"Partir à l' assaut d' un film de Christopher Nolan, c' est toujours, à des degrés divers, s'infliger une épreuve. En effet, le réalisateur ne fait jamais dans le spectacle récréatif. Son cinéma peut facilement sembler intellectuellement énergivore, voire fastidieux. Des oeuvres telles que "INCEPTION" (2010), "INTERSTELLAR" (2014) ou "TENET" en 2020 l' attestent parfaitement.
Aussi, le voir s' attaquer au biopic d' "OPPENHEIMER" était pour le moins surprenant. Pas de science-fiction pour une fois (l' univers de Nolan, tout de même!), mais un sujet qui en plus ne laissait pas présager d' utilisation surabondante d' effets spéciaux; ce qui ma foi me convenait parfaitement Pour tout dire, une vraie curiosité.
Personnellement, je ne suis ni fan des biopics (à l' exception du film d' Oliver Stone de 1991: "THE DOORS") auxquels on fait dire ce que l' on veut selon les "tendances" des réalisateurs qui prennent souvent de grandes libertés avec la réalité historique, ni grand fan de l' oeuvre du réalisateur britannico-américain. C' est ainsi.
Mais face aux nombreuses critiques dithyrambiques qui concernaient cet "OPPENHEIMER", j' ai cédé et je me suis bloqué 3 heures de mon temps pour voir de quoi il en retournait.
Christopher Nolan est un conteur hors-pair. Il sait raconter des histoires, c' est indiscutable. Sa réalisation est en béton armé, tout comme son scénario. On sent sa maitrise technique, son sens de la narration. C' est juste un très grand réalisateur. Toutefois, et un peu à l' image des films de Stanley Kubrick, il lui manque un supplément d' âme. L' émotion fait cruellement défaut à cet "OPPENHEIMER". On suit ses personnages sans déplaisir, souvent avec intérêt, mais ils n' émeuvent que très rarement. "INTERSTELLAR" était sans doute son film le plus touchant, le plus humain. Si on ajoute à cela que le visage souvent monolithique de Cillian "Tommy Shelby" Murphy (qui incarne le rôle-titre) n' inspire pas forcément l' empathie, on comprendra que pour les émotions pures, celles qui vous bouleversent, il faudra aller chercher ailleurs. Parlons du casting justement; Nolan a réuni une partie du gotha d' Hollywood. C' est impressionnant!
Robert Downey Jr est fantastique, tout comme Matt Damon et Emily Blunt, tous deux parfaits. Derrière ces trois là, on trouvera pour des apparitions plus ou moins courtes Josh Hartnett, Casey Affleck, Kenneth Branagh, Matthew Modine, Tom Conti, Jason Clarke, Gary Oldman et Gustaf Skarsgard. Excusez du peu...
La vie de Robert Oppenheimer, celui qu' on présente comme le père de la bombe atomique, méritait-elle un film de 3 heures? C' est finalement la vraie question que l' on peut se poser. Le film s' attache à montrer, voire disséquer les failles du personnage, à mettre en évidence ses doutes et son génie. C' est souvent long et répétitif. Mais il faut reconnaître que l' on assiste à une oeuvre encore une fois formidablement mise en images, magnifiquement interprétée, et qui a le mérite de nous éclairer sur la vie d'un personnage dont on connaît évidemment le nom, mais dont on ne sait pas forcément grand chose.
Bref, "OPPENHEIMER" est à voir. C' est du grand cinéma "d' école", celui qu'il faut montrer aux étudiants apprentis- réalisateurs qui veulent se lancer dans cette industrie cinématographique qui fait rêver et qui crée des rêves. En leur disant: voilà ce que vous devrez un jour savoir faire.
Pour leur inculquer la manière de transmettre des émotions au cinéma, il faudra leur montrer un autre film!"