Plan 75
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2 abonnés 8 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 septembre 2022
Un film non seulement sur la mort mais surtout sur la vie que l'on veut avoir jusqu'à celle-ci, des personnages sublimes grace à de superbes prestations. Un succès Cannois et une sélection aux Oscars par le Japon bien mérités!
Isabelle K.
Isabelle K.

5 abonnés 93 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 octobre 2024
Au Cinéma La Salamandre du SEW - Morlaix, le film « Plan 75 » de Chie Hayakawa était programmé dans le cadre d’un café philo animé par le philosophe Olivier Verdun, autour du thème de l’euthanasie. J’avais raté ce film à sa sortie et j’étais heureuse de pouvoir le découvrir dans ce contexte d’échange.

« Plan 75 » est un programme mis en place dans un Japon dystopique qui ne semble pas, hélas, si utopique, visant à accompagner les citoyens de 75 ans et plus à mourir. C’est un service public géré par une société privée.

Autrefois (quand j’ai commencé ma carrière à La Poste par exemple, à la fin des années 90), le service public visait à informer, relier, soigner, protéger, rendre accessible les services à tous les usagers devenus désormais des clients, selon un système égalitaire et même péréquateur, sans discontinuité. Dans « Plan 75 », ce service public distancie les uns des autres et déshumanise avec zèle, enfermant les gens dans un endroit de haute sécurité, à perpet’. On n’est pas loin du couloir de la mort des maisons centrales. Le vocabulaire est toujours hyper-marketé pour faire passer la pilule (c’est le cas de le dire en l’occurrence, puisqu’une pilule suffit à la population ciblée pour disparaître à bas bruit et dans l’anonymat) : « maison » comme si les lieux d’enfermement ressemblaient à des cocons chaleureux ; « centrale » comme ces bunkers en béton construits en périphérie des villes pour mieux détenir, surveiller et faire oublier. Ainsi, à l’instar des prisonniers astreints aux longues peines, les adhérents au plan 75 sont isolés, reclus et scrutés jusqu’à leur dernier souffle. Sauf qu’eux n’ont commis aucun crime et reçoivent 100.000 yens pour ce paradis.

Comme tous les lieux d’enfermement, celui du plan 75, présenté dans une brochure en papier glacé comme un endroit de villégiature aux mille et un délices (quasi un Club med’ 3 tridents), réduit à néant les seniors (au début, il est question des +75 ans mais le programme fonctionne tellement bien que très vite, il est envisagé de ramener l’âge à 65 ans). Des bureaucrates se chargent de récupérer leurs biens et d’en usurper au passage (on n’est pas loin des dents en or à arracher ou des annulaires coupés pour des alliances en platine devenues trop serrées). Une fois les crémations effectuées (lesquelles, si elles sont collectives sont carrément prises en charge par le généreux état), les cendres sont recyclées en tee-shirt.

Ce sont de jeunes diplômés qui, moyennant de confortables salaires, à l’aide d’arguments positifs et d’éléments de langage traduits en termes de bénéfices, convainquent et encouragent les +75 ans non seulement à adhérer au programme et à ne pas y renoncer en cours de route. La compassion d’accord, dans les limites contractuelles. Jeunes et vieux ne doivent pas se rencontrer pour ne pas s’attacher : un centre d’appel regroupe ces fraîches recrues qui disposent de 15 minutes par semaine pour veiller à mobiliser chaque septuagénaire jusqu’à sa fin programmée (qu’importe son état de santé ou sa vivacité intellectuelle ; qu’importe la transmission).

« Plan 75 » créé de l’emploi et s’inscrit dans une dynamique d’économie circulaire. Exemplaire.

Cela se passe au Japon, qui ne dispose pas du même système de retraite que le nôtre, en France (pour quelques mois encore, en tout cas) et où les seniors travaillent jusqu’à 80 ans ou davantage. En fait, les vieux ne sont plus productifs et coûtent trop chers, ils gênent : « Plan 75 » est La Solution, comme les asiles d’aliénés l’ont été sous la IIIe République, ou les camps de concentration (d’internement) pour isoler Juifs, Arméniens, handicapés, antifascistes, homosexuels.
C’est glauque. Le problème de toute cette glauquitude, c’est qu’elle est vraisemblable. Crédible comme souvent le sont les histoires futuristes d’artistes visionnaires.

