Tonitruant
Pour ces 160 minutes – qu’on ne voit pas passer -, signées par Antonin Baudry – qui avait déjà frappé un grand coup avec son tout 1er film, Le Chant du loup, en 2019 -, on ne peut en aucun cas parler d’un biopic mais d’un film de guerre d’un nouveau genre : instructif, romanesque, spectaculaire, émouvant et parfois étonnamment drôle. Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance. J’étais sceptique, tant la figure du Général pouvait faire craindre l’hagiographie béate… Eh bien pas du tout, Bien écrit, superbement réalisé, - fort de ses 70 millions de budget fort bien utilisés -, porté par un casting XXL en état de grâce, c’est le 1er volet d’un diptyque – suite ne juillet -, qui fait honneur à la fois à son héros et au cinéma français.
Pourquoi avoir sous-titré ce film L’âge de fer, parce que ce fut une époque où dominaient l’injustice, la corruption, le mensonge et la trahison. Baudry compare ainsi la France Libre à une chevalerie des temps modernes, où les hommes, face à l’occupation, à la collaboration et aux horreurs de la guerre, se battaient pour faire revenir l’Âge d’Or, en protégeant les faibles et les opprimés et en rétablissant la justice. Le scénario s’inspire de la biographie de Julian Jackson – grand spécialiste de l'histoire contemporaine de la France, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale -, une biographie du point de vue anglo-saxon du général de Gaulle De Gaulle. Une certaine idée de la France. On pourrait qualifier ce moment d’Histoire par la formule « l’imagination au pouvoir ». Même si je ne suis pas aussi féru d’Histoire qu’il le faudrait pour démêler la réalité de la fiction, on ne peut que reconnaître que cette fresque est magistralement filmée, rythmée et plus efficace que tous les cours d’Histoire sur le sujet.
Simon Abkarian, est en tous points parfait. Sa ressemblance suffit pour qu’on puisse se projeter dans le personnage. Il a évidemment beaucoup travaillé pour trouver les postures, la diction, la musique de De Gaulle,… c’est à s’y méprendre. Il prouve ici qu’il est l’un des acteurs les plus sous-cotés du cinéma français. Mais autour de lui, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Benoit Magimel, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei, Karim Leklou, Loïc Corbery, et une bonne partie du cinoche français avec, entre autres, Thierry Lhermitte, Mathieu Kassovitz, Kacey Mottet-Klein, Félix Kysyl, Grégoire Colin… méritent également tous les éloges. Baudry sait insuffler un véritable souffle épique à sa grande entreprise, tout en embrassant un certain romanesque. Il réussit le parfait mélange de charisme, d'honneur bravache et de maladresse parfois assez drôle, empêchant d'idéaliser totalement le personnage, rappelant ainsi qu'il était déjà le représentant un peu désuet et grandiloquent d'un pays en noir et blanc... Et de se souvenir que le grand Charles était avant tout un caillou dans les rangers britanniques et américaines dans la gestion du conflit. Pour le réalisateur ce film tout public, s’adresse en priorité aux jeunes générations, aux enfants, aux ados de 15 à 20 ans, en ajoutant : Ce n’est pas facile d’être adolescent aujourd’hui, on se sent impuissant par rapport aux grands évènements du monde, les forces agissantes nous dépassent. A voir absolument en famille.