons. Même chose pour le chien, les groseilliers et certaines portes. Ce dispositif, d'abord perturbant, finit par ne plus gêner tant Lars von Trier ne se repose pas dessus. Visant l'économie et l'épure alors qu'il aurait certainement livré de superbes plans en filmant réellement une ville dans les Rocheuses, von Trier déploie son récit tranquillement en neuf chapitres et un prologue, le tout narré par John Hurt. Le film nous conte donc le parcours de Grace, fuyant des gangsters dans Dogville. Recueillie à l'unanimité par tous les habitants, elle s'intègre à la communauté en les aidant. Mais leurs relations ne vont pas tarder à se détériorer, certaines personnes commençant à voir sa présence d'un mauvais œil. Dès lors, ce qu'il y a de pire dans l'être humain se révèle : la violence, les pulsions sexuelles, l'égoïsme, la veulerie, la lâcheté. A ce petit jeu, Lars von Trier est très fort, faisant monter la sauce pour mieux tomber dans quelque chose de glauque dans sa seconde partie, malmenant Grace pour mieux la préparer à sa vengeance... Dans ce rôle, Nicole Kidman est d'ailleurs absolument superbe, se montrant à la fois touchante et impitoyable, continuant de prouver son immense talent sans se reposer sur ses acquis. Entourée par de sacrés seconds rôles (Paul Bettany, Stellan Skarsgard, Ben Gazzara, Philip Baker Hall, Patricia Clarkson, Lauren Bacall, James Caan), l'actrice est impériale et donne encore plus de cœur à ce "Dogville" dont on admire le caractère implacable et résolument atypique.
Un petit budget loin d'être gênant pour ce qui est des décors de la ville. On a l'impression d'assister à une pièce de théâtre avec uniquement l'essentiel des accessoires. Une histoire perverse sur les bas-fonds des comportements humains au sein d'un petit village pauvre et perdu. J'ai bien aimé le fait de développer tous les personnages et de découvrir les bassesses de chacun. Finalement, Grace s'enfonce de plus en plus dans une gentillesse qui se transforme en esclavage. Et les habitants finissent par exprimer, dans la honte et la lâcheté, leur moindre manque sur elle. Cela peut se traduit par un isolement du village et une absence totale d'autorité morale.
J'ai juste adoré, passionnant du début à la fin. Je l'ai vu il y a des années et vu le concept je pensais pas autant accrocher, mais c'est tout le contraire. C'est toujours un plaisir de le revoir. Nicole Kidman est extraordinaire, et le final est un des plus marquants que j'ai eu l'occasion de voir !
Ce drame écrit et mis en scène par Lars von Trier nous propose une mise en scène très théâtrale et une absence volontaire (mais cruelle) de décors. Difficile d'entrer dans l'univers du réalisateur Danois, la forme, pour le moins aussi originale, se montre aussi surprenante que sombre. Son film est beau mais aussi très décevant, même s'il nous offre une superbe prestation d'actrice de Nicole Kidman.
Un film qui nous prouve (si lon en avait encore besoin) à quel point lêtre humain nest pas beau comme on voudrait bien le croire mais complètement pourri, surtout lhomme plein de moralité, bien pensant. Beau film, peut être un peu long, avec une voix off un peu trop classique, mais rempli démotions, de bons acteurs et avec une idée de mise en scène originale qui se laisse très vite oublié, et ce nétait pas gagné.
À côté de la misanthropie de Dogville, Melancholia ferait presque l'effet d'un conte pour enfant - non que je veuille diminuer l'impact de ce dernier. Cela, je crois, pose assez bien l'incroyable panorama anthropologique que propose ce Lars Von Trier, toujours aussi extrême dans le regard qu'il dévoile. Dans la possibilité du pardon ou celle de la violence perçue comme punitive ou éducative, ce Dogville est carrément un appel implacable à assumer, pour qui est supérieur aux masses qui dégoûtent le danois, la réalité de cette supériorité. Assez nietzschéen, en fin de compte, ce film totalitaire prône l'avènement du surhomme, le rejet de l'humanité comme une vertu également partagée entre tous et la nécessité d'une hiérarchisation dans les rapports humains qui sinon dégénèrent dans un nivellement par le bas vers la pure animalité, tout juste recouverte d'un vernis social craquelé. Si Von Trier est incroyablement stimulant, c'est parce qu'il navigue quelque part entre la caricature et une troublante impression de vérité, qu'il arrive, dans ce récit nauséeux, à provoquer un dégoût qui s'étend sans problème jusqu'à toute certitude prémâchée sur l'humain. Je suis assez impressionné par le culot du bonhomme, autant que je suis surpris de voir qu'une pluie de moralistes ne lui soit pas tombé sur la tête pour Dogville, quand Antichrist aura par la suite déchaîné les passions de façon disproportionnée. La preuve, sans doute, que beaucoup passent à côté de l'essence des films de Lars Von Trier et ce qu'ils disent vraiment de la personnalité du danois, puisqu'ils leur faut une violence organique poussée à l'extrême pour saisir pleinement celle du propos lui-même. Ici, il faut dire que Von Trier détourne superbement l'attention au moyen de son emballage formel, à nouveau d'une inventivité rare. Bien plus qu'un gadget marketing ou qu'un argument de vente, l'originalité de ce décor éventré et éventé tient en ce qu'il révèle de lui-même l'évidence des tares de ses personnages, déjà exposées au grand-jour avant même d'avoir éclaté. À la lumière d'un éclairage cruel et artificiel, privé de contours, réduit au humains et aux démarcations futiles qu'ils prétendent les séparer, Dogville est un lieu où nulle beauté ne prétend vainement cacher l'évidence : nous sommes tous des chiens, et quand viendra le bon catalyseur, nous nous révélerons comme tels. Sans concession, noir, inventif. Du Von Trier dans le texte.
On peut tout aussi bien crier au génie qu’au foutage de gueule, mais ce film de Lars von Trier, sorti en 2003, reste complètement déroutant. Sur la forme, le parti pris très théâtral avec des décors épurés (uniquement composés de quelques mobiliers et d’un tracé à la craie sur une grande scène pour délimiter les parois des maisons) donne un cadre surréaliste auquel on finit toutefois par s’habituer. Cela permet de détacher le spectateur de tout artifice matériel pour mieux se consacrer au sujet de fond. Car c’est bien là que le réalisateur danois veut nous emmener. A savoir, la description de la nature humaine dans ce qu’elle contient de reluisant et de plus sombre. L’usage d’une narration en voix off devient ainsi totalement indispensable pour déchiffrer ce drame psychologique effroyable porté par une impeccable Nicole Kidman. Bref, une œuvre absolument hors-sol que l’on peut aussi bien détester qu’apprécier, mais qui mérite d’être vue.
A peine trois ans après avoir vécu le calvaire infligé par l'épouvantable "Dancer in the dark", c'était très sceptique que je suis allé voir "Dogville". La perspective de voir un film de Lars Von Trier sans décors ni accessoires, alors que je n'avais pas non plus apprécié "Breaking the waves" ne laissait rien augurer de bon. Le résultat fut une énorme claque, qui fit presque oublier "Dancer...". Je n'avais jamais vécu cela au cours d'un film: partir sceptique, apprécier le spectacle, puis le détester arrivé vers la deuxième heure, et pour finir par être subjugué, absolument époustouflé. C'est exceptionnel. ça tient du génie. Et que dire au sujet de Nicole Kidman, prodigieuse... Bravo.