L’euthanasie est l’un des thèmes abordés dans « Plan 75 », qui a donné lieu, une fois le film terminé, à un débat irréconciliable et passionné. Et nécessaire. Comme tout sujet sociétal, celui-ci, comme l’IVG, dans la société des années 70, trouvera un début d’apaisement lorsqu’une loi l’encadrera et qu’il sera devenu un droit, protégé. Tant d’emphase, que l’on soit pour ou contre, est la preuve que la société progresse toujours davantage, au service de la liberté, du libre-arbitre et de la dignité.

#drame #sciencefiction #chiehayakawa #PLAN75
Aïdid
Aïdid

39 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 5 avril 2023
Un ennui total durant la majorité du film. On voit à peu près où veut en venir le réalisateur mais on est très peu transportés, les personnages restent assez vides, le rythme est horriblement lent et personnellement je n'ai pas ressenti d'émotions.
Vineuil
Vineuil

1 abonné 3 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 septembre 2022
Un sujet grave traité avec intelligence, tact et parfois avec humour . L'euthanasie institutionnalisée et rétribuée par les pouvoirs publics, sujet dérangeant que le metteur en scène rend passionnant aidé en cela par des interprètes talentueux et des images somptueuses et troublantes. Il faut oublier ses potentiels a priori et se précipiter pour voir ce grand film japonais.
Laurent J.
Laurent J.

3 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 septembre 2022
Plan 75, Film japonais , est très réussi , mais il faut dire épouvantablement réussi , puisque le plan 75 est la solution mise en place par le gouvernement pour lutter contre la charge économique que représente le vieillissement de la population : à partir de 75 ans , chacun peut percevoir une prime financière substantielle et bénéficier d un accompagnement psychologique personnalisé, moyennant la décision en contrepartie d accepter de se faire donner la mort. Il est convenu que cette décision n’est pas irrévocable, mais la solitude à laquelle chacun est confronté dans le grand âge au sein de nos sociétés hypercapitalistes est telle que la plupart des gens ne changent pas d avis. Un film très glauque , d une infinie tristesse , sans lumière , ou les jeunes portent sur la conscience de faire mourir les vieux , en échange d avoir simplement un job. Pas un mot inutile dans ce scénario qui met en scène une fiction socio-politique qui n’a même pas besoin de la science fiction pour se soutenir. Vraiment effrayant car trop probable. Un objet cinématographique nécessaire car il nous met en garde
Leo B.
Leo B.

3 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 septembre 2022
Plan 75 est par son approche et son atmosphère un film fidèle au cinéma japonais : sobre dans l’expression de ses émotions, la plupart des choses importantes passent par la suggestion plus que par la démonstration. Habitué et appréciant cette forme d’expression poétique mais distancée, j’ai apprécié ce film.

Le sujet du vieillissement de la population est dans l’air du temps, surtout dans le pays du Soleil Levant. On suit une femme âgée de 78 ans et toujours dans la vie active pour subvenir à ses besoins. Femme sobre et élégante, elle mène son bout de vie sans déranger personne mais sans avoir forcément de raison de s’accrocher, malgré une amitié avec une collègue de travail. Elle signe l’offre particulièrement alléchante sur le plan financier du Plan 75, un plan de l’État pour euthanasier les plus de 75 ans. Afin d’attirer le plus de candidats, il est leur proposé une coquette somme qui peut être dépenser librement. Cela semble trop beau et notre personnage sent le dilemme moral en jeu mais elle se laisse prendre dans la machine.

Le film semble parfois lent, sans but précis, mais c’est un leurre. La critique d’une possible dérive des nations concernant le troisième âge n’est pas virulente et époumonée mais souffle doucement tout le long du film. En soit, le scénario n’est pas original mais en faut-il un à tous les coups pour apprécier une œuvre ? Ici, c’est le jeu tout en finesse de l’actrice principale et ce qui n’est pas dit mais si évident qui font que ce long-métrage vaut le détour.

Ce n’est pas un film que je recommanderai à tous car le rythme peut en décourager beaucoup. C’est pourtant une petite pépite, d’ailleurs co-produite par des Français, où la musique originale joue beaucoup sur l’humeur et l’investissement du spectateur.

