le récit poignant d'un homme libre qui a vécu sous le joug de l'esclavage. on en ressort indignés et honteux de notre histoire.... une leçon qui parle à notre humanité. vu en avant-première au calypso à Viry Châtillon.
À l’Île de La Réunion en 1817, Furcy, né libre s’appuie sur une histoire réelle pour questionner les fondements du droit colonial français et ses contradictions. Le film suit le parcours d’un homme asservi, instruit et discret, confronté à une société qui proclame la justice tout en la refusant à certains. Abd Al Malik signe ici une œuvre engagée, mais jamais démonstrative, préférant le cheminement intellectuel, la parole juridique et le temps long à toute forme de spectaculaire.
Le récit repose sur une opposition forte entre deux dynamiques. D’un côté, un individu privé de voix officielle, mais déterminé à faire reconnaître un principe fondamental. De l’autre, un système colonial sûr de sa légitimité, incarné par des figures convaincues d’agir dans le cadre de la loi. Cette tension donne au film une dimension presque théâtrale, où chaque mot compte, où le verbe devient une arme, et où la justice se joue autant dans les silences que dans les discours.
Le film traverse plusieurs territoires de l’océan Indien et met en lumière les différences de statuts politiques et juridiques entre La Réunion, l’Île Maurice, Rodrigues ou Madagascar. Sans jamais verser dans l’exposé historique pur, il montre comment l’esclavage, puis son abolition progressive, ont été conditionnés par des intérêts économiques et des applications du droit profondément inégales. La France, patrie proclamée des droits de l’homme, y apparaît confrontée à ses propres paradoxes, entre principes universels et réalités coloniales.
Visuellement sobre, parfois traversé de séquences poétiques, Furcy, né libre s’impose comme une chronique historique exigeante, portée par l’interprétation habitée de Makita Samba et le verbe précis de Romain Duris. Le film ne cherche ni l’accusation facile ni la reconstitution décorative, mais une compréhension fine des mécanismes juridiques et humains à l’œuvre.
Par ce projet, Abd Al Malik inscrit son film dans une démarche de mémoire active. Il rappelle que l’histoire de l’esclavage n’est ni abstraite ni lointaine, mais profondément inscrite dans les territoires ultramarins et dans le récit national. Furcy, né libre devient ainsi un outil de transmission, un appel à la reconnaissance, et une invitation à repenser le lien entre histoire, droit et société, sans confort, mais avec une réelle exigence morale.
Un film sur l'esclavage, oui, mais pas comme les autres, tout simplement car Furcy, le héros de cette histoire, n'est pas un esclave. Il est en effet né libre mais est toujours traité comme esclave par ses "propriétaires" qui ne l'entendent pas de la sorte. Il se rebelle donc face à eux mais par le biais de la justice, grâce à un avocat abolitionniste, et c'est donc là tout le propos de ce film réalisé par Abd al Malik. spoiler: Alors évidemment, les choses ne vont pas se passer comme prévues ou seraient-elles au contraire bien prévisibles ? Car évidemment, les premières tentatives de Furcy vont échouer et l'affaire va durer de 1817 à 1845. Vingt-huit ans ! Vingt-huis longues années durant lesquelles Furcy sera refourgué de propriétaire en propriétaire jusqu'à vivre l'enfer de l'esclavagisme sur une île alors contrôlée par le Royaume-Uni.
Bref, sans vous refaire toute l'histoire, puisque le film s'en charge très bien, on va suivre Furcy dans un enfer autant physique qu'administratif. Un enfer durant lequel Furcy passera d'Homme à animal d'une scène à l'autre. D'autant plus difficile à regarder que c'est une histoire vraie ! Eh oui, aussi rocambolesque soient-ils, ces évènements sont bien réels et d'après ce que j'ai pu lire, le film en est assez fidèle.
Un film d'ailleurs très verbeux mais pas dénué de mise en scène, comme nous le prouve, d'une part, tout le passage sur l'île bourré d'analogies et de langage fort, mais également la séquence de tribunal à Paris qui joue sur l'ombre et la lumière (comme une scène de théâtre, les tribunaux étant souvent considérés comme tels) et les cadrages, accentuant par exemple les gros plans pour renforcer les propos des personnages. Alors c'est certes un peu lourd comme manière de faire, d'autant plus avec le jeu assez théâtral des acteurs, mais pas inintéressant.
Je ne suis en effet pas très fan du jeu d'acteur, enfin surtout dans leur manière de parler. Mis-à-part Makita Samba et Romain Duris, le reste du casting articule leurs phrases comme s'ils venaient de sortir de leur école de théâtre, le tout pour souligner ce côté "vieux français" et c'est d'ailleurs l’écueil dans lequel tombent beaucoup de films français d'époque. Alors déjà, ça ne fonctionne pas et puis ça en devient assez vite irritant.
Bref, hormis ce détail, "Furcy, né libre" est un film qui vaut le coup d’œil, d’autant plus si vous ne connaissez pas la véritable histoire !
