"L’Évangile selon saint Matthieu", qu’il réalise la quarantaine venue, marque un tournant dans l’oeuvre de Pier Paolo Pasolini. Il rompt définitivement avec le néoréalisme sous la paralysante tutelle duquel il avait réalisé son précédent film "Accattone". Il fait le pari, réussi, d’aborder de front la question du sacré qui ne cesse de le hanter.
Marxiste et athée, Pasolini s’attaque au texte le plus sacré qui soit. Des quatre évangiles, il choisit le plus intellectuel, le moins visuel, celui qui donne le plus de place à la parole du Christ.
On est immédiatement touché par ce qu’il y a cherché et trouvé : la profonde humanité du Christ, débarrassé du fatras du dogme.
Mettre en scène un Évangile est un défi cinématographique. Le spectateur connaît d’avance chaque scène, sans parler de la conclusion de son histoire. La surprise, l’étonnement ne peuvent venir que de la façon dont chaque plan sera construit et dont la Passion du Christ et sa résurrection seront filmées. Pasolini dit s’être inspiré de l’iconographie médiévale, de Piero Della Francesca, de Duccio, de Masaccio. Il use de tous les procédés que le cinéma lui autorise : le zoom, le très gros plan, le grand angle, la post-synchronisation du son (une hérésie pour les tenants du néo-réalisme)…. Il fait surtout, comme dans ses autres films, un usage immodéré de l’accompagnement musical, utilisant ici bien sûr "La Passion selon saint Matthieu" de Bach, mais aussi Prokofiev, des negro spirituals et la "Missa Luba" congolaise.
Son "Évangile…", dédié au « glorieux Pape Jean XXIII », qui venait de mourir d’un cancer foudroyant après avoir lancé le concile Vatican II, est profondément fidèle au texte. Après quelques atermoiements, il a été validé par l’Eglise catholique.
Qu’on connaisse ou pas chacun de ses épisodes, qu’on soit ou non croyant, on ne pourra qu’être ému au tréfonds par certains des plans de L’Evangile… Je ne me suis pas remis du visage en larmes de Marie au pied de la Croix, interprétée par la propre mère de Pasolini, pleurant son fils martyrisé.
Un film qui dégage une force par la mise en scène et par le poids de l'Histoire qu'il relate. Les gros plans de Pier Paolo Pasolini sont exceptionnels c'est un cinéma pictural comme si l'on comparait ces plans à des tableaux. Le travail sur l'image est bien précis et la scène d'ouverture tout en silence est un chef d'œuvre du cinéma tout en simplicité et sobriété. C'est un film à découvrir.
De très beaux plans mais aussi beaucoup de plans qui semblent inachevés (mouvements de caméra et montage approximatifs), surtout de la part d'un réalisateur qui fait le choix du NB La séquence qui zappe en cascade les citations de Jésus est un vrai gâchis, j'aurais préféré une sélection certes restrictive de deux ou trois sermons mais qui auraient pu rendre ces paroles plus accessibles et plus profondes Je ne sais pas quelle était l'intention de Pasolini en faisant ce film, clairement pas d'exprimer son point de vue car le script et le texte mot pour mot sont ceux de l'évangile, rien ne peut lui être reproché là-dessus et c'est peut-être le plus grand intérêt de ce film
La figure du Christ est fondamentale pour Pasolini. Avec cet « Evangile », il la magnifie, avec délicatesse et pudeur, dans ce qui plus semble être le plus important pour lui, et que visiblement il partage : l’amour des hommes, la compassion, … et l’esprit de révolte, contre l’hypocrisie et les puissants. La narration des épisodes du texte Saint est une merveille, tant la grandeur est atteinte dans la simplicité par la puissance d’expression des images et des visages. L’esthétique relève d’un mélange entre le néo réalisme et la peinture Chrétienne du Moyen Age, a l’opposé des représentations sulpiciennes ou Hollywoodiennes. L’effet s’en trouve amplifié et purifié, comme lors de la représentation, qui aurait pu tendre vers le spectaculaire, ici simple et terrifiante, du massacre des innocents. C’est dans les scènes de peu de texte que le souffle passe et que la magie opère, plus que dans les scènes assez longues, consacrées aux prédications et enseignements du Christ, qui sont entendus alors comme ils peuvent être lus.