4/5.
zazzou PS
zazzou PS

3 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 avril 2023
A voir absolument.
Les plus : les messages sociétaux du film, la musique (discrète, au bon moment), de très belles images, une actrice principale remarquable et des rôles secondaires très crédibles.
Le moins : un scénario très intéressant sur le fond, mais assez peu construit

A l'heure où nos sociétés occidentales sont vieillissantes , où les solidarités inter-générationnelles se délitent, où le vieillissement devient difficile, il faut voir ce film pour aider à débattre sur le droit à mourir dans la dignité et l'aide active à mourir, se faire ses propres opinions.
Ce n'est pas un récit d'anticipation irréaliste, loin de là : le contexte est le meme, les contraintes (économiques, environnementales, sociétales) aussi.

Personnellement, j'ai pleuré quasi tout du long, bien que le film ne soit pas larmoyant ni mélo. Regardez là à un moment serein et paisible de préférence.
Si vous avez des difficultés à accéder à ce film sur les grands écrans, il est actuellement sur MyCanal.
Fodscraft
Fodscraft

30 abonnés 63 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 mai 2026
Dans un futur proche, le gouvernement japonais a mis en place le Plan 75, qui permet aux personnes âgées qui le souhaitent de bénéficier d’aides, financières ou autres, avant d’être euthanasiées. Dans cette dystopie, la société japonaise a adopté cette solution pour répondre au problème de vieillissement de la population. Le récit nous fait suivre plusieurs personnes volontaires pour ce programme.
De nombreux points sont soulevés dans ce film d’anticipation : la solitude des personnes âgées, leur poids économique sur la société japonaise, les rapports intergénérationnels, la surpopulation, … La réalisatrice a traité ce sujet suite au constat que la nouvelle génération respecte de moins en moins les personnes âgées, les considérant comme des « poids morts ». La fiction n’est pas loin de la réalité quand on parle de vieillissement démographique, on estime que la population japonaise, coréenne et d’autres géographiquement plus proche, peuvent disparaître.
A rapprocher de Soleil vert de Harry Harrisson, de Time out de Andrew Niccol.
Raphaël B12
Raphaël B12

12 abonnés 6 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 mai 2026
Il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que Plan 75 ne décrit pas un futur lointain. Ce premier long métrage de la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa — révélé à Cannes en 2022 dans la section Un Certain Regard et récompensé par la Caméra d'or spéciale — frappe par l'évidence tranquille de son postulat : une société vieillissante qui, au terme d'un glissement technocratique, finit par institutionnaliser la mort volontaire des seniors comme réponse aux tensions budgétaires.

Le film suit trois destins entrelacés dans un Japon légèrement futuriste mais parfaitement reconnaissable. Michi, 78 ans, femme de chambre dans un hôtel, voit ses conditions d'existence se dégrader jusqu'à envisager le programme ; Hiromu, jeune fonctionnaire du Plan 75, voit sa foi dans le système se lézarder lorsqu'il retrouve son oncle parmi les candidats ; Maria, aide-soignante philippine, voit sa conscience s'éveiller face à l'ampleur de ce qu'elle facilite. Hayakawa refuse le roman à thèse. Elle n'accuse pas, elle observe. Et c'est précisément cette neutralité apparente qui glace le sang.

Ce qui frappe peut-être le plus dans Plan 75, c'est la manière dont le programme s'engouffre dans les failles de l'isolement pour exister. Certains candidats ne s'inscrivent pas par épuisement ou par maladie, mais simplement parce que le Plan leur offre ce qu'ils ne trouvent plus nulle part : quelqu'un à qui parler. Une hôtesse dédiée, disponible, attentive, dont la voix au téléphone devient le seul lien humain régulier. Cette solitude-là — documentée, massive, scandaleuse dans nos sociétés pourtant hyperconnectées — est le vrai moteur du système. Ce n'est pas la mort que ces personnes cherchent : c'est une présence. Le Plan 75 l'a compris et en fait un outil de recrutement. C'est sans doute la séquence la plus glaçante du film, précisément parce qu'elle ne montre aucune violence : juste une vieille dame qui sourit parce qu'on l'écoute enfin. La trajectoire d'Hiromu dit la même chose en creux : tant que son oncle reste un dossier, il peut continuer à fonctionner. Le jour où il met un visage familier sur un numéro de candidat, tout s'effondre. La machine ne résiste pas à la rencontre. C'est peut-être là l'enseignement le plus subversif du film : l'humanité n'a pas disparu — elle a été soigneusement tenue à distance.

