Ryusuke Hamaguchi et son "Drive My Car" ont progressivement attisé ma curiosité sur ces dernières semaines, et maintenant que je suis ressorti de ces 3h de visionnage, je suis à la fois très satisfait et très perplexe.
D'un côté, Hamaguchi a voulu nous parler de la mort et du deuil, de ce qui nous rend complets, de ce qui nous pousse a avancer, à trouver les réponses qui nous manquent dans un voyage contemplatif ou nombreux seront les longs dialogues où nos personnages cherchent les pièces de divers puzzles. Le parcours de Yusuke est constamment très intéressant à suivre, tant son besoin d'avancer, de trouver un nouveau souffle est palpable.
Le rapport à la voiture n'est également pas à négliger. À travers les nombreuses séquences véhiculées, Hamaguchi délivre un message sur le pouvoir d'être vivant, d'être le chauffeur de ce qui sont encore là et qui ont besoin d'avancer. Avec une voiture, on peut partir trouver un nouveau souffle, ou retourner dans notre passé pour embrasser notre propre vérité.
Ce récit est magnifié par une réalisation toute en finesse, où chaque personnage trouve progressivement sa place dans le cadre. Le talent de Hamaguchi pour filmer de grands paysages est à noter, ce qui offre un troisième acte aussi fort visuellement qu'émotionnellement. Certains thèmes peu abordés sous un angle comme celui du film se révèlent très touchants, notamment concernant la question de l'art et du handicap, et le lien invisible entre le pouvoir du théâtre et nous est représenté avec justesse.
De l'autre côté, il y a pour moi un vrai problème avec la durée du film. Je n'ai rien contre les films très longs, "Il était une fois en Amérique" est mon film préféré de tous les temps avec ses 4H10, et "Onoda" du haut de ses 3h est pour l'instant mon film préféré de 2021. Cependant, ici, la durée pose un vrai problème.
Presque une heure de film, la première, est consacré à installer le passé de Yusuke et l'élément déclencheur qui nous emmène vers l'histoire principale. Mon problème, c'est que tout ce que j'ai vu durant ce long début de film est répété dans les 2h20 (environ) restantes, et je ne trouve pas ce premier acte qui s'étend très utile au final. "Drive My Car" aurait très bien pu démarrer au début de son tronçon principal, et tout serait resté clair et compréhensible. En plus d'affaiblir inévitablement le rythme, ce début de film diminue la portée dramatique de beaucoup de scènes qui suivront puisque nous savons déjà tout, puisque nous étions là. Lorsque Yusuke se confie sur tout ce qui s'est passé plus tôt dans sa vie auprès des personnages, on ressent beaucoup moins les liens qu'il tisse avec les divers personnages, n'étant pas dans la découverte avec eux. "Drive My Car" aurait pu tout à fait s'amputer de ce premier gros morceau du film, garder les rushs pour illustrer par-dessus les dialogues ce qui est raconté plus tard, et le film s'en serait tout aussi bien porté et il aurait pu un peu plus respirer.
Bien que souffrant de ce problème insistant, "Drive My Car" reste néanmoins une formidable étude des rapports humains, des connexions que nous faisons, de cette quête que nous entreprenons pour mieux connaître ceux qui ne sont plus là. Un très beau film, qui aurait pour moi gagné a s'alléger de quelques dizaines de minutes pour devenir sublime.