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Stéphane R
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3,0
Publiée le 23 mai 2023
Les frères Dardenne donnent à voir un drame de l'immigration confrontée à ses divers profiteurs. Et c'est bien de le faire. Merci. Mais ça reste assez didactique, excessivement sobre, parfois un peu maladroit dans le jeu.
De jolies scènes et un récit mettant au premier plan deux réfugiés (si rare) est des plus appréciables mais la direction d'acteur.trice.s est mauvaise (les dialogues sont récités) et le scénario souvent cliché.
Le film 'Tori et Lokita' est une histoire captivante où vous êtes entraîné dans l'histoire du premier instant à la fin. Les deux enfants sont fortement attachés l'un à l'autre et ne savent pas que faire sans l'autre. Quand un est déjà devenu légal dans le pays, ils veulent faire tout leur possible pour qu'ils puissent à la fois marcher dans les rues légalement sans problème et reprendre leur vie. Malheureusement, ils se retrouvent dans un mauvais environnement et ils ne savent pas comment s'en sortir. Le lien fort entre les deux est très touchant et rend toute l'histoire forte. C'est très impressionnant de voir comment ils peuvent arriver à quelque chose comme ça avec des acteurs non professionnels. L'histoire est forte et touche à un sujet sérieux dont on peut voir la dure réalité. Un inconvénient de ce film est qu'il est bien construit, mais a eu une fin soudaine qui aurait pu être meilleure pour moi.
Tori et Lokita représente les transactions de l’humain que l’on ne considère pas comme tel, que l’on ne reconnaît pas comme son semblable : la circulation des deux personnages, perpétuels migrants allant du centre aux lieux de plaisir qui composent la vie nocturne belge, en passant par les cuisines d’un restaurant italien peu recommandable et par l’entrepôt de culture de cannabis, révèle la circulation des espèces (billets, drogue) qui les accompagnent et qui, comme eux, demeurent cachés, illégaux. Les frères Dardenne nous donne accès aux coulisses d’une société malade et hypocrite au sein de laquelle les acteurs se masquent : « on ne t’a pas vue à l’église », reprochent les passeurs, jouant ainsi la carte de la religion ; de même, les services sociaux répondent par la négative à l’adolescente, mais de façon détournée : non, tu n’auras pas tes papiers car l’entretien a manqué de précision ; et quand il faut raisonner le jeune Tori qui ne comprend pas, périphrases et euphémismes se multiplient. En fait, personne ne veut véritablement de Tori et de Lokita, mais tout le monde semble pourtant avoir besoin d’eux pour le bon fonctionnement des activités souterraines. Ce n’est pas un hasard si la caméra à l’épaule suit Tori de dos lorsqu’il pénètre dans le préfabriqué par le toit pour rejoindre sa sœur : l’enfant ne sait pas où il doit aller, improvise, se laisse guider par son amour dans un dédale de tuyaux et de passages étroits qui sont autant de pièges. Une odyssée, en somme, qui nous immerge dans des espaces que l’on ne voit pas, que l’on ne connaît pas ; et la dernière sortie de route les jettera dans une zone indéfinie, friche industrielle en bord de route que l’on regarde parfois, lorsqu’on circule à côté, avec ce mélange de désintérêt et de crainte pour ce no man’s land que les cinéastes restituent dans sa sauvagerie et sa brutalité. Un immense long métrage porté par deux acteurs magistraux, Pablo Schils et Joely Mbundu.
Après avoir un peu tourné en rond, les frères Dardenne proposent Tori et Lokita, qui est d’ailleurs plus Lokita que Tori, mais qui est surtout assez différent de leurs précédentes réalisations. On retrouve des repères évidemment, des thématiques, un style, des comédiens non professionnels. Mais ça sonne nouveau, un vent de fraîcheur dans leur filmographie.
Captivant d’un bout à l’autre malgré des comédiens inégaux (c’est sûrement le seul défaut du film), on ne sent étonnamment pas le temps passer.