La fiction de Plan 75 est confondante de banalité parce qu'elle s'inscrit dans un continuum réel. Le Japon est, dans le monde actuel, la société la plus vieillissante qui soit — plus de 30 % de sa population a déjà 65 ans ou plus. La pression sur les systèmes de retraite et d'assurance maladie y est documentée, chiffrée, politiquement explosive. Le film ne fait qu'extrapoler une logique déjà à l'œuvre — le coût de la vieillesse — jusqu'à son terme le plus radical.
Dans d'autres pays dits avancés, la trajectoire est moins frontale mais tout aussi instructive. Le Canada, avec son programme MAID (Medical Assistance in Dying), a vu en quelques années les critères d'éligibilité s'élargir bien au-delà du pronostic vital immédiat. La Belgique et les Pays-Bas, pionniers de l'euthanasie légale, enregistrent une augmentation continue du nombre de cas déclarés, désormais pour des affections non terminales. L'Espagne a légalisé l'euthanasie en 2021. L'Allemagne a ouvert la voie au suicide assisté après une décision de sa Cour constitutionnelle en 2020.

En France, le débat avance à pas feutrés, mais il avance — et certains de ses promoteurs ne s'en cachent plus. Lors d'une réunion publique organisée par l'association Le Choix le 30 novembre 2024, Jean-Louis Touraine, député et déjà auteur d'une proposition de loi sur l'euthanasie en 2017, expose avec une franchise inhabituellement crue sa stratégie : obtenir le maximum dans une première loi, puis « revenir tous les ans » pour en élargir le champ. Il reconnaît lui-même que cette première loi exclura les mineurs, les maladies psychiatriques et même Alzheimer — mais une fois la porte ouverte sur la maladie de Charcot ou certaines tumeurs généralisées, l'argument de l'inégalité entre malades permettra d'étendre progressivement les conditions d'éligibilité. C'est exactement le scénario que Plan 75 met en images : non pas une décision brutale et frontale, mais une pente douce, balisée de bonnes intentions et d'ajustements successifs, au bout de laquelle on finit par ne plus reconnaître le chemin parcouru. La clause de conscience des soignants, aujourd'hui protégée, sera débattue. Le consentement — dont on sait combien il peut être subrepticement orienté par la culpabilité sociale ou la pression de l'entourage — deviendra l'enjeu central.

Ce que Plan 75 dit sans le dire ouvertement — et que les débats politiques peinent à formuler franchement — c'est que derrière l'argument de la dignité se profile un calcul budgétaire. La dépendance d'une seule tranche d'âge représente plusieurs dizaines de milliards d'euros annuels pour les systèmes de protection sociale. Permettre à 1 % seulement d'une génération de recourir à un programme d'euthanasie « consenti » permettrait des économies substantielles, difficilement avouables dans un discours républicain centré sur les droits. Le film le suggère discrètement mais implacablement : les recruteurs du Plan 75 ont des objectifs. Ils ont des scripts téléphoniques. Ils ont des primes.

Plan 75 le montre sans ambiguïté : le programme ne touche pas tout le monde de la même façon. Ceux qui ont une retraite suffisante, une famille présente, un patrimoine à transmettre — ceux-là résistent, diffèrent, refusent. Les candidats volontaires sont presque tous des déclassés : des travailleurs précaires qui n'ont pas eu les moyens de cotiser suffisamment, des isolés sans filet familial, des personnes trop pauvres pour envisager la dépendance autrement que comme un fardeau insupportable pour autrui. Michi entre dans le dispositif parce qu'elle perd son emploi, son logement, et que personne ne l'attend nulle part. Ce n'est pas un choix libre — c'est une capitulation socialement déterminée. Le paradoxe politique est vertigineux : dans nos démocraties occidentales, ce sont souvent les formations de gauche qui portent ces lois au nom du Progrès, de l'autonomie individuelle et de la dignité. Mais de quelle dignité parle-t-on, quand l'option de mourir est offerte en priorité à ceux que la société a déjà abandonnés de leur vivant ? Plan 75 pose la question sans y répondre — et c'est précisément pour cela qu'elle résonne si longtemps après la séance.