Une adaptation fidèle et spirituelle mais un peu austère et manquant donc un peu de souffle, du texte de Saint Matthieu, servie par une mise en scène sublime, et accompagnée par une BO envoûtante.
Pasolini est un cinéaste assez engagé dans son art et je redoutais un peu de voir ce film. Mais nonobstant toutes ses particularités on y découvre une fidélité au texte et une dimension de Jésus et de ses paroles rarement vues avec autant de respect. Même les quelques aspect catholiques que l'on peut y voir sont négligeables et après avoir bien compris que l'on est ici devant une foule d'italiens de l'année 1964 dont les visages sont typés, on est face à une interprétation sobre, un peu lente et souvent austère mais non dénuée de sensibilité de la vie de Jésus. Le film nous donne un bon aperçu des paroles et à travers elle d'une certaine identité de Jésus en tant qu'homme et non les diverses histoires que l'on retrouve souvent telles celles de Marie-Madeleine, la résurrection de Lazare et autres. Le cadrage particulier a des effets réduits tant il n'écarte pas trop du discours comme le minimalisme du noir et blanc et des décors, ainsi que des personnages bien qu'ils paraissent très italiens le tout concoure à réduire le film à une version de la vie de Jésus selon Matthieu comme annoncé et non autre chose.
Autant le dire tout de suite je suis un athée convaincu, j’avais une certaine appréhension à voir un film qui de l’extérieur paraissait assez dogmatique. Il ne faut pas mourir idiot alors j’ai tenté l’expérience mais j’ai failli mourir d’ennui. Très proche des écrits, très dogmatique aussi c’est un film épuré à l’extrême et d’une grande austérité. Il n’y a pas vraiment de point de vue d’ailleurs, même si on sent que l’aspect miracle n’attire pas Pasolini et qu’il aurait tendance à faire de Jesus un sorte de révolutionnaire. Je n’ai pas eu non plus le plaisir des yeux, c’est terne à l’image et sans relief. Même l’interprétation est très épurée et ne dégage pas d’émotion. Bref d’un point de vue mystique ça ne m’a rien apporté mais je m’attendais à cela, d’un point de vue cinématographique non plus et cela m’a encore plus gêné.
Surgissent, dans le dépouillement des décors naturels, dans la simplicité de la reconstitution historique qui échappe à la tentation du kitsch, dans le jeu des acteurs pour la plupart amateurs, dans la restitution brute de la parole sacrée, une véracité et une aspérité en adéquation parfaite avec les Écritures. L'Évangile selon saint Matthieu constitue certainement l’adaptation cinématographique la plus réussie du texte biblique, en ce sens où elle renvoie une impression d'authenticité esthétique et liturgique ; nous assistons à la naissance d’un prophète et martyr qui apparaît dans toute sa complexité et son inhumanité : personnage froid, intransigeant et dogmatique, Jésus est à la fois homme et surhomme, il se distingue par sa démarche calme, sa chevelure soyeuse et séduisante, sa beauté sensuelle et délicate tel le Beau encore intact et vierge de toute corruption, et qui le restera jusqu’au bout. Les autres apôtres sont, eux, indifférenciés ; seul Judas bénéficie d’un traitement particulier, la caméra s’attarde sur lui, capte ses hésitations, sa résolution non comme l’expression d’un mal individuel et personnel mais comme l’accomplissement d’un destin supérieur, écrit par avance. Pier Paolo Pasolini réussit à articuler la spontanéité du geste artistique avec la linéarité définie de la trajectoire biblique, offrant une œuvre aussi saisissante qu’insaisissable, rugueuse et verbeuse – par fidélité au Verbe –, essentielle. Une marche magnifique jusqu’à l’origine du christianisme.
