Maryam Touzani et Nabil Ayouch sont des cinéastes marocains militants. Leurs films dénoncent les dégâts du conservatisme politique et surtout religieux. Quand son mari fait des films coups de poing, Maryam Touzani préfère la délicatesse. Elle raconte plusieurs histoires d'amour, simplement, sans juger, mais pourtant le résultat est d'une incroyable efficacité. Elle montre, sans nommer, la souffrance et l'injustice que génèrent les traditions religieuses. La religion est un rouleau compresseur qui impose une morale inhumaine et qui ne fonctionne que parce que des foules sont prêtes à la perpétuer par renoncement à la réflexion. Ce film est un huis clos, un triangle amoureux, mais les clientes qui entrent dans la boutique ont une grande importance : elles jugent en fonction de cette morale religieuse mais adoptent le comportement consumériste abjecte de nos sociétés. Par ce contraste entre la bonté de celui qui est jugé et la médiocrité de celles qui jugent, Maryam Touzani dénonce l'ineptie religieuse. C'est très efficace? Un film à voir et promouvoir.
Séance suivie d'une rencontre avec la réalisatrice Maryam Touzani. Échange intéressant et riche, entre une femme sincère et un public charmé et séduit. Le Caftan bleu, une belle histoire , histoire d'amours, pudiques et délicates, pour elle, pour lui, entre eux. Amour aussi pour cette art traditionnel, ce métier de maître tailleur, être le maalenn : celui qui sait, celui qui à le savoir faire ; savoir faire du passé, en voie de disparition et la transmission, la complicité, la passion. Il y a aussi des non dits , des choses qui se cachent, à peine évoquées et pourtant tout est évidence. Un sujet tabou dans cette ville marocaine, dans cette société maghrébine, l'homosexualité . Le film le suggère sans jamais la nommer, par pudeur sans doute , par peur aussi peut-être ? Peur de choquer ? Le film qui sort au Maroc pourrait être l'ouverture vers un débat. D'ailleurs comme par mimétisme seul un spectateur en fin de débat le prononcera enfin . Surprenant ! L'homosexualité est pourtant clairement le vrai sujet du film. La sensualité est omniprésente dans chaque plan du film. Les images de l'intime, le détail des corps, la lumière qui auréole les objets du quotidien, l'émotion qui passe dans les silences. La caresse sur les tissus... chaque image extrêmement soignée. Et la subtilité du jeu des acteurs : leur humanité, leur délicatesse et surtout la prestation de Saleh Bakri... ses yeux qui expriment la tendresse , le désir et tout s'éclaire. Poésie des images, des gestes, des regards échangés. Caftan bleu , couleur bleue... , l'immensité du ciel , de la mer, symbole de liberté.... la dernière scène au café, tant d'espoir.
C'est un film qui a énormément de qualités, des acteurs formidables, une belle esthétique, une histoire subtile. Malgré ça, des problèmes de rythme ont fait que je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages (tout en les trouvant beaux et forts) et à être touchée autant que j'aurais voulu.
"Le bleu de caftan" est un beau film intimiste, impressionniste dans sa forme car tout en couleur retenue avec un bleu triomphant puisqu'il est la couleur que Mina emporte dans la mort.
Maryam Touzani (née en 1980) traite là encore un sujet de société, l'homosexualité dans un Maroc conservateur et régressif, après s'être attaquée à la prostitution ou au travail des enfants domestiques.
Halim (Saleh Bakari), couturier et passé maître dans l'art de confectionner des caftans brodés dans la petite médina de Salé, vit depuis longtemps avec Mina (Lubna Azabel) qui l'aime et qu'il aime bien qu'il incline différemment. La vie dans une petite ville ne permet guère d'écarts, aux bains parfois, jusqu'au moment où le couple recrute un jeune apprenti, Youssef, qui trouble Halim.
Mina qui est atteint d'un cancer décline irrémédiablement, saisie par la maladie de retour et qui la tue. Halim accompagne sa femme avec beaucoup d'amour vers le départ et la vêt pour son ultime voyage d'un magnifique caftan bleu qu'il destinait à une riche cliente. Il reste, après sa mort, avec son jeune employé Youssef.
Lubna Azabel irradie le film renforçant les clairs-obscurs autour des deux hommes qui s'observent à la dérobée. Le rythme est lent et les répétitions voulues. Il ne se passe pas beaucoup dans le quotidien d'un tailleur et la vie coule doucement entre deux ou trois endroits qui sont la géographie du quotidien. La fin est un peu trop prévisible mais ça ne nuit pas au film, à ses pudeurs et à ses couleurs.
Sélectionné à Cannes dans la catégorie Un certain regard, une pépinière de films bien faits loin du barnum du tapis rouge de la compétition officielle.
Un film d'une sensibilité extrême et d'une beauté incroyable ! Vous voulez passer un grand moment de cinéma, ce que l'on appelle le "septième art", vous voulez ressortir d'une salle obscure totalement envouté et sonné ? Ne loupez sous aucun prétexte ce film.