L’interprète de Tori est exceptionnel.
Et puis la fin est complètement inattendue, une conclusion magnifique. On a toutes ces questions sans réponses, comme si le film s’était arrêté trop tôt. Mais il s’est arrêté par nécessité, tout simplement.
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3,0
Publiée le 9 mars 2023
L'exploitation de la misère humaine au centre de ce nouveau film des frères Dardenne avec Tori et Lokita qui tentent de s'en sortir tant bien que mal alors qu'ils sont confrontés à des personnes malveillantes et un entourage nocif. Si Tori est déjà en règle en raison de sa situation dans son pays d'origine, ce n'est pas le cas de Lokita, qui doit trouver de l'argent pour payer la somme due au passeur et pour en envoyer à sa mère restée là-bas. Dans ce drame social, on suit ces enfants dans un monde cruel qui ne laisse que peu de place à l'espoir. Un monde qui ne pardonne aucune erreur comme le montre ce film réaliste et pessimiste. La lueur d'espoir ici, c'est ce duo lumineux et attachant que l'on aurait aimé voir des circonstances plus joyeuses. Bref, c'est tragique, mais pas mal.
J'adore le cinéma des frères Dardenne, mais on sent qu'ils cherchent à se renouveler sans trop savoir comment. C'était une bonne idée de commencer à prendre des acteurs connus (Cotillard, Haenel...), d'essayer formellement de proposer un peu autre chose que ces longs travellings caméra à l'épaule suivant les personnages (je caricature). Mais un peu comme Ken Loach, on sent qu'ils arrivent à bout de course et que malheureusement dans leur dernier film il ne reste plus que l'aspect tract. Comme si on avait voulu tout caser dans un film, les migrants, les viols, la drogue, il fallait absolument que ces deux gamins vivent tout ça, comme si un film devait être exhaustif, comme s'il fallait absolument tout raconter. Dans cet aspect là il me rappelle pas mal Sorry we missed you. C'est dommage, parce que les deux acteurs sont bons (surtout le gamin, il est génial), mais malheureusement la subtilité est morte dans ce film.
Lâchement assassinée...
J'aime beaucoup la scène d'ouverture où on a un gros plan sur le visage de Lokita essayant de raconter comment elle a retrouvé son frère. On ne comprend pas bien quels sont les enjeux, à qui elle parle, mais on voit que c'est important et au fur et à mesure du film on va comprendre un peu mieux. Malgré tout il restait une part d'ombre sur la réelle nature de la relation entre Tori et Lokita, frère et sœur ou bien de simples amis ? Le film penche clairement vers une hypothèse, mais ne le dit jamais explicitement et de toutes façons on a pas besoin de savoir, le film marche malgré tout parce qu'on voit que les deux sont très proches. Alors pourquoi donner la solution autour d'un dialogue qui a l'air de sortir de nulle part et totalement inutile ? On avait compris, pourquoi t'en rajoute ?
Même chose pour le message du film, on avait compris, pourquoi le faire dire explicitement à la fin du film ? Le film aurait été mille fois mieux sans. Sans cette impression que les deux Dardenne prennent quand même un peu leur public pour des vieux gâteux à qui il faut redire de quoi parle le film... Dans le Silence de Lorna je n'ai pas souvenir qu'ils avaient besoin d'être aussi explicites.
Et si ça ne rend pas le film mauvais, clairement ça fait écrit, ça ajoute de la lourdeur à un film qui dans son écriture faisait déjà très tract politique.
J'ai l'impression que les frangins sont passés à côté de ce qui fait clairement la force du film : le duo d'acteur. L'envie de rajouter absolument une couche de scénario par dessus, par forcément très fin, c'est du gâchis.
