Il y a quelque chose de fascinant à voir Edgar Wright s’attaquer à Running man. L’idée, sur le papier, avait tout pour séduire : une dystopie explosive, une critique des médias, un retour à une matière plus brute et politique après ses escapades stylisées. En adaptant de manière plus fidèle le roman de Stephen King, Wright semblait vouloir se défaire du kitsch eighties du film de 1987 pour livrer une œuvre plus ancrée, plus sombre, plus actuelle. Et à bien des moments, il y parvient. Mais ce qui aurait pu être un uppercut cinématographique se transforme peu à peu en une longue fuite à bout de souffle.
Le postulat reste redoutable : dans une Amérique brisée par la pauvreté et tenue en laisse par une télé-réalité meurtrière, un homme ordinaire devient le pion d’un jeu où il doit survivre 30 jours, pour un prix qui change sa vie… s’il reste vivant. La satire du divertissement ultra-violent, des médias manipulateurs, et de l’effondrement de la morale publique frappe encore. Wright orchestre le tout avec une réelle intelligence visuelle : son monde est cohérent, fouillé, étouffant. Le design dystopique, entre brutalisme et écrans omniprésents, impose un climat oppressant, sans jamais tomber dans le cliché cyberpunk générique.
Mais si l’univers est riche, la narration, elle, peine à suivre. Le rythme, d’abord tendu et efficace, se dilue dans une seconde moitié plus convenue. Trop d’enjeux sont lancés, trop peu résolus. Le film semble hésiter : veut-il être un thriller engagé, une fable révolutionnaire, ou un blockbuster d’action avec une conscience sociale ? En tentant de tout combiner, il finit par diluer son impact.
Glen Powell livre une prestation musclée et crédible. Il réussit à donner corps à Ben Richards, à le rendre à la fois déterminé, vulnérable, et parfois franchement imprévisible. Mais le scénario lui donne peu de matière au-delà de sa colère initiale. Il subit l’histoire plus qu’il ne la fait avancer. Son basculement en icône révolutionnaire semble plus dicté par la mécanique du récit que par une réelle évolution intérieure.
Face à lui, Josh Brolin compose un antagoniste charismatique, mais trop binaire. Killian aurait pu être une figure plus complexe, un manipulateur rongé par ses contradictions ; il reste une silhouette autoritaire, efficace mais sans surprise. Emilia Jones, Colman Domingo et Lee Pace apportent chacun des nuances intéressantes à leurs rôles, mais leur potentiel dramatique est trop souvent sacrifié au profit de l’action.
Wright reste un virtuose du montage et du tempo visuel. Certaines séquences sont électrisantes – notamment l’évasion dans les rues de Boston ou la traque à Derry – et témoignent de son savoir-faire indéniable. La collaboration avec le compositeur Steven Price ajoute une tension sonore constante, même dans les moments de creux.
Cependant, là où Baby Driver ou Last Night in Soho imposaient une signature claire, ici, la mise en scène paraît plus fonctionnelle. Elle sert l’histoire sans jamais vraiment la sublimer. On sent parfois Wright bridé, comme s’il s’interdisait d’oser au nom d’un réalisme dystopique qu’il n’embrasse qu’à moitié.
Le film aborde des thèmes brûlants : l’hypercontrôle médiatique, la désinformation algorithmique, l’indignation numérique vidée de son sens. Il y a là un potentiel immense, surtout dans cette idée brillante du deepfake utilisé pour réécrire la vérité en temps réel. Malheureusement, ces concepts sont lancés sans être approfondis. Le film préfère souvent l’illustration au questionnement. Ce choix de survol nuit à la portée critique de l’ensemble, laissant un goût d’inachevé dans ce qui aurait pu être une satire sociale redoutable.
Le dernier acte, entre jet détourné, manipulations en direct et exécution cathartique, coche toutes les cases du soulèvement populaire orchestré à la télé. C’est spectaculaire, parfois poignant, mais rarement surprenant. Le film se referme sur une note de soulagement révolutionnaire… qui ne remet jamais vraiment en cause le système qu’il prétend renverser.
La conclusion n’est pas fausse, mais elle est facile. L’émotion y est réelle, la résolution satisfaisante. Mais au fond, quelque chose manque : un choc, une idée, une fin qui hanterait. Le film se termine comme une série qui promet une saison 2 plus audacieuse… mais qui ne l’a pas encore tournée.
En somme, Running man version 2025 est une œuvre pleine de promesses, d’intelligence et d’audace contenue. Elle divertit, questionne parfois, séduit souvent… sans jamais aller au bout de ses intentions. Un film qui regarde la société dans le blanc des yeux, mais qui cligne trop souvent.