Bouillonnant et bouleversant récit sur les affres d'une époque, où l'immoralité et l'inégalité règnent en maître. Entre hiérarchie sociale et procédure infernale, tout est légal, et légitimé par un système qui se veut civilisé, en suivant simplement les règles qu'ils ont eux-mêmes établies, où la notion d'existence n'est pas un don naturel, mais un droit que l'on doit réclamer, valider et tamponner sur un papier, à travers des lois juridiques et administratives. Tant de douleur au nom d'une seule cause dissimulée, la cupidité, devenant le carburant nécessaire pour amasser les richesses, cette pulsation au cœur des civilisations pour élever leur grandeur, et en faire une fierté nationale !
⚠️ AVERTISSEMENT SPOILERS ⚠️
On appréciera les discours, et plaidoiries d'une grande lucidité, dont la résonance contemporaine traverse le temps pour s'adresser à la conscience de tous, un appel à regarder l'histoire en face, non pour la condamner, mais pour l'intégrer et avancer. Un message essentiel, universel, cherchant la compréhension et la réconciliation, mais aussi comme un héritage sur un principe fondamental, s'émanciper, se libérer des chaînes du pouvoir, et des systèmes oppressifs.
Dans ce devoir de mémoire, tragique, et pédagogique, le film en devient un témoin historique !
D'un autre côté, malgré la bonne volonté d'éclairer le passé sur une période que beaucoup ignorent, en montrant le portrait d'un homme sensible, luttant pour sa dignité, certains détails réels ne sont pas mentionnés, ou restent inexplorés, pouvant modifier la perception de cette démarche bienveillante.
Comme le fait que Furcy ne soit pas africain, mais d'origine indienne, et très probablement issu d'un père blanc, de la famille de son propriétaire. Comme le fait qu'une fois avoir obtenu gain de cause, après un combat acharné, Furcy s'est établi sur l'île, tout en ayant lui-même des esclaves !! Il s'est avant tout battu pour sa propre liberté, pour faire reconnaitre son droit légal, fondé sur la loi, et non pour l'abolition de la cruauté, ou de l'esclavage en général.
D'ailleurs, l'on pourra regretter l'absence du créole, de leur tradition, leur philosophie par opposition à celle des colons.
On peut aussi regretter de ne pas totalement saisir la raison de l'affranchissement de sa mère, et de sa sœur, rendant le récit un peu confus, ce qui est pourtant explicite dans les biographies, que sa mère n'était tout simplement pas au courant de son affranchissement, et qu'au moment de le découvrir, on lui proposa un marché pour compenser les années perdues. En croyant faire profiter son fils de la liberté, elle signe une promesse, mais ne sachant ni lire ni écrire, ce papier, au contraire, permettra de le placer sous la propriété des Lory. Par extension, on notera la quasi-absence de sa propre sœur dans le film, qui fut, pourtant, à l'origine de toute l'éducation de Furcy, et d'une aide considérable dans sa quête de reconnaissance.