Après un premier volet sidérant, et un deuxième qui ne nous a (subjectivement) pas convaincu, le troisième opus des enquêtes de Monsieur Blanc réveille cette saga, trop vite enterrée (on a reposé notre pelle, et l'on fait notre mea culpa). Le changement de ton et de point de vue est ce qui va le mieux dans cette suite, prenant à présent la route d'un conte macabre fantastique (à la Stephen King, Edgar Allan Poe... Choisissez votre poison, on vous sert un bon verre) suivi à travers le regard d'un cureton de campagne qui ne comprend rien à ce qu'il se passe, se fait accuser de tous les maux, et continue de croire en la bonté humaine malgré tout. On a fondu. Ce personnage de pauvre bougre à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession (ah si, justement...), surtout campé par un Josh O'Connor comme d'habitude excellent (ce Monsieur ne choisira donc jamais d'être mauvais, ou même médiocre ? On se permet de plaisanter car il est vraiment exemplaire dans sa filmo), est un moteur ultra-attachant à suivre cette intrigue, un peu décousue sur sa fin (les explications sont un peu bancales). On mentionne ce qui nous a déçu dans ce film, comme pour l'évacuer dès à présent : la résolution nous a décontenancé. Pourquoi
cette course au diamant, si c'est pour le jeter au fond de l'océan, comme le dit le personnage de Glenn Close ? Le méchant curé l'aurait dépensé en gnole, et après ? Cela ne valait pas tout ce dérangement... Idem, le retournement de situation à la "Golum" ("Mon précieux"...) pour le Docteur Nat (Jeremy Renner) est très peu crédible (cela arrive trop subitement). Et dans son ensemble, cette intervention divine (pas au littéral, hein) du diamant en tant que mobile du meurtre à la toute fin du film, ressemble à une chute douteuse de roman policier (on nous dévoile l'info que lors de la révélation, c'est un peu facile...).
Mais, puisqu'il y a un immense "Mais" à toutes ces remontrances (priez pour nous, on se fait l'Avocat du Diable) : ce film fait du bien. Premièrement, revoir Jeremy Renner en pleine forme après son très grave accident (il est passé sous un chasse-neige) est réconfortant pour toute personne qui l'apprécie bien. Deuxièmement, tout le monde joue très bien, à commencer par (l'évident) Josh O'Connor, mais aussi Glenn Close qui ne compte pas laisser la jeunesse lui voler la vedette (elle est encore une fois excellente), Josh (pas O'Connor) Brolin furax comme jamais en curé vicieux, ou encore Andrew Scott toujours aussi bon. Troisièmement, le film laisse apparent des défauts de tournage, ce qui fait plaisir dans un univers de films toujours plus "propres", formatés, lisses... On cite par exemple cet écho sonore quand le cureton s'emporte contre Blanc devant l'église : l'acteur (O'Connor), pris dans la scène, tourne la tête vers l'église le temps d'une syllabe, qui est donc paumée pour le micro au-dessus des acteurs, mais revient en écho une demi-seconde plus tard, grâce au mur de l'église. C'est imparfait, ça ne fait pas "cinéma", ça fait juste beaucoup plus réaliste, et ils ont décidé de le garder, ce coup d'esquisse non effacé qui rend le dessin bien plus charismatique. Enfin, si vous pensiez que le film est dépourvu de finesse, repensez seulement au moment où la piste sonore se fait soudainement calme, au détour d'un mot au téléphone qui n'échappe pas au cureton, une détresse immédiate d'une standardiste qui se lit en écho sur son visage, une scène silencieuse que l'on retient comme l'une des meilleures du film. Alors oui, l'histoire macabre est moins fine que le jeu d'héritages du premier film (qui reste notre préféré), jusque dans son explication hasardeuse, mais le panel de personnages est divinement servi par les acteurs, le cureton est ultra-attachant dans son Dévouement (avec un grand D) à la cause humaine, et les petits défauts agréables qui ont été conservés nous rendent ce film fortement sympathique. A tous points de vue : Amen.