Très bon scénario, histoire super interessante mais réalisation très moyenne, avec des séquences de violence qui s’enchaînent sans prendre le temps d’explorer les moments agréables de l’acteur principal ni même du paysage…
Le premier ouvrage littéraire d’Abd al Malik, Qu’Allah bénisse la France, manifeste d’une France cosmopolite et tolérante, mêlant autobiographie et fiction, est adapté au cinéma en 2014 par le rappeur lui-même. Cela, bien sûr, n’ira pas sans quelques polémiques. Cette fois il s’inspire d’une histoire vraie en adaptant le livre L'Affaire de l'esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, Prix Renaudot de l'essai en 2010. Île de la Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits. 108 minutes d’un hymne à la quête de liberté et un combat judiciaire redoutable qui s'inscrit dans la durée pendant le colonialisme et l'inhumanité de l'esclavage. D’une force incroyable qui ne peuvent laisser insensibles. La France a le courage de raconter de plus en plus souvent son passé colonialiste et, surtout, met en lumière les abus que certains ont commis en son nom. Abd Al Malik présente son long métrage comme une quête universelle de liberté, de justice et d'amour. Associant des images difficiles – voire atroces d’où « l’avertissement », qui figure sur les affiches – et d’autres d’une beauté inouïe, le récit historique, certes jalonnée d’ellipses maladroites, d’un manichéisme grandiloquent un peu systématique et d’un réel didactisme, hélas nécessaire, tient en haleine grâce à une réalisation très soignée – en particulier en ce qui concerne la reconstitution -, et une distribution qu’on sent très impliquée et donc convaincante. Ne pas rater ce très beau film. Le casting est effectivement impressionnant avec en tête d’affiche, Makita Samba, dans le rôle titre. Mais on ne peut que saluer les performances de Romain Duris, Ana Girardot, Vincent Macaigne, Frédéric Pierrot, André Marcon, Micha Lescot, Lyia Kebede, Philippe Torreton, bref du très beau linge pour, je me répète, un très beau film qui n'est pas sans, - hélas encore et toujours -, trouver un écho dans le monde d'aujourd'hui.
Avec cette libre adaptation de L'Affaire de l'esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui , Abd Al Malik propose un récit à la fois intime et politique, connectant passé et présent et son histoire éclaire les contradictions du système esclavagiste et la lente, mais irréversible, avancée des idées abolitionnistes .
Un grand film digne des plus grands auteurs. On y apprend plein d'éléments historiques. Esthétiquement parfait. Grands comédiens... Je recommande grandement
Un bon film, bien rythmé avec des passages en slam, sous la direction du réalisateur brillant. Il nous montre différentes facettes de l’esclavage et de ses conséquences. Je le recommande
Film très écrit à tout point de vue, sur la forme (plans très travaillés, esthétique et lumière qui m'ont beaucoup plu) et sur le fond (les dialogues se muent parfois en plaidoyer, rien n'est dit en vain.) Quel plaisir de découvrir François Sureau, le chantre de la liberté, dans un rôle fait sur mesure pour lui !
Bravo et merci à Abd Al Malik pour « Furcy, né libre », un film au sujet audacieux et nécessaire. L’esclavage est un crime contre l’humanité dont la disparition est, en réalité, bien moins ancienne qu’on ne le croit — ou qu’on voudrait le croire. À La Réunion, cette question est régulièrement abordée dans l’espace public, mais force est de reconnaître qu’elle demeure largement sous-représentée dans le paysage cinématographique, tant national qu’international. À ce titre, l’initiative mérite d’être saluée. Le film a également le mérite d’avoir réuni une distribution remarquable, d’avoir conduit un tournage ambitieux sur les terres de l’île Bourbon et de l’île de France, et surtout d’avoir remis en lumière une figure historique trop longtemps ignorée : Furcy Madeleine. Là où le film sonne un peu faux, c’est qu’on ne ressent pas, au fil du scénario, vibrer l’âme créole, celle de La Réunion et de Maurice. L'âme d'un peuple vit dans sa langue, disait Goethe, et on aurait aimé entendre davantage de dialogues en créole bourbonnais ou en créole mauricien - deux langues alors bien plus proches qu’elles ne le sont aujourd’hui - quitte à les sous-titrer. On a envie, au bout d’un moment, d’entendre Furcy crier : « Moin lé pas plus, moin lé pas moins ». Le point le plus problématique demeure cependant le rapport du film à la vérité historique. Mohammed Aïssaoui le documente clairement : Furcy est né d’une mère indienne — probablement originaire du Bengale — et très vraisemblablement d’un père blanc. Pourquoi, dès lors, en avoir fait un Africain ? Alors qu’à La Réunion et à Maurice, nous observons, un peu navrés, que les livres d’Histoire n’abordent que la traite transatlantique, le cinéma nous sert un cliché. Respecter l’Histoire aurait été l’occasion de montrer que l’esclavage a concerné tous les non-blancs (les africains, certes mais aussi les malgaches, les indiens, les malais… et les métis) Puisque Mohammed Aïssaoui l’évoque à demi-mot, pourquoi ne pas être allé jusqu’au bout de la logique historique ? Pourquoi ne pas avoir assumé l’hypothèse — hautement probable — que Furcy ait été le fils de Charles Lory, le maître de la propriété ? Une situation tristement courante à l’époque de l’esclavage. Là, le récit aurait gagné en profondeur et en complexité : un métis intentant un procès en héritage — puisqu’il est lui-même l’héritage — à son demi-frère blanc. Un scénario qui résonne puissamment à La Réunion et à Maurice, tant il fait écho aux tabous, aux silences et aux non-dits qui traversent encore certaines familles. On ne dévoilera pas la fin du film. Signalons simplement que le générique de fin est accompagné d’un rap interminable, qui tombe comme un cheveu sur la soupe (ou dans le bouillon-brède). L’association surprend, vue depuis l’océan Indien, sauf à vouloir établir un parallèle discutable entre les banlieues sensibles du XXᵉ siècle et les plantations sucrières du XIXᵉ. Attention, enfin, à ne pas réécrire l’histoire de Furcy : ce ne serait pas lui rendre justice.
J’ai vue ce film aujourd’hui en Guadeloupe. Film très puissant ! L’histoire racontée est captivante et interessante. Cela nous rappelle les erreurs commise avant. Très très bon film, je recommande.