Alors j'ai aimé le film, j'ai été pris dedans, mais je ne pas peux m'empêcher de me dire que c'est un beau gâchis. En plus j'ai l'impression que c'est l'une des rares fois où les héros des frères sont aussi lisses et subissent autant, là où dans leurs meilleurs films (L'enfant et Rosetta) certes il y a un drame social au départ, mais le personnage fait un choix et un choix qui moralement est discutable, ce qui le rend immédiatement mille fois plus intéressant que notre duo du jour.
Bref, des pauvres oui, mais pas des saints pour le prochain film... Si vous voulez bien...
On retrouve ici la capacité des frères Belges à partir d'un sujet de société, qui occupe l'actualité des pays de l'Europe depuis plusieurs années, de bâtir un récit concis, sans fioritures mais doté d'un suspens véritable. Les éléments du puzzle sont rassemblés en tout dernier lieu, avec un talent de conteurs toujours aussi remarquable, y compris dans leur façon d'éviter le mélo. Les jeunes comédiens qui interprètent les deux personnages sont d'une parfaite justesse.
Film social. Un film doit-il dénoncer les injustices, les aberrations technocratiques et politiques, les cruautés des hommes, ces crapules qui profitent de la faiblesse, de la vulnérabilité. Ce film doit il accuser aussi cette France idéalisée où des mères, des parents envoient leurs enfants, leurs filles, loin de leur village, loin de leur famille, loin de leurs racines vers un Eldorado utopique mais qui ressemble à l'enfer. Si dénoncer, si provoquer le questionnement doit permettre une évolution des mentalités ou au moins une prise de conscience, alors à mes interrogations ? je repondrai oui. Mais si un film doit exister pour échapper à son quotidien, oublier les difficultés de nos vies , le pessimisme ambiant , je déconseille Tori et Lokita. Histoire dure d'une réalité insoutenable. Personnellement avais-je envie de voir ce genre de film ... Sans doute non et pourtant il me fallait le voir, c'était un devoir, un rappel terrible de vérités qu'on ne voudraient pas connaitre. Incroyables interprètes ses deux enfants qui incarnent cette fiction avec tant de sincérité. Merci aux Dardenne.
On ne pourra pas reprocher aux frères Dardenne la cohérence de leur filmographie. Depuis plus de vingt ans ils offrent au cinéma mondial et sous bannière belge (enfin wallonne pour être encore plus précis) leurs œuvres profondément sociales et contestataires, un peu comme Ken Loach le fait avec son style à lui pour le cinéma britannique. Avec des acteurs connus comme dans le magnifique « Le gamin au vélo » qui voyait Cécile de France s’essayer au cinéma de la fratrie belge la plus connue (et doublement récipiendaire de la Palme d’or, ce qui est très rare) ou encore Marion Cotillard avec le tout aussi intense et réussi « Deux jours, une nuit ». Deux films qui font partie des meilleurs d’une filmographie qui tend un peu à se répéter et devenir moins probante depuis quelques années (« La fille inconnue », « Le jeune Ahmed », ...).
Sans tête d’affiche connue, avec des acteurs non professionnels comme dans leurs premiers films, le duo signe avec « Tori et Lokita » une œuvre certes encore mineure mais bien plus réussie et belle que leurs précédents films. Ici, toujours dans la même veine sociale et humaniste, ils s’attaquant au problème des migrants sans-papiers. Des enfants de surcroit, qui ont tissé une amitié si forte qu’ils se font passer pour frère et sœur. Et que dire de ces deux jeunes acteurs débutants qui les incarnent à part qu’ils sont incroyables, attachants et très doués. Et qu’ils sont pour beaucoup dans la réussite du long-métrage. Cependant, et c’est le revers de la médaille, ils sont si touchants et mignons que cela fausse un peu le constat établi ici. En effet, les Dardenne nous offrent une vision déformée du problème, en plus d’être un peu prosélyte, tout autant qu’idyllique de ces jeunes migrants. Une sorte de chantage à l’émotion pour rameuter le spectateur à la cause, mais de manière un peu gênante car forcée.
