Le retour du grand Kechiche. Après un second volet déconcertant, sa trilogie se clôt en beauté avec cette chronique regorgeant de convivialité et sensualité, avec une troublante rupture de ton en fin de narration. Un bonheur !
C'est saisissant d'enfin découvrir Canto Due, comme si on revenait en 2017 ou qu'on voyait un film interdit. Sans doute le dernier Kechiche, et ce dernier livre des trésors de mise en scène. C'est simple, aucun cinéaste au monde n'est aussi compétent à capturer la beauté du quotidien, et à créer du cinéma pour capter les nuances des expressions de chaque personnage. Entre les mains de quelqu'un d'autre le tout paraitrait fade, mais c'est dans cette emphase terriblement humaine que Mektoub my Love séduit, dans un récit plus narratif et désenchanté (c'est étonnament le film le plus drôle de Kechiche, notamment tout ce qui tourne autour de la villa d'un producteur US). Jusqu'à un final sous tension se concluant de manière assez amère et abrupte. On en ressort avec l'impression de grâce et de déception du coup, sachant qu'il n'y zura probablement pas de Canto Tre. Mais peu importe, ça c'est du superbe cinéma français!
Il aura fallu attendre sept années pour connaitre la suite des aventures d’Ophélie, d’Amin, de Tony, et toute la bande évoluant au bord de la mer à Sete. Cette fois, Amin fait la rencontre d’un producteur américain, intéressé par son scénario, de quoi totalement changer sa vie. Sentimentalement, il est toujours sur le fil, comme en apprentissage, sur la réserve. C’est pudique, réjouissant, drôle, sensible. Les couleurs sont sublimes, les personnages resplendissant. Du grand Kechiche.
On reconnaît à Abdellatif Kechiche un regard singulier sur le désir, la jeunesse et l’amour — un cinéma du sensible, souvent viscéral. Mais dans Canto Due, cette intensité se teinte d’un ton plus léger, presque comique, qui surprend autant qu’il désarme. Là où Canto Uno explorait avec gravité les zones troubles du désir et du regard masculin, ce nouvel opus s’oriente vers une chronique solaire, parfois franchement drôle, qui semble vouloir désamorcer le drame social pour lui préférer une forme de comédie hédoniste. Le problème, c’est que ce déplacement de ton, s’il rend le film plus aimable, en estompe aussi la force. Reste une œuvre sincère, toujours habitée et orientée vers le cinéma du réel, mais dont la légèreté nouvelle laisse un sentiment d’inabouti.
On note d’abord que le filage avec le “canto uno” est plutôt bon. La dynamique du scénario entre le restaurant familial, les bars et les plages, entre les moments d'amitié et les jeux de séduction, reprend son cours, dans la même veine naturaliste. Et avec un même niveau d'intérêt sur le fond (très relatif) que dans le volet précédent. Mais c’est cohérent et bien mis en scène. L’introduction du couple états-unien (producteur et actrice) fait espérer une nouvelle direction dramatique. Et de fait, le film prend une petite dimension de métafiction où sont diffusées quelques idées d’Abdellatif Kechiche sur le cinéma en général, les réalisateurs et les acteurs en particulier. Le personnage principal d’Amin apparaît comme le double jeune du cinéaste, présenté flatteusement comme innocent et pur (ce qui contraste avec la teneur des polémiques auxquelles Kechiche a dû faire face durant les années qui ont précédé ce “canto due”). Sans être transcendante, cette nouvelle orientation dramatique est un peu plus intéressante que les discussions de bars et de plages. À la différence du premier volet, l’aspect narratif est par ailleurs ici plus nourri, via la tension générée par le personnage de Jessica (l’actrice), mais aussi via la situation compliquée du personnage d’Ophélie (la meilleure amie d’Amin). Cet aspect plus narratif va malheureusement accoucher d’une dernière partie décevante et fastidieuse, qui peut vaguement interloquer par sa tonalité de vaudeville tragi-comique, lasser par sa durée étirée et enfin décevoir par sa façon de laisser en plan les nœuds et quiproquos tout juste émergés (à moins qu’un “canto tre” ne soit prévu…). (Film vu au festival de Locarno 2025)
Vu mektoub canto due au festival locarno. j'avais adoré les premiers films de Kechiche . La faute à Voltaire , l'esquive. Moins la graine et le mulet et la vie d'Adèle , mais là,j'aivraiment pas accroché . C'est fade, pas très intéressant dommage. Beaucoup moins bien que canto uno.