A corps perdu
Un biopic consacré au parcours d’Oksana Chatchko ? A priori, ça ne nous parle pas beaucoup. C’est pourtant le sujet du film de Charlène Favier, qui s’est fait connaître en 2020 avec Slalom. Le pitch nous en dit plus sur ces 103 minutes : Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d'un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN. Réfugiée politique, artiste, activiste, Oxana franchira les frontières et militera sans relâche pour les droits des femmes et la liberté, jusqu'à risquer sa propre vie. Un personnage hors norme qui aura suscité bien des polémiques. Une femme dont la pensée profonde se résumait dans la formule : Sans combat, il n’y a plus de vie.
Ce biopic dramatique revient sur le parcours d’Oksana Chatchko, révolutionnaire et militante ukrainienne, décédée à Montrouge le 23 juillet 2018, à l’âge de 31 ans. Passionnée par l’art, elle a utilisé son corps à des fins politiques afin de faire passer différents messages autour de la précarité, du féminisme, du consumérisme ou encore de la corruption. La cinéaste réinvente le dernier jour de la vie de son héroïne, entre révolte et désespoir. Le film se partage donc entre ce dernier jour et le passé, pendant lequel on assiste à la création des FEMEN et leurs premières actions. Si la partie « historique » est haletante et passionnante, je n’en dirais pas autant de cette ultime journée toute en états d’âme et en outrances en tous genres. Car, le scénario a chargé la mule en voulant résumer de saynète en saynète, l’ensemble des activités d’Oxana à Paris en forme de requiem pour une guerrière.
La jeune comédienne ukrainienne Albina Korzh crève l’écran qu’elle ne quitte d’ailleurs jamais. Elle incarne avec fougue l’âme rebelle et anarchiste de son personnage historique. Elle est parfaitement entourée par Maryna Koshkina, Lada Korovai, Oksana Zdahnova et la française Noée Abita – qui avait été l’héroïne du 1er film de cette cinéaste -. Je sais que le biopic déstructuré est très tendance en ce moment, mais ici, la seconde partie parisienne se disperse trop dans son méli-mélo de flash-back pour être convaincante.