L’histoire se déroule en Algérie, mais elle pourrait tout à fait se transposer en France aujourd’hui ou dans n’importe quel pays où la domination du père est encore la norme. Le protagoniste principal est le fils d’un homme autoritaire, dirigeant haut placé et craint, qui dicte sa loi dans l’intimité comme il règne en souverain dans la sphère professionnelle. Pour affirmer toujours davantage sa domination, il nomme son fils Reda (Sammy Lechea, aussi angélique que glaçant), fragile et sous emprise, dans son entreprise d’hydrocarbures, à un poste fictif et néanmoins prestigieux, afin qu’il devienne « son œil et son oreille ». Problème : ce recrutement -quoique arbitraire- implique que ce fils ait fait son service militaire, ce qui n’est pas encore le cas. À l’Armée, ce fils qui ignore les limites à poser, ne parvient pas à se faire respecter. On assiste aux prémices d’un basculement qu’on sait inévitable tout en ignorant le point de non-retour qui nous attend.
Parallèlement, son autre fils, Fayçal, rebelle, parvient à s’affranchir (quoique brutalement) de ce patriarche implacable. S’il a œuvré inconsciemment mais sciemment pour cette libération, Fayçal se retrouve ostracisé par la ’histoire concerne un fils, mais elle pourrait également être vécue de la même manière par une fille victime de ce même environnement toxique et étouffant, qui nie l’affirmation de toute personnalité et de toute construction identitaire.
Lorsque le père meurt, Fayçal ne revient pas et Reda ignore comment gérer son chagrin mêlé à un soulagement taiseux. Peu à peu son reflet s’efface du miroir. Comment va-t-il le faire réapparaître et s’imposer ?
On n'imagine pas une seule seconde la stratégie qu’il s'apprête à adopter, froide et impulsive, qui le marginalise jusqu’à l’effacement définitif. Son père ne lui a rien transmis ; seule l’Armée a, peut-être, posé des bases que Reda ne sait pas manipuler. Il n’est pas… armé, sinon pour le conflit et le chaos, même quand son visage et son mystère, qui agissent comme un aimant envoûtant, le conduisent de rencontres en situations providentielles et l’écartent du mal.
Ce film, cru, cruel, sans concession, adapté du roman éponyme de Samir Toumi qui apparemment a davantage creusé les atermoiements de ce fils maudit, nous plonge en apnée. Captifs de Reda, on éprouve une irrépressible envie de le sauver de ses démons. Tout en sachant la chose impossible, jusqu’à la fin, on croit en sa rédemption.