Perte de temps. On m'a dit que le gars ne créait que des chefs-d'œuvre. Bon, voilà, j'ai peut-être enrichi ma culture générale mais je me suis ennuyée a avoir envie de me pendre. En plus les acteurs sont terriblement moches. Peut être que je ne sais pas apprécié certaines œuvres d'art. Ben ce n'est pas grave. Chacun son époque. Relou
Fidélité littérale, authenticité (d’une légende), simplicité et humilité : stupéfiant pour un communiste athée qui reçut pour l’occasion le prix de l’Office catholique international… un beau pied de nez au sectarisme de certains ! Et une mise en scène et un travail des éclairages qui confinent au chef-d’œuvre. Heureusement que c’est beau car une patience de saint est nécessaire tout du long !
Une puissance et une force spirituelle émanent de ce long métrage biblique si loin des "péplums". Ici on est dans l'introspection, presque dans le documentaire. C'est un témoignage de foi et en même temps un film d'une mise en scène géniale, le tout transcendé par une musique d'une diversité flamboyante. Profondément bouleversant.
Cette adaptation cinématographique du premier des quatre évangiles se veut très simple. En effet, Pasolini, dont l'on retrouve la marque à travers ses plans serrés et intenses, s'est concentré sur les paraboles du Fils de l'Homme, Jesus Christ, restant fidèle au Saint évangile. Bien qu'inférieur en comparaison au chef d'oeuvre de Zeffirelli, mais qui lui prend le temps de développer les enseignements et les étapes de la vie du Christ sur 6h, l'oeuvre de Pasolini garde une certaine puissance et aura. Je ne suis cependant pas convaincu par l'acteur choisi par le cinéaste, bien loin en terme de prestation de Robert Powell
Même si je me suis un peu ennuyé vers les 3/4 du film, je l'ai beaucoup apprécié. Le noir et blanc donne un aspect assez véridique au film. Même si l'on peut trouver Jésus vindicateur, il ne faut pas oublier que les textes religieux contiennent tout de même des erreurs, le tout est dans l'interprétation, mais c'est un autre débat. La bande originale du film est quant à elle sublime, les plans sont aussi soignés, travaillés... Le film délivre des scènes puissantes, émouvantes, surtout celle de fin qui est maîtrisée de bout en bout. Pour l'instant c'est le Pasolini que je préfère!
Il est très compliqué de noter un film comme l'évangile selon st mathieu car le visionnage de ce film est une expérience assez étrange et on peut donc difficilement avoir un avis très net sur le film. Tout d'abord je pense qu'il est très compliqué d'adapter l'évangile au cinéma pour deux raisons: premièrement car c'est au final un livre très didactique et ensuite car le spectateur (surtout si il est lui même croyant) connaîtra parfaitement l'histoire avant meme de regarder le film. Cependant, ici, pasolini réussit à surpasser ces deux problèmes, en s'appropriant l'évangile de st Mathieu. Nous n'avons pas, comme avec un film comme Jésus de Nazareth, une simple mise en image de la l'évangile; nous avons l'évangile selon pasolini.
Pour revenir à quelquechose de plus technique, la mise en scène de pasolini n'est pas incroyable et le montage est meme a certains moments raté cependant tout cela est racheté par le jeu de certains acteurs et notamment l'interprète de Marie qui crève littéralement l'écran; son jeu, tout en finesse est absolument grandiose . Je pense qu'il y a trop de chose a dire sur ce film ... Il est donc devenu pour moi un incontournable car même si on n'est pas forcé d'apprécier, ce film reste une expérience cinématographique très forte ce qui est tout de même ce que l'on demande à un film.