La Corée nous envoie encore un film magnifique, éprouvant. Et même, on peut le dire, terrifiant pour les parents d'ados qui se disent: que ferais je dans un cas pareil? Qu'aurais je fait dans un cas pareil? Qu'aurais je fait pour mériter ça? Au départ, ce sont deux frères qui ont bien réussi dans la vie. Jae-gyoo (Jang Dong-gun -un fort bel homme d'ailleurs, même si ça n'apparait pas sur la photo!) est chirurgien. Il a une haute idée de sa mission, et n'hésite pas à aider des familles qui n'ont pas de couverture sociale suffisante. Avec son épouse, Yeon -kyeong (Hee-ae Kim), ils ont un fils, Si-ho, un ado renfermé qui subit un violent harcèlement scolaire, qui va jusqu'aux coups. A t-il été assez attentif, ce père, aux souffrances de son garçon? C'est une question qu'on sera amené à se poser.
Jae-wan (Seol Kyeong-gu), l'ainé, lui, est avocat, un avocat prospère qui s'arrange fort bien de la défense de crapules. Sa femme est morte, et il s'est remarié avec la très jeune et ravissante Ji-su (Claudia Kim). Ils ont eu un bébé. Et ils élèvent Hye-yoon (Hong Ye-ji), issue du premier mariage. Brillante élève, postulant à une université prestigieuse, c'est aussi une enfant gâtée. Les deux cousins s'entendent très bien; Hye-yoon aide son petit cousin moins doué.
Si ces deux là s'entendent à merveille, les relations entre leurs parents restent de façade. Les deux couples se retrouvent régulièrement pour diner dans un restaurant super chic; la table est remplie de petits plats auxquels, ma foi, on aurait bien envie de gouter.... Mais aucune tendresse, aucune empathie. Il s'agit de savoir si, oui ou non, on place dans une institution la mère, qui a complètement perdu la tête, actuellement hébergée chez le cadet. Mais un fait divers vient percuter le diner: Jae-gyoo soigne une petite fille grièvement blessée dans un accident où son père a trouvé la mort, causé par un jeune abruti au volant d'une voiture de sport, et, justement, Jae-wan en est l'avocat...
Voilà: la toile de fond est posée. Voilà la bourgeoisie prospère de la Corée du sud, qui ne diffère guère de la bourgeoisie prospère européenne -et d'ailleurs, le scénario est tiré d'une roman à succès du néerlandais Herman Koch, lui même inspiré d'une histoire vraie.
Et puis.... fait divers, un clochard est tabassé à mort par deux ados (il se serait moqué d'eux) et sur une vidéo, grâce aux vêtements, la famille les reconnait. Ce sont les deux cousins. Voilà, et c'est à partir de cela que nous, parents, commençons à nous bouffer les doigts en imaginant que cela eut pu nous arriver (après tout, un môme de 14 ans vient bien d'assassiner à coups de couteau une jeune femme qui ne lui avait rien fait, alors qu'il semble être issu d'une famille sans histoire). Comment aurions nous réagi? Y aurait il eu des basculements, des retournements de point de vue? Au delà de la satire sociale d'une société que le gout de l'argent et du paraitre a rendu exécrable, il y a cette question qui m'intéresse infiniment plus: jusqu'où est on prêts à aller pour nos enfants? Et surtout, quel est le mieux pour eux? Voit on vraiment arriver une génération dépourvue de morale, d'empathie, juste faite pour se gaver de biens matériels?
Dommage que la fin soit si bête. L'auteur a si bien tricoté la situation qu'il ne sait plus comment s'en sortir. Alors, il a recours au Grand Guignol...