J'ai vu Rosemary's baby il y a peu. Je savais pertinemment que je comblais une lacune en tant qu'amateur de cinéma anxiogène mais je ne m'étais jamais résolu à me lancer. 1968 résonnait peut être un peu trop comme quelque chose d'un autre temps ayant souffert des années et des codes d'une autre société, d'un autre cinéma.
Malgré les louanges de ma maman se résumant à "quelle horreur", je butais. Il faut dire que de son côté, elle avait eu la bonne idée de découvrir le film de Polanski dans des conditions optimales, c'est à dire, enceinte de moi.
Il aura finalement fallut que Natalie Erika James qui m'avait surpris et autant malmené que touché avec son précédent film, Relic, s'attaque à une nouvelle histoire en lien avec l'immeuble Bramford et ses occupants pour que je m'attelle enfin à la tâche.
Passée la déception attendue due aux quelques rides prises par le film sur sa forme et son jeu d'acteur, rides qui ont néanmoins le charme d'un autre temps, je ne peux que comprendre les effets qu'ont pu avoir sur les spectateurs de l'époque, les faux-semblants des Castavet pour assouvir leur noir dessein, le film jouant comme beaucoup d'autres après lui sur l'ambiguïté entre l'impossible et la santé mentale d'un personnage peu à peu esseulé. La prestation de Mia Forrow n'y est d'ailleurs pas étrangère à mesure que le piège en elle se resserre, tout comme l'ensemble du casting. Même si je ne souhaitais pas ici décortiquer plus que ça mon ressenti devant le film de Polanski, je trouve que les conditions et les raisons du visionnage de cet appartement 7A qui m'ont amené à cocher la case "vu" d'un grand classique de l'épouvante, méritaient qu'on s'y attarde, tout comme le film d'ailleurs.
D'entrée de jeu, on peut concevoir que l'entreprise est casse-gueule car elle touche à un objet singulier du cinéma et prend donc le risque de s'attirer les foudres d'un public qui aurait développé une espèce de sympathie à travers les années pour le souvenir d'un bon film qui aurait vieilli comme le vin. Mais mis côte à côte (et vus à quelques jours d'intervalles), je trouve que la tentative de Natalie Erika James n'a rien à envier au film de Polanski tant elle lui rend hommage tout en y apportant une esthétique originale mémorable, qui plus est en explorant avec justesse un pan de l'histoire qui méritait des réponses.
Ainsi, elle donne à Julia Garner un rôle intéressant que l'actrice s'approprie pour faire exister son personnage et on retrouve deux nouveaux visages pour incarner les Castavet qui n'ont rien à envier au couple formé par Ruth Gordon et Sidney Blackmer. Même si moins agaçante, j'ai même trouvé Dianne Wiest, un poil plus inquiétante en grand-mère de substitution.
Visuellement, comme dans Relic, Natalie Erika James sait user d'une mise en scène et d'une esthétique marquantes, ici à travers la danse, obsession de l'héroïne, et les chorégraphies qui viennent admirablement appuyer les moments de flou, de malaise et de perdition de l'actrice. A mes yeux (et selon ma sensibilité), une idée qui permet à Julia Garner de susciter plus d'empathie pour son personnage que Rosemary (mais encore une fois presque 50 ans séparent les deux films).
Si certains avancent l'argument que le film n'apporte rien, je trouve au contraire qu'en croisant les temporalités, Natalie Erika James fait quelques appels du pied plutôt malins à son prédécesseur et vient ajouter des éléments à ce culte en donnant des réponses sans venir saborder les questions ouvertes presque un demi-siècle plus tôt. Aussi il permet d'étendre encore un peu plus l'influence des Castavet en les rendant, dans la répétition, plus machiavéliques. Certains effets visuels horrifiques peuvent paraître de trop mais Apartment 7A permet aussi quelques séquences autour des capacités de l'enfant à naître et nous offre certains moments marquants où les corps se voient malmenés en résonnance directe avec la souffrance physique de la danse en milieu professionnel, souffrance également psychologique qui trouvera son apogée morbide dans une dernière scène où l'inévitable se fait attendre d'une manière tristement gracieuse.
Après la vieillesse, même si elle est ici encore incarnée, c'est donc sur la maternité que la réalisatrice australienne jette son dévolu, toujours avec une certaine justesse dans un hommage non dissimulé à l'œuvre de 68. Quand on voit Relic, on comprend ce qui a pu l'inciter à nous ramener entre les murs inquiétants du Dakota Building, aux côtés d'une congrégation aisée et manipulatrice que l'on retrouve avec plaisir, preuve irréfutable de l'empreinte laissée par les personnages du film de Polanski.