Dans la ville de Czernowitz, ville qui a été roumaine, puis russe et ukrainienne... Hugo, 12 ans, est confié par sa mère, pharmacienne dans la ville, à Mariana, une amie prostituée, ancienne amoureuse d’un de ses frères, afin qu’elle le protège de l’occupant nazi et échappe à la déportation. ... Confiné dans une minuscule pièce, presque un placard, ouvrant sur la chambre où elle reçoit ses clients, la vie de Hugo se réduit aux sons qu'il perçoit, et à des visions fugitives qui vont bientôt nourrir ses premiers émois.... La moindre embrasure, le moindre interstice permettent à Hugo (et au spectateur) de prendre connaissance de ce qui l’entoure et le menace de mort, comme de regarder celle qui, irrésistiblement, le tire vers la vie, cette femme elle aussi malmenée par la vie... D’abord extrêmement limité, le champ de vision s’ouvre. L’espace vital du jeune garçon va progressivement s’étendre, matérialisant l’état d’une conscience et d’un rapport au monde en pleine expansion. Tandis que son corps mute et grandit, ses souvenirs du monde d’avant le quittent. D’abord omniprésents et planant avec lui dans la pièce, les fantômes de ses parents bientôt disparaissent, et Mariana va s'avérer attentive à sa condition de reclus en pleine métamorphose de ses sens qui vont forger sa maturité.
Le réalisateur Emmanuel Finkiel a adapté le roman d’inspiration autobiographique d’Aharon Appelfeld dans lequel un enfant juif de 12 ans est sauvé par une prostituée dans une Ukraine occupée par les Allemands.
Jouant en ukrainien avec un naturel confondant, Mélanie Thierry crève l’écran dans le rôle de cette femme totale, échappant aux définitions... insaisissable figure, qui peut passer de l’exultation totale à la plus grande des mélancolies en un claquement de doigts, elle est la chair du récit, face au jeune Artem Kyryk, un Hugo, étonnant et des plus convaincants...
C’est un film ultrasensible, pudique et bouleversant, fort et rude ...peut-être un peu long pour cette raison....