Atteint de leucémie, Jonathan se sait irrémédiablement condamné. Un jour à Hambourg, il rencontre l'Américain Tom Ripley, trafiquant de tableaux, qui lui présente l'un de ses amis : ce dernier lui propose de tuer un inconnu contre une forte somme…
Le scénario est presque banal, tant l'histoire n’est finalement pas très importante. Tout le talent de Wenders réside ailleurs. D’abord dans sa maîtrise de la couleur, fascinante, qui rappelle parfois la veine de Mario Bava ou Dario Argento. Ici, l’orange domine : un orange d’enquête, de fausseté, peut-être.
Tout le film repose sur la maladie de Tom, artisan encadreur passionné par son métier. De l’autre côté, un faussaire d’art falsifie des tableaux pour les envoyer en Europe, où ils seront expédiés aux États-Unis. On suit deux histoires parallèles : la grande histoire en Europe, où tout se joue, et l’autre à New York, où faussaires et mafieux manipulent dans l’ombre. Ces scènes sont assez surréalistes, voire oniriques.
Tom, conscient de sa maladie, entend la rumeur selon laquelle celle-ci serait plus grave que prévu, et c’est ce qui déclenche toute l’action. Le film explore le rapport à la maladie, la paranoïa face à la mort et, surtout, la vérité.
Le ton se rapproche d’un polar d’espionnage, d’un thriller psychologique typique des années 70. Quel bonheur de retrouver Paris à cette époque, quand l’architecture moderniste s’y accordait encore parfaitement. C’est une manière étrange de faire du film noir, qui n’est qu’un prétexte ici : le cinéma de Wenders ne colle pas exactement à ce genre, même si, globalement, cela fonctionne. La musique est excellente, le personnage de Tom captivant, et Denis Hopper est parfait en faussaire américain tourmenté, à la recherche d’un compagnon de route qu’il finit par trouver, même si l’origine de son tourment reste un peu floue.
La fin, avec son carnage et son road trip sanglant, rappelle le passage de la folie ou de la liberté pour Tom : on ne sait jamais s’il regrette ou s’il ressent des remords – qui devraient pourtant le ronger moralement – ou si cela lui a permis d’accéder à une forme de liberté, de verve amorale, voire immorale.