Suite directe de Greenland, ce nouvel opus prolonge un premier volet qui, sans être majeur, avait au moins le mérite de raconter la catastrophe non comme un spectacle mais comme une succession de décisions ordinaires prises sous pression. Cinq ans après l’impact, Greenland: Migration déplace radicalement son principe en faisant de la fin du monde un état permanent mais sans jamais en tirer les conséquences. Là où ce choix aurait pu ouvrir à diverses réflexions, le film se contente d’en faire un simple cadre pour l’errance, vidé de toute densité. La mise en scène n’enregistre ni l’épuisement, ni la perte, ni même la durée ; elle stabilise au contraire l’apocalypse.
Le sous-titre Migration laissait pourtant entrevoir une piste plus ancrée dans le réel, mais le film n’en fait rien. La traversée de l’Europe ne s’inscrit ni dans une réflexion politique, ni dans une histoire, ni même dans une morale : elle devient un déplacement fonctionnel, d’un point A à un point B, au gré d’une hypothèse scientifique. Dès lors, le récit adopte une logique de parcours, enchaînant les étapes comme autant de niveaux à franchir, vidant la migration de toute épaisseur humaine pour la réduire à un jeu vidéo, sans même en assumer la dimension ludique.
Cette simplification traverse aussi la cellule familiale. Là où le premier film faisait de la famille Garrity un espace de tensions et de contradictions, révélées par la catastrophe, elle devient ici un bloc homogène, soudé, figé dans une posture héroïque. Le personnage incarné par Gerard Butler, autrefois défini par sa vulnérabilité, se transforme en un simple relais de progression plus qu’un corps exposé. Autour de lui, les figures secondaires apparaissent et disparaissent sans poids, leurs morts devenant un bruit de fond, un mécanisme de nettoyage plutôt qu’un événement.
Le film glisse ainsi d’un récit de survie tendu vers une forme de routine narrative, où même les enjeux affectifs, comme l’arc adolescent ou l’apparition de Camille, peinent à exister autrement que comme des passages obligés. La déception tient alors à ce décalage : là où le premier trouvait une justesse dans sa modestie, celui-ci accumule les automatismes, jusqu’à perdre ce qui faisait, au départ, sa singularité.