On pense inévitablement, en regardant Plan 75, à Soleil vert (Richard Fleischer, 1973) — cette dystopie américaine où une société surpeuplée et épuisée finit par recycler ses morts en denrée alimentaire. La filiation n'est pas seulement thématique : elle est structurelle. Dans les deux films, la société ne se contente pas d'éliminer ses membres les plus fragiles — elle en tire profit. Dans Plan 75, les effets personnels des défunts sont collectés, triés, revendus. Un personnage secondaire, employé dans ce service de collecte, y vole discrètement un peu d'argent liquide : geste dérisoire et vertigineux, qui dit tout sur la manière dont le système déshumanise jusqu'à ceux qui l'exécutent. Cinquante ans séparent les deux œuvres, et pourtant la logique est identique : quand la vie humaine cesse d'être une fin, elle devient une ressource. Soleil vert nous avait prévenus. Nous avons choisi de l'oublier.

La comparaison s'impose, et le film semble la convoquer délibérément. Le tri minutieux des vêtements, bijoux et effets personnels après le décès — filmé avec la neutralité d'une chaîne logistique ordinaire — évoque irrésistiblement les images d'archives des camps : les montagnes de lunettes, de montres, de dents en or soigneusement récupérées sur les corps. Le masque qui délivre le gaz létal, posé avec douceur sur le visage du défunt consentant, convoque inévitablement la chambre à gaz. Hayakawa n'insiste pas — elle n'en a pas besoin. La différence avec la Shoah est réelle : ici, tout est consenti, propre, attentionné, accompagné de musique douce. Les murs de l'hôpital sont blancs, pas gris. Le personnel porte des tenues soignées, pas des uniformes. Et pourtant la finalité est identique : l'élimination organisée d'une catégorie de population jugée encombrante. L'environnement clinique — froid, métallique, silencieux — crée une atmosphère concentrationnaire d'autant plus perturbante qu'elle est enveloppée de bienveillance. C'est le génie noir du film : montrer que la barbarie n'a pas besoin de la brutalité pour s'accomplir. Elle se suffit d'un formulaire bien rempli et d'un sourire professionnel.

C'est ici que Plan 75 atteint sa pleine puissance cinématographique, et c'est sans doute pour cela qu'il mérite d'être vu absolument.
Chie Hayakawa ne crie pas : elle montre, avec une esthétique de la retenue qui confine au sublime glacial. La mise en scène adopte une composition rigoureusement géométrique. Les plans fixes et larges placent les personnages au cœur de décors urbains et administratifs démesurés, rendant leur solitude presque physique. Les bureaux du Plan 75 sont filmés avec une symétrie qui évoque l'ordre d'une machine d'État bien huilée — propre, efficace, mortifère.

La direction artistique renforce ce sentiment par une palette chromatique aseptisée : gris institutionnel, bleus pâles et blancs cliniques pour tout ce qui touche au programme ; tonalités chaudes et lumière naturelle pour les rares scènes de vie ordinaire — un repas entre amies, un instant de grâce volée. Ce contraste chromatique dit, sans un mot, ce que la société est en train de perdre.

Hayakawa adopte un rythme contemplatif qui n'est pas sans rappeler Hirokazu Kore-eda, mais avec une noirceur plus marquée. Le silence y tient un rôle dramaturgique essentiel : ces citoyens deviennent invisibles avant même de disparaître. La mort n'est jamais montrée frontalement — elle est traitée comme une formalité administrative, un dossier classé. C'est précisément cette absence de pathos visuel qui rend le film insupportable au meilleur sens du terme. L'horreur naît du hors-champ et du formulaire en trois exemplaires.

Le montage, enfin, tresse les trois trajectoires sans jamais forcer le trait, montrant comment chaque échelon de la société — le recruteur, le soignant, le candidat — est à la fois victime et rouage d'un système qui les dépasse tous.

En filmant l'horreur avec la douceur d'un dépliant publicitaire, Chie Hayakawa réussit ce que peu de films d'anticipation parviennent à faire : rendre la dystopie d'autant plus terrifiante qu'elle paraît déjà banale, déjà acceptée, déjà en marche. Pas besoin d'être devin. C'est bien l'avenir qui se dessine.
Sophie Barbier
Sophie Barbier

1 abonné 17 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 mai 2026
Une image d'une beauté urbaine, grise et froide, et qui porte une histoire de fin. La fin d'une vie, celle de cette femme qui n'a plus personne pour qui vivre. La fin d'un système, qui ne peut plus s'occuper de ses anciens.
Et surtout la fin d'un rêve d'humanité : La mort est rationnelle et clinique. Sans fleurs ni hommages, elle n'est plus que marchandage.
Un relent de Soleil Vert dans ce film, si réaliste et si conscient qu'il en est malaisant.
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