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steely_dan_76
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3,0
Publiée le 15 décembre 2021
J'ai un peu de mal avec les films de Kenneth Branagh ... il manque toujours quelque chose. Ici, ce sont les scènes d'action qui sont peu crédibles. Pour le reste, la photographie est plutôt réussie et la chronique sympathique ... sans plus.
Une écriture et une mise en scène hautement travaillées, qui raconte avec cœur et passion une période sombre des troubles en Irlande du Nord. Si reproche ne peut être fait sur cette volonté de fidèle retranscription historique, reste une réalisation au final classique, parfois ennuyeuse. Un documentaire se pourrait être meilleure alternative.
Entre deux adaptations d'Agatha Christie et des travaux plus ou moins alimentaires, nul ne contestera que Belfast est le projet le plus personnel de Kenneth Branagh, son Amarcord à lui, largement inspiré de son enfance en Irlande du Nord. Une œuvre en noir et blanc, où le monde est vu à travers les yeux d'un enfant de 9 ans, qui comprend mal pourquoi il ne va plus pouvoir continuer à vivre en paix dans une ville où protestants et catholiques se déchirent. La violence de la guerre civile de la fin des années 60 en Irlande du Nord est la toile de fond du film mais, hormis une poignée de scènes assez spectaculaires, elle n'est pas son cœur véritable, Branagh préférant traiter de l'insouciance et des préoccupations de l'enfance et surtout de la vie d'une famille, en partie privée de père, pour des raisons économiques. Le cinéaste/scénariste essaie de mêler drame et comédie mais n'y parvient pas toujours, son film manquant fondamentalement de profondeur et de fluidité, le récit s'éparpillant de temps à autre, même s'il apparait toujours comme sincère, chaleureux et attachant. La comparaison avec le Hope and Glory de John Boorman, grande réussite sur un thème commun, n'est manifestement pas à son avantage. Belfast n'est pas exempt de bons moments, pourtant, et bénéficie d'une interprétation sans défaut, avec Judi Dench, Caitriona Balfe et Jamie Dornan, entre autres.
Mais quel sublime noir et blanc que celui de « Belfast »! Si le film s’ouvre sur une jolie panoplie de plans en couleur et actuels de la ville nord-irlandaise, c’est ensuite le bicolore chromatique qui prévaut. Et on avait rarement vu d’œuvre le portant si bien. Les images sont magnifiques et elles collent parfaitement à ce récit d’apprentissage d’un petit garçon durant le conflit qui enflammera la ville du titre à partir de l’été 1969. Mais il n’y a pas que ce noir et blanc somptueux qui fait de ce long-métrage une réussite formelle indéniable. La mise en scène de Kennet Brannagh est enlevée, enjouée et pleine de classe. Les plans originaux et jamais gratuits s’enchaînent et il fourmille d’idées comme cette scène dans le cinéma où le film en couleur se reflète dans les lunettes de la grand-mère, touche minuscule dans un océan de gris. Et même le montage, très cadencé, et l’emballage musical sont du même acabit. On retiendra la très belle scène où les parents chantent et dansent sur le tube « Everlasting Love ». Vraiment, le cinéaste anglais nous comble avec l’un des films les plus esthétiques de l’année et qui semble avoir une bonne place pour les prochains Oscars (il a eu le prix du public au Festival de Toronto qui est souvent un bon baromètre).
Le cinéaste anglais signe peut-être aussi là son meilleur film après une carrière d’acteur qu’on ne présente plus et une de réalisateur bien plus chaotique et en dents de scie. S’il a commencé avec des adaptations honorables de Shakespeare, il s’est ensuite fourvoyé dans des produits hollywoodiens de plus en plus insipides à quelques exceptions près (son adaptation correcte du roman d’Agatha Christie, « Le Crime de l’Orient-Express » avant celle de « Mort sur le Nil »). De l’un des pires Marvel (« Thor » premier du nom, mais moins pire que le second), à une très triste « Cendrillon » en passant par la débâcle « Artemis Fowl », « Belfast » se permet de lui refaire une santé. En partie autobiographique (il avait l’âge du gamin lors de ces événements), le film touche par sa malice, sa bonne humeur et tout un tas de petits détails de l’époque mais peine néanmoins à véritablement émouvoir. Tout comme l’histoire aurait pu se doter d’une contextualisation politique plus importante à son film (avec des encarts en début et fin de film ou un personnage permettant de mieux situer l’action pour les non-irlandais). En effet, pour certains ce conflit restera un peu flou et peu expliqué même s’il n’est pas le sujet central du long-métrage.
Il n’empêche. « Beflast » est un film très agréable et qui regorge de jolis moments. On pense à certains vieux films français comme « Un sac de billes » ou « Les 400 coups » et un certain effet Madeleine de Proust s’empare de nous. La nostalgie passéiste fonctionne à plein et, malgré le contexte, on se prend à rêver de cette époque où tout était bien plus simple et naturel. Si le script peut apparaître un peu léger ou manquer de certains développements, le film est court et très rythmé. On ne voit pas le temps passer et on s’attache vraiment aux personnages. Que ce soit le petit Jude Hill (encore un enfant acteur au talent fou) ou le couple de grands-parents attendrissants joué par Judy Dench et Ciaran Hinds, on est conquis par cette famille attachée à sa ville malgré la crise en cours. Peut-être pas exempts de menus défauts, « Belfast » n’en demeure pas moins un bon film et surtout une claque visuelle qui régale les yeux des cinéphiles.
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