Le journaliste Mohammed Aïssaoui lui avait consacré un livre en 2010 couronné par le prix Renaudot de l’essai. Abd al Malik, un rappeur passé derrière la caméra, l’adapte dans le second de ses films, après qu’"Allah bénisse la France", sorti en 2015, tiré de son autobiographie dans laquelle il évoquait son intégration et son rapport, modéré et tolérant, à l’Islam.
Les deux films, aussi différents soient-ils, par leur sujet, par leur cadre, par leur forme, défendent les mêmes valeurs : la dignité humaine, la liberté, l’égalité et la fraternité.
Furcy (Makita Samba découvert dans "Les Olympiades") est un esclave né en 1786 sur l’Île Bourbon, l’actuelle île de la Réunion. À la mort de sa mère en 1817, il découvre dans ses papiers l’acte d’affranchissement dont elle avait fait l’objet une trentaine d’années plus tôt mais qui n’avait jamais été exécuté. S’estimant libre, Furcy assigne en justice son maître Joseph Lory (Vincent Macaigne haïssable à souhait). Sa requête est rejetée. Le procureur Boucher (Romain Duris, aux antipodes des rôles de jeunots espiègles auxquels il était abonné) prend fait et cause pour Furcy et fait, sans succès, appel, avant d’être lui-même rappelé à l’ordre par sa hiérarchie.
S’ouvre alors la deuxième partie du film qui s’étirera pendant plus d’une vingtaine d’années et verra Furcy vieillir au point de se couvrir de cheveux blancs. Réduit en esclavage, Furcy est envoyé à Maurice où il travaille dans une propriété des Lory. Ses conditions de vie sont épouvantables. Il manque mourir d’épuisement et de privations et est sauvé par un cyclone qui met en faillite l’exploitation. Il devient confiseur et finit même grâce à une erreur d’enregistrement au moment de son arrivée sur l’île par être affranchi par les Britanniques qui gouvernent Maurice. C’est pour lui l’occasion de renouer avec le procureur Boucher qui entretemps a obtenu la cassation de son procès et le rejugement de son affaire devant la cour royale de Paris (dont le président est interprété par François Sureau !)
Le procès se tient à Paris en 1845. C’est la troisième et dernière partie du film. Il s’engage sur des bases juridiques radicalement différentes – ce qui m’aurait interrogé si j’avais mieux maîtrisé le droit civil dont je ne suis pas spécialiste. L’acte d’affranchissement de sa mère, postérieur à la naissance de Furcy n’est plus en cause. C’est sur deux autres arguments que se fondent le requérant et son avocat, Boucher qui a quitté la magistrature. Le premier est l’origine de Madeleine, la mère de Furcy, qui est née à Chandernagor où, invoque maître Boucher, l’esclavage n’a été étendu par aucune loi française, empêchant ainsi que celle-ci soit légalement regardée comme esclave. Le deuxième, qui s’avèrera déterminant, est le séjour de Madeleine en France et l’applicabilité d’un principe posé dès 1315 dans un édit royal selon lequel « le sol de la France affranchit l’esclave qui le touche ». Selon cette branche du raisonnement, à supposer même que Madeleine ait pu être réduite en esclavage à Chandernagor, son séjour en France l’aurait affranchi et par conséquent ses enfants seraient nés libres.
On l’aura compris à la lecture des longs développements qui précèdent : j’ai pris un vrai plaisir à suivre les raisonnements très juridiques de ce film. Au double motif que je connais un peu le droit en général et très mal le droit civil en particulier. Mais les qualités du film ne se réduisent pas à ses subtils raisonnements juridiques. "Furcy" – dont le sous-titre m’avait semblé pendant sa première partie inexact mais qui s’éclaire dans sa dernière – est un film historique qui dépeint la société coloniale outre-mer, rarement montrée à l’écran – sinon dans "Ni chaînes ni maîtres" qui se déroule à Maurice – et le racisme assumé qui y prospérait. C’est un film humaniste qui condamne l’esclavage et exalte le combat des esclaves pour la reconnaissance de leur liberté et de leur humanité.
Un film historique, dérangeant mais tellement fort; et en plus très intéressant pour la mémoire des colonies françaises et européennes. Il peut sembler qu'il y a quelques longueurs mais elles permettent de s'imprégner du poids, de la douleur, etc. Bravo au réalisateur et à l'acteur principal
Un film profondément prenant et bouleversant, qui retrace l’histoire de Furcy, esclave déterminé à se battre pendant des années pour faire reconnaître son statut d’homme libre, à l’époque de l’esclavagisme sur l’île de La Réunion, au cœur des champs de canne à sucre.
Souvent émue aux larmes, je ne peux que recommander vivement ce film réalisé par le talentueux Abd Al Malik et son équipe, qui signent ici un véritable chef-d’œuvre, à la fois fort, juste et nécessaire.
Un grand bravo à l’ensemble des artistes pour leurs remarquables performances. Les scènes au tribunal, portées notamment par Romain Duris, sont particulièrement passionnantes et intenses.