Et sur le fond, il y a toujours aussi un certain manichéisme qui pointe le bout de son nez, écarté de justesse. Tout comme un dolorisme propre à leur cinéma et qui en fait la patte. Ceci mis de côté, « Tori et Lokita » est une plongée dans un monde que l’on ne voit pas, fait de petits combines et d’espoir pour survivre dans la jungle sociétale qui est la nôtre. Une sorte de survival social en somme. Le film est rythmé, prenant et la justesse de la relation de ces deux-là est si belle que l’effroyable dénouement nous tord le ventre. Un film nécessaire qui pointe du doigt un problème grave et le met là où ça fait mal mais qui ne lésine pas sur les moyens parfois un peu forts. Il n’empêche, la démonstration est radicale et puissante et le film plutôt réussi. On se souviendra longtemps de ces deux gamins et de leurs épreuves et de ce cinéma unique mais important.
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Le synopsis était prometteur mais les dialogues ne sont pas travaillés, le scénario bourré de clichés, le jeu des acteurs ( a l'exception de Tori) est très mauvais. Rien ne va alors qu'il y avait matière à faire un très beau film.
J'ai vraiment aimé la simplicité de ce film, ni le scénario ni les acteurs (très naturels) n'en font trop, et cela nous met au coeur d'une terrible réalité. Bien sûr que tout le monde est informé de ce problème d'une brûlante actualité... Mais ce film nous fait vivre au jour le jour l'impossibilité de survivre dans un monde dit évolué, civilisé, démocratique... Nous sommes simplement mis en situation et cela est bien plus percutant que n'importe quel blabla politique. De mon point de vue, ce genre de film peut amener à faire évoluer certaines opinions.
une histoire impeccablement racontée sans pathos, sobrement, avec des images si simples qu'on croit y être... Tori et Lokita, sans jamais surjouer leurs sentiments, nous expriment toute la souffrance de ces enfants livrés à eux-mêmes et prêts à tout pour s'en sortir dignement
« Tori et Lokita » est le dernier film de Luc et Jean-Pierre Dardenne, récompensé par le Prix spécial du 75ème Festival de Cannes… car une 3ème palme d’Or aurait été une trop grande « première » ! On suit 2 adolescents sub-sahariens exilés (probablement de l’ex-Congo belge) liés par une invincible amitié : Lokita (Joely Mbundu ), une bonne quinzaine d’années qui n’a pas pu obtenir ses papiers et ne peut donc travailler officiellement ni même devenir aide-ménagère alors que Tori (Pablo Schils) qui une dizaine d’années et a eu ses papiers car il a été « torturé » … ne peut pas travailler. La filiation est difficile à admettre par les services d’immigration belges alors qu’un test ADN aurait pu lever le doute mais à vrai dire existe-t-elle réellement, les 2 enfants s’étant peut-être liés pour survivre pendant leur exil via la Sicile ? Tous les 2 sont hébergés par un foyer d’accueil et Lokita travaille pour un cuisinier… en dealant. Le passeur lui réclamant de l’argent et elle souhaitant envoyer plus d’argent à sa mère, elle refuse de se prostituer deviendra une « cultivatrice » avec une seule visite par semaine des « patrons » pour lui apporter à manger et ramasser la récolte. Un film typique des Frères Dardenne avec un scénario qui tiendrait sur une page mais qui est magnifiquement filmé de façon linéaire, sans effets cinématographiques particuliers et sans pathos excessif… mais nous fait suivre les efforts et l’intelligence de Tori pour retrouver sa sœur séquestrée dans un hangar désaffecté un peu en dehors de la ville, et bien sûr sans téléphone portable pour éviter tout traçage par la police de cette ferme pour le moins singulière. Un film dont il serait outrageux de dire qu’il n’est qu’un excellent documentaire sur les « Mena » - mineurs étrangers non accompagnés -, problème non spécifique à la Belgique pour lequel les pays européens ne semblent pas faire de zèle afin de pouvoir les intégrer au plus vite !