D’Abd al Malik réalisateur, je m’attendais au meilleur. Je n’ai pas été déçue. D’autant qu’il s’est entouré avec talent : Étienne Comar au scénario et à la production (Des hommes et des dieux, Timbuktu, Visages Villages n’est qu’une sélection de ce qui m’a durablement marquée). Un casting irréprochable. À mon avis, il offre son meilleur rôle, d’une puissance théâtrale, à Romain Duris (des années après De battre mon cœur s’est arrêté), déclassé de procureur à avocat pour être libre de servir le combat de Furcy et de représenter la liberté, au centre d’un aréopage historique, à charge et à décharge : Micha Lescot, toujours marquant, ici dans un rôle fort déplaisant, Frédéric Pierrot, Vincent Macaigne -suintant de malveillance, Ana Girardot, Liya Kebede, Philippe Torreton et, bien sûr, Makita Samba dans le rôle-titre : Furcy, né libre. Son corps, son âme et son cœur le savent, un document l’atteste : reste à le prouver. Ça lui prendra 27 ans, dans une société qui évolue, entre abolitionnistes et colonialistes, institution judiciaire et arbitraire, justice et discrétionnaire.
Le film est d’une cruauté barbare, sur le fond et sur la forme, inversement proportionnelle à la beauté somptueuse des paysages et des tableaux qui se succèdent. La réalisation, lente et hypnotique, happe littéralement, appuyée par une musique à la cadence répétitive comme des battements de cœur. Le rap en filigrane, de sorte que le film devient très vite organique et sensoriel, et la scansion monte aux tempes. Abd al Malik fait preuve d’un savant dosage entre domination, illégalité, traite et esclavagisme. Et liberté. Et Réparation.
Furcy est le seul esclave noir à se revendiquer libre de naissance. Seul contre tous. Cela ne le fait jamais vaciller, il ne ploie pas non plus sous les coups et les humiliations, fers aux pieds et au cou ; les accusations, les crachats et les accommodements ne le freinent pas davantage. Au contraire, il ne cesse de compiler documents et preuves au service d’une plaidoirie dont il attend qu’elle l’adoube : Né libre. Le point central à contester, susceptible de lui apporter la reconnaissance tant attendue, relève de ses origines : Non Cafre. Furcy est blanc de père et indien de mère.
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La plaidoirie finale de Romain Duris restera dans les mémoires, écrite atemporelle. Elle rappelle une France où « nul n’est esclave », une France autrefois des Lumières qui a perdu de sa grandeur. Ce n’est pas la première fois. La France ne cesse de surprendre en matière de droits humains.
Un très beau film, esthétique, cru et frontal à la fois.
Une élégante ode à la France et à ses valeurs.