La musique, parfaitement en harmonie avec le sujet, rythme le film avec subtilité du début à la fin. Makita Samba est tout simplement bouleversant.
J'ai adoré le film Furcy né libre, le personnage principal joue très bien son rôle et le réalisateur a su retransmettre le contexte historique avec justesse et clarté. À voir pour la culture.
Un film puissant, dérangeant, magnifique, perturbant, à voir absolument. La photo est superbe, le jeu des acteurs formidable avec une mention spéciale pour Romain Duris.
Un film d'une grande sobriété qui illustre avec courage et détermination un épisode historique tragique et édifiant. Le casting est impérial et l'interprétation de Romain Duris et de Makita Samba est tout simplement mémorable. Si Furcy né libre n'est pas sans rappeler 12 years a slave, son approche historique et juridique de l'esclavage, en fait un film plein d'humanité et farouchement français, au sens républicain et des Lumières.
Une histoire touchante sur le combat d'un homme noir né libre, mais illégalement réduit à l'esclavage. Il va tenter pendant plusieurs décennies de tout faire afin que son statut d'homme libre soit reconnu officiellement auprès de l'Etat, rendant par la même occasion hommage à sa mère. Le film souffre cependant d'un rythme qui s'essouffle, notamment lors de scènes de procès un peu trop longues. Reste néanmoins un sujet important sur la lutte de la liberté. Mon blog : cinephile critique
Si le propos ne laisse évidemment pas indifférent à la veille des discussions à l'Assemblée Nationale pour la suppression définitive du Code Noir (eh oui, en 2026...), le film est hélas plutôt maladroit, à la fois inutilement démonstratif ou élusif dans certaines scènes, ce qui rend l'ensemble assez déconcertant et pour tout dire hélas un peu ennuyeux. Reste le combat d'un homme pour sa liberté qu'il n'est jamais inutile de rappeler, surtout à ceux qui n'ont jamais eu à lutter pour en profiter.
En 1817, Furcy, un esclave de l’Ile Bourbon (renommée depuis La Réunion) découvre à la mort de sa mère, qu’il est né de mère affranchie et intente un procès pour faire reconnaitre sa propre liberté...Un épuisant parcours du combattant qui durera prés de 30 années. Adaptant un récit historique de Mohammed Aïssaoui, « L'Affaire de l'esclave Furcy » le rappeur Abd al Malik est de retour au cinéma plus de dix ans après son premier film, une adaptation de son autobiographie, « Qu'Allah bénisse la France », « Furcy, né libre », est toujours un message, un film qui n'est pas sans faire résonner un écho dans le monde d'aujourd'hui mais qui s'arrime d'abord puissamment dans l'Histoire, au temps de l'esclavagisme sur l'île de la Réunion, dans les champs de canne à sucre. Le combat judiciaire de Furcy, pendant longues années, marque comme un symbole de toute une économie inhumaine et d'une époque où les esclaves étaient considérés par leurs maîtres comme des meubles (sic) et avait-on jamais vu une armoire réclamer son émancipation ? Non, n'est-ce pas... ? Inattaquable sur le fond, le film se démarque aussi sur la forme, avec des images parfois atroces et d'autres très belles...On lui reprochera son côté parfois didactique, les recours aux flash-backs sans doute nécessaires pour comprendre les difficultés de la lutte sans relâche de Furcy, on peut aussi lui reprocher une certaine grandiloquence, de temps en temps, et quelques détails comme le vieillissement des personnages, pas très convaincant... Abd al Malik met en avant les contradictions d'un pays qui connaît ses faiblesses et qui a veillé à se fabriquer une multitude de garde-fous, notamment juridiques, au cas où elle céderait à ses démons. À ce titre, le suspense judiciaire construit par le cinéaste rappeur et pendant lequel le spectateur explore le Code noir, s'avère efficace…Abd Al Malik donne un film éclairant, avec des acteurs solides, Makita Samba impose sa prestance et son éloquence, parfaitement accompagné par Romain Duris en procureur du Roi idéaliste, et Vincent Macaigne en propriétaire duplice... son "amour" de propriétaire d'esclave le rend détestable à l'envi...et par une foule de seconds rôles.
Un grand film. Plein d’humanité et nécessaire. On en apprend tellement sur un passé terrible. Et en même temps c’est du grand cinéma. Les acteurs sont tous à leur meilleur pour servir cette histoire haletante.
Un film fort, sur un sujet terrible, qu'il est plus que jamais nécessaire d'aborder aujourd'hui. C'est tout d'abord notre Histoire commune, aussi douloureuse soit elle. Mais elle nous parle aussi et surtout des vraies valeurs de notre pays et de ces humains avec un sens de la Justice assez fort, pour sacrifier beaucoup en leur nom. Une manière subtile et fine de combattre l'ignorance et les idées nauséabondes. Ce récit est défendu par de grands acteurs, particulièrement l'acteur principal et une mise en scène formidable.