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Un visiteur
4,0
Publiée le 26 juin 2012
Film sur l'histoire, l'art mais également l'amour, la mort, la liberté. Un Rohmer bien complexe comme on les aime. Ce qui frappe immédiatement le spectateur, c'est ces étranges plans de Paris, résultant d'un mélange entre peinture ou du moins "art" pictural et le cinéma. Rohmer appartient à ceux qui pensent que l'art est le meilleur chemin vers la vérité. C'est ainsi qu'il procède pour rechercher la vérité historique : user de moyens artistiques en récréant entièrement les décors qui ont cohabité avec la révolution française. Ainsi tout le film ne prétend pas imiter la réalité, mais prétend au contraire la récréer, la réinventer pour la trouver. Voilà déjà ce qui prouve que Rohmer a une compréhension de l'art bien plus que satisfaisante. Le film est très intéressant pour de nombreux points. Tout d'abord pour ce que nous venons d'énoncer, mais également pour la manière dont il fait ressortir le côté sanglant voir inhumain de la Révolution française. La tristesse d'une aristocrate qui vit baignée dans l'horreur et sauve un homme de la mort est peinte tout au long du film. Comment être libre en ce comportant ainsi ? Est cela le véritable objet des lumières : détruire les riches pour les punir de toutes les injustices subies par le tiers état ? Ainsi vous le comprendrez certainement très bien, on ne peut qu'admirer le scénario pour sa créativité et la réflexion philosophique qu'il entame. Petit bémol peut être pour les dialogues, on a vu Rohmer tellement meilleur. La mise en scène est également de grande qualité. Comme toujours grands acteurs, beaux plans, belle gestion du mouvement et utilisation de la musique raffinée et intelligente. L'anglaise et le duc semble être le premier film de fin de carrière de Rohmer. Celui où la mort est présente et où la sagesse semble plus proche que dans les autres films. Cependant, on ne ressent pas encore toute l'émotion digne de ces présences. Son prochain film "les amours d'Astrée et de Céladon" e semble lui atteindre le titre de chef d'oeuvre.
L’Anglaise et le Duc est une œuvre de recherche et d’expérimentation qui se saisit des révolutions numériques liées, entre autres, aux fonds verts pour représenter la Révolution française non comme elle était mais comme la peinture nous en a transmis l’image. Aussi le recours aux effets spéciaux ne vise-t-il par la disparition de l’artifice par le parfait entrelacs du corps et du décor, mais au contraire à faire ressentir un Paris et ses étendus tels qu’ils pouvaient être perçus à l’époque. La notion essentielle est ici celle de représentation, soit le redoublement d’une réalité insaisissable par une autre, fruit d’une reconstruction par l’œil et le pinceau de l’artiste-peintre. Les personnages, comme le spectateur, vibrent dans cette vaste caisse de résonance qu’est l’Histoire ; et L’Anglaise et le Duc se préoccupe sans cesse de ce que les révolutionnaires – ou leurs victimes – pouvaient voir, sentir, toucher, comment ils s’habillaient et parlaient. C’est dire qu’exhiber l’artifice revient à le dépasser pour atteindre ce je ne sais quoi de véritable, une authenticité tirée du faux qui constitue la quête toujours rejouée du cinéaste. Et outre le portrait croisé de deux amis et anciens amants destinés à se perdre, Éric Rohmer brosse un autre portrait, celui de forces opposées qui s’affrontent. Il y a bien le peuple contre l’aristocratie, les peintures contre la reconstitution des intérieurs en studios ; il y a surtout l’affirmation d’une force de femme dans un monde d’hommes et de bourreaux, le masculin se caractérisant par ses manigances et sa soumission, constamment « esclave d’une faction ». Comme le reconnaît d’entrée de jeu Grace Elliott, « nous vivons dans un monde de calomniateurs ». Ou comment tirer de la duplicité des uns l’unicité de l’autre, et extraire du faux l’authentique. Une œuvre immense qui impressionne par sa densité et l’intelligence de sa forme.
Un film magnifique, centré sur le destin d'une amie anglaise du Duc d'Orléans, cousin de Louis XVI et partisan engagé de la Révolution française. Le Duc a été un homme privé excellent, mais aussi un homme public assez confus et pas très courageux-votant la mort pour s'éviter des ennuis-. L'atmosphère de l'époque, avec en particulier les visites domiciliaires sous la Terreur, est très bien rendus. De très bons acteurs et une direction de qualité.
La Révolution française et ses dérives sanglantes vues par une anglaise installée en France. Amie du duc d'Orléans, le cousin du Roi et futur régicide, Lady Elliott assiste avec effroi à la purge révolutionnaire. S'il n'était ses qualités esthétiques, la richesse des décors notamment, le film de Rohmer présenterait une réelle familiarité avec les languissantes dramatiques de l'ORTF! Car cette chronique sophistiquée et châtiée (a-t-on jamais entendu une anglaise parler si bien la langue française?) souffre, en dépit de l'originalité du point de vue, d'un constant manque de relief dramatique (si l'on excepte les dernières scènes). Certes, l'héroine est gracieuse -ainsi que ses conversations et ses effarouchements humanistes- mais l'éclairage qu'elle projette sur la Révolution et quelques uns de ses protagonistes historiques n'est pas franchement passionnant, n'a pas non plus les vertus d'une magistrale leçon d'Histoire. En tout cas, la faiblesse de l'intrigue n'est que partiellement compensée par le formalisme inédit et plaisant de la réalisation, où la technologie vidéo permet, sur des paysages et monuments dessinés, d'incruster des figurants, complétant ainsi une harmonieuse reconstitution d'époque.
Genre théâtre filmé ... C'est un film intéressant : il attise notre curiosité et nous fait entrer dans des pages d'histoire bien dures. La reconstitution du Paris de cette époque révolutionnaire est originale. Certes ... Mais sa mise en scène manque de naturel (de subtilité aussi) et le scénario brille en statisme. Le jeu emprunté de Lucy Russell renforce ce côté théâtral froid. En résumé, intéressant et sans enthousiasme.
Ce qui frappe évidemment en premier lieu c’est le remarquable usage de la technique numérique pour la reconstitution des décors du Paris révolutionnaire. Plutôt que d’opter pour le réalisme, Rohmer assume l’illusion cinématographique et se rapproche du pré-cinéma avec ces décors peints d’après les gravures de l’époque. Le résultat est magnifique. Ensuite, la description de la Révolution par deux témoins et acteurs, avec des dialogues intelligents, est un délice. Rohmer n’hésite pas à adopter le point de vue de son héroïne aristocrate et livre ainsi l’un des plus beaux films procédant de l’imaginaire de la Terreur.
Chef d'oeuvre avec fond et forme absolument sublimes. D'une originalité folle dans la mise en scène, esthétique splendide, histoire à la fois intime et avec un grand H, acteurs incroyables.