Petit chef d'œuvre. Tout en retenue, le film met en scène la relation d'un couple hors du commun, qui vit deux drames avec beauté et noblesse. Pudeur, choc des temporalités, rapport entre frustration et transgression, répression et sublimation, sensualité, beauté, une palette de nuances des relations humaines trop rarement filmée. Des acteurs époustouflants. Superbe.
Il n'y a qu'amour et beauté dans ce film, humanité et respect, douceur et pudeur. L'économie de mots pour dire tout l'amour. Servi par des acteurs et actrices époustouflant.es. ... ok J'ai bien pleuré.
On remarque dès les premières minutes que la réalisatrice veut prendre le temps de son histoire, le rythme se fait lancinant avec une caméra qui aime les plans rapprochés pour tenter de faire ressentir les tissus, les matières mais aussi les couleurs. Le film se veut ainsi sensoriel (le toucher surtout) et le contemplatif (les couleurs les reliefs). On est particulièrement touché par cet amour conjugal empreint de respect qui vit dans un secret digne et un huis clos feutré. On y pense surtout quand la maladie de Mina/Azabal prend beaucoup d'importance, voir trop ou plutôt on se dit que peut-être le récit aurait pu être autrement. En effet, le cancer vampirise un peu l'histoire avec un pathos appuyé, un trop plein larmoyant qu'on accepte aussi grâce à la performance de Lubna Azabal. Le cancer est un élément trop dramatique, trop total pour accompagner l'histoire de Halim/Bakri, dont le secret méritait sans doute une place plus centrale. Néanmoins, ça reste un très joli film, tendre, émouvant, humain avec un visuel qui ne manque pas de poésie. Site : Selenie.fr
Enfin vu ce film dont on ne m’avait fait que des éloges et raté en salle. Il y a longtemps qu’un film ne m’avait touché ainsi (avec Sans jamais nous connaitre cette année). Une histoire d’amour interdite et impossible où rien n’est dit ou presque. Tout passe dans les regards, les gestes et les non-dits justement. La mise en scène est aussi discrète et sobre que le scénario et le jeu des acteurs. Le talent de Luna Azabal n‘est plus à prouver, elle est formidable ici une fois de plus. Les deux acteurs Saleh Bakri et le jeune Ayoub Missioui sont impeccables, deux belles révélations. L’ensemble est fait avec une belle justesse et une grande délicatesse. Tout glisse avec une douceur et une sensualité infinies comme les doigts sur les étoffes soyeuses présentes partout ici. Un film raffiné, pudique, élégant et sensible, d’une grande retenue, l’un des plus beaux de ces dernières années. Splendide et bouleversant. Un chef d’œuvre.
Un film qui allie la délicatesse du drap et du travail minutieux avec celle des sentiments et de la douceur des gestes. Il y a une sensualité et une pudeur incroyables entre ces deux hommes Le rôle de la femme est également superbe. Le film est sensible et beau. Il révèle aussi cette attirance même si le sujet est aussi axé sur la mort et la peur de la perte de l’autre.
Un film sur un sujet sensible, d’autant plus dans un pays du Maghreb. Une réalisation sobre, juste, avec une manière d’aborder le sujet, avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. Très belle description aussi du métier de tailleur artisan, on découvre ce savoir-faire, quasi ancestral, les broderies sur des Caftans , habits de cérémonie. Ce maître tailleur a des attirances homosexuelles, bien que marié. On le voit se rendre régulièrement au hammam qui ,on le découvre, servent aussi au Maroc de lieu de rencontre. L’arrivée d’un apprenti très séduisant , beau comme un ange, va le confronter plus fortement à ses désirs et pulsions .Les acteurs sont très bons et tout particulièrement la femme délaissée , jouée par Loubna Azabal, absolument magistrale,
Autour de trois personnages, la réalisatrice Maryam Touzani conçoit une histoire touchante et intime. L'homme est un artisan qui brode des vêtements traditionnels marocains. Il est attiré par les hommes mais fait tout pour ne pas que cela se sache. Sa femme s'occupe de la boutique, des clients et des fournisseurs. Quant à l'apprenti qu'ils accueillent, ils ne savent pas s'il fera l'affaire. A partir de là, l'histoire se déroule sans qu'il y ait besoin de beaucoup d'actions. Tout est subtil, simple, profondément humain. C'est cela qui est appréciable et aux antipodes de tellement de films qui montrent trop au lieu de simplement suggérer.
Le bleu du caftan est un film magnifique, et 3 acteurs touchants et qui jouent vraiment très bien.. La complicité entre eux est vraiment remarquable, une belle histoire racontée avec brio. Un peu long et lent à commencer la fin est pour le coup magnifique, difficile et très triste. Un film touchant sur l’amour, l’amour d’une femme qui malgré le choix sexuel caché de son homme, n’est pas dupe, et cet homme homosexuel mais amoureux de sa femme choisi par amour de préserver sa femme au lieu d’être complètement heureux. Nous sommes bouleversé par cette histoire !