A Normal Family est un drame familial. En effet, nous nous immisçons dans une famille pleine de tensions : deux frères, Jae-wan, un avocat vénal et riche, et Jae-gyu, un médecin plus modeste. Cette différence pose d’emblée le dilemme morale entre les deux, présente dès l’introduction : lors d’un accident, une petite fille blessée va être soignée par Jae-gyu, tandis que le conducteur responsable de l’accident va être défendu par Jae-wan.
De l’autre côté, la femme de Jae-gyu, Yeon-kyeong, nourrit également des différends et de la jalousie envers Ji-soo pour sa jeunesse, la femme remariée de Jae-wan, qui a un nourrisson. Les enfants respectifs de la famille, tous deux lycéens, s’entendent bien et passent beaucoup de temps ensemble : Si-ho, le fils de Jae-gyu et Yeon-kyeong, est un adolescent introverti, tandis que Hye-yoon, la fille de Jae-wan, est la leader et s’apprête à entrer à Cambridge et entretient des tensions avec sa belle-mère. En bref, les relations entre les personnages sont déjà pleines de divisions, auxquelles vient s’ajouter la mère des deux frères, atteinte d’Alzheimer. Une réunion a d’ailleurs lieu entre les deux couples pour discuter de son cas, dans un restaurant chic, à une table isolée. Mais le débat va très vite dévier et mettre en lumière les différents conflits entre les couples. Plusieurs autres réunions au même endroit vont se répéter, instaurant une sorte de rituel.
Pendant ce temps, les enfants, déjà montrés comme ayant une curiosité morbide en regardant des vidéos violentes et polémiques, se retrouvent à leur tour impliqués dans une vidéo où ils tabassent un SDF, le laissant entre la vie et la mort. Le doute subsiste
au début, mais il est vite dissipé au vu des vêtements portés et des conseils juridiques douteux que Hye-yoon demande à son père. Le film bascule alors, et la question morale devient le centre du récit.
Les parents hésitent entre les dénoncer ou les protéger. D’un côté, Jae-gyu, fidèle à ses principes de médecin, veut que les enfants se rendent et conduit son fils au commissariat, avant de se rétracter, convaincu par sa femme, qui défend leur fils depuis le début. Le cheminement de Jae-wan est inverse : il veut d’abord protéger les enfants, mais sa femme Ji-soo va le raisonner en lui montrant des preuves accablantes de leur absence de remords, notamment un enregistrement du babyphone où on les entend dire clairement qu’ils pourraient recommencer.
Cependant, alors qu’il n’y a plus aucun doute sur leur culpabilité, Jae-gyu fait marche arrière, aveuglé par la manipulation de son fils, prétendant regretter son acte. Tous les personnages sont d’ailleurs difficiles à cerner, parfois odieux, mais restent attachants malgré tout. Pour conclure, le film s’achève sur une nouvelle réunion, cette fois-ci tournant au drame : Jae-gyu renverse Jae-wan en voiture sur la chaussée , parfait exemple de « fusil de Tchekhov », après plusieurs évocations de cette situation et de ses implications juridiques.
Le drame se conclut donc en tragédie pour cette famille désormais détruite.