Pourquoi ce film en compétition pour la Palme d'Or n'a-t-il rien eu ? Est-ce son côté "Brokeback Mountain" ? L'inextinguible tristesse de ces chants traditionnels anglo-saxons (sans équivalent en France) ? Cette visualisation des sons (évoquée dès l'introduction) qui ne sera pas développée ? L'absence d'images de la guerre de 14 ? Trop d'ingrédients ? Trop de lenteur ? Trop d'émotion ? L'atmosphère hivernale du Maine ?!
Mystère. Ces hypothétiques raisons de ne pas primer ce film nous semblent en tout cas des raisons de l'adorer. Les scènes sexuelles sont juste (et intelligemment) esquissées ; cette musique folk, genre "the unquiet grave", est une source bienfaisante de tristesse (sans compter que la "collecter" est tellement original dans ces États-Unis du progrès matériel) ; la visualisation des sons est imaginable sans qu'on ait besoin que le réalisateur le fasse pour nous...
Ce film est un trésor de sensations, de sensualité. De suspense également (double suspense même). Il donne l'impression de se balader à la surface des choses, indéfiniment, mais il ira au plus profond et au plus douloureux. On assiste à un combat entre la folie montante du 20ème siècle et le besoin de ne pas perdre les comptines et ballades, richesse des gens du cru ("qu'advient-il des sons lâchés dans l'univers?"). Combat parallèle à celui, intérieur, de l'individu dans sa vie personnelle (professionnelle et intime) -au bout de laquelle c'est mieux ne pas avoir à reconnaître "avoir loupé quelque chose" (comme Lionel, tout célèbre qu'il soit devenu).
Marginalement, le film montre un objet qui n'existe plus, ce cylindre phonographique, qui sert à nos deux étudiants pour enregistrer et restituer ces sons (à préserver de l'oubli).
Très beau film sur une relation entre deux jeunes hommes passionnés de musique, les deux acteurs sont en totale symbiose et l’esthétique du film est magnifique. (Excellente VF)
Je sors bouleversé de ce film, une sorte de Brokeback Mountain qui se passerait au début du XXe siècle. Une histoire d’amour dont l’épilogue m’a retourné le cœur tant j’ai été saisi par les dernières minutes. J’y retournerai pour admirer les images et les sons. Sans oublier les deux acteurs qui en font si peu et en disent tant.
Une histoire d'amour qui ne dit jamais vraiment son nom, un amour bercé de musique folk, un amour qui s'enfuit sans se faire rattrapé, un amour dont il ne reste que des souvenirs. C'est beau, douloureux, bien filmé, tendre et cruel. La musique est douce et envoutante. La fin est bouleversante. Le seul bémol alors qu'ils sont tous les 2 formidables, c'est que le duo d'acteurs - Mescal et O'Connor - n'ont pas l'âge de leurs personnages au début du film, et ce détail m'a un peu empêché de plonger dans le film.
Un très beau film intimiste. On se laisse porter par cette histoire, ses acteurs, la musique. on pense à Maurice, le secret de Brokeback Mountain. Un très bon moment
Le Son des souvenirs, réalisé par Oliver Hermanus, s’inscrit dans la tradition des récits où l’intime dialogue avec l’histoire culturelle. Le film suit Lionel (Paul Mescal), étudiant au conservatoire de Boston, dont la rencontre avec David (Josh O’Connor) ouvre une trajectoire artistique et affective durable. Tous deux partagent une fascination pour les chansons traditionnelles, envisagées comme des fragments de vies anonymes que la modernité menace d’effacer. Leur projet de collectage sonore dans les régions rurales du Maine devient alors une exploration du patrimoine autant qu’un cheminement intérieur.
Le récit adopte une temporalité contemplative, privilégiant les gestes, les regards et l’écoute. La relation entre Lionel et David se construit sans déclaration spectaculaire, dans une proximité qui reflète les contraintes sociales de l’époque. Cette retenue n’empêche pas la profondeur émotionnelle, elle la déplace. La musique agit comme un langage parallèle, capable d’exprimer ce que les conventions empêchent de formuler. Chaque chanson enregistrée devient ainsi un témoignage double, trace d’une culture populaire et écho d’une expérience intime.
Le film propose également un portrait d’une Amérique traversée par des fractures. Les paysages ruraux, les communautés marginalisées et la mémoire d’évictions historiques rappellent que la transmission culturelle s’inscrit dans des rapports de pouvoir. L’ethnomusicologie n’est pas seulement un cadre narratif, elle symbolise le désir de conserver ce qui disparaît, qu’il s’agisse de voix, de traditions ou de liens humains. Lionel, au fil du récit, apparaît comme un archiviste de l’émotion, quelqu’un qui comprend que fixer un son revient à préserver un moment de vie.
La mise en scène privilégie un naturalisme pictural, où les textures, la lumière et les décors participent à la sensation de souvenir. Oliver Hermanus s’attache aux détails matériels, instruments d’enregistrement, costumes, espaces intérieurs, afin de rendre sensible la relation entre technologie naissante et mémoire. Le phonographe, notamment, incarne cette bascule historique : la possibilité d’entendre une voix absente transforme la manière dont les individus se souviennent et se relient aux autres.
Le choix de Paul Mescal et Josh O’Connor participe à cette approche. Leur interprétation repose sur la nuance, laissant apparaître les tensions entre désir personnel et cadre social. Le film ne dramatise pas excessivement la question de l’homosexualité, il observe plutôt comment celle-ci se déploie dans un environnement qui ne la reconnaît pas pleinement. Cette discrétion renforce la dimension universelle du récit, centré sur la trace que laisse une rencontre fondatrice.
Au-delà de la romance, Le Son des souvenirs interroge la valeur de ce qui semble fragile ou secondaire. Les chansons populaires, souvent perçues comme éphémères, deviennent ici un patrimoine vivant. Le film rappelle que la musique conserve des histoires que l’écriture officielle ignore. En reliant mémoire individuelle et mémoire collective, Oliver Hermanus propose une œuvre sur le temps, la transmission et la manière dont les souvenirs, même silencieux, continuent de façonner une existence.
Les deux héros s'aiment comme ils aiment la musique et reportent cette sensualité sur les ballades populaires en voie d'extinction qu'ils récoltent dans des régions reculées des États-Unis en 1919. Pour eux, la musique n'est pas seulement des sons, mais aussi des couleurs ou ce que l'on voit dans la nature. Voilà beaucoup de délicatesse, une façon d'exprimer les sensations autrement que par les mots. Comme dans son impressionnant remake de " Vivre " de Kurosawa en 2022, Hermanus trouve dans un style classique bourré de fulgurances la subtilité nécessaire pour nous faire ressentir la beauté d'êtres qui luttent contre l'oubli.
Un film aux images très léchées qui raconte une histoire d’amour pleine de sincérité tout en rendant un bel hommage aux collecteurs de musique traditionnelle est-il susceptible d’opérer un sérieux clivage parmi les spectateurs ? On pourrait penser que la réponse est forcément négative. Eh bien non, la réponse est absolument positive : Le son des souvenirs s’avère particulièrement clivant. Ce film est américain, il a été réalisé par le sud-africain Oliver Hermanus qui en a écrit le scénario en collaboration avec Ben Shattuck, l’auteur de la série de nouvelles dont le film s’est inspiré, et il était en compétition lors du dernier Festival de Cannes. Que le jury cannois ne lui ait rien attribué n’est pas du tout surprenant : ce n’est pas la première fois et ce n’est pas la dernière fois qu’un film magnifique repart bredouille du Festival de Cannes ! On ne peut que s’incliner tout en regrettant de ne pas savoir s’il y a eu ou non un clivage à propos de ce film parmi les membres du jury. Par contre, dès les projections cannoises, ce film a clivé, que ce soit chez les critiques ou parmi les spectateurs. C’est très simple : pour certains, un film aux images très léchées est forcément académique, ce qui, pour eux, représente ce qui se fait de pire en matière de cinéma, alors que, pour d’autres, ces images bien léchées sont une qualité appréciable ; pour certains, une histoire d’amour, fut-elle hétérosexuelle ou entre deux hommes comme c’est le cas dans Le son des souvenirs, court le risque d’être considérée comme étant mièvre et d’être qualifiée de mélo, alors que, pour d’autres, la mