Oppenheimer a été la surprise de l’année 2023. Je l’ai enfin visionné, et mon point de vue est le suivant : un film très solide, mais pas un film si excellent que ça non plus. A bien des égards, il m’a fait penser à Imitation Game, et d’ailleurs, le scénario en reprend globalement les mêmes composantes. Le génie qui a une vie familiale compliquée, qui doit s’isoler avec d’autres génies pour sauver le monde, qui vit des lendemains difficiles avec les autorités qui l’ont employé… A bien des égards, les deux films se ressemblent beaucoup côté histoire. La différence tient dans le fait que l’un fait une heure de moins que l’autre ! Oppenheimer est long, très long. Il n’est pas ennuyeux, grâce à un excellent montage, à des dialogues affutés, une construction en flash back habile et fluide. Toutefois, il comporte pas mal de scènes inutiles et parfois un peu grotesques. Le film se veut parfois beaucoup trop didactique dans son exposition d’Oppenheimer. Par exemple on a droit à une scène de sexe pour montrer qu’il parle le sanskrit, ce qui s’avère tout à fait inutile à l’intrigue, et on a aussi droit à une scène pour montrer qu’il parle hollandais ! Nolan veut faire exhaustif, et paradoxalement, il en oublie la bombe ! A l’inverse d’Imitation Game qui justement montrait vraiment le cheminement technique et pratique des scientifiques, ici ce n’est pas le cas. On arrive à la bombe sans trop savoir comment, entre la vie sociale compliquée d’Oppenheimer, et l’après 1945. En effet, le film se concentre sur la période mccarthyste beaucoup plus que la période Seconde Guerre mondiale, et la moitié du métrage au moins est un film de procès. Assez frustrant.
Toutefois le film peut s’appuyer sur une excellente interprétation. Murphy au top, Downey Jr. un oscarisé méritant, des seconds rôles tous plus convaincants les uns que les autres, notamment un Matt Damon qui s’amuse comme un fou avec son personnage. Je note aussi une fidélité agréable à l’essence des protagonistes authentiques, notamment dans le rapport entre Oppenheimer et son épouse, lesquels entretenaient une relation complexe bien restituée dans le métrage.
Le métrage peut aussi s’appuyer sur un beau travail formel. La reconstitution d’époque est appliquée, on sent toujours le soin habituel de Nolan dans le détail, les cadrages, c’est presque parfois même trop perfectionniste et ainsi que le cinéma de Villeneuve, il y a une froideur mathématique dans la réalisation qui, cependant, ne m’a pas déplu. Toutefois, la séquence de la bombe est un peu ratée. C’est dommage. Les effets visuels sont excellents, mais Nolan filme l’essai de façon un peu paresseuse avec des ralentis sur les flammes en gros plans qui ne rendent pas grand-chose. On a du mal à apprécier l’ampleur de l’explosion faute de repère dimensionnel. Sincèrement j’ai vu des explosions nettement plus spectaculaires au cinéma, et j’imagine ce qu’en aurait fait un Michael Bay ! Alors certes, c’est réaliste et documenté, mais Nolan ne fait pas un docu là ! Une vision un peu plus artistique n’aurait pas été de trop sans sombrer dans la pyrotechnie fantaisiste. Pour le reste, le film est irréprochable à mon sens, avec une photographie léchée et maline puisqu’elle donne la temporalité des évènements. A noter aussi une bande son très présente. S’il manque peut-être un thème fort et mémorable, l’ensemble sait créer une ambiance prenante, et à l’inverse de certaines personnes, je ne l’ai pas trouvé spécialement envahissante, sauf peut-être lors d’une ou deux scènes de dialogues où elle est superflue. Elle est cependant souvent employer à propos, notamment pour renforcer une impression de tohu-bohu ou mettre en valeur les silences.
Oppenheimer est un film très solide de Nolan. Bon biopic, fidèle et précis, c’est aussi un authentique métrage de cinéma. Maintenant, j’ose dire que j’ai trouvé Imitation Game tout aussi bien en une heure de moins, avec des effets plus simples, mais un propos moins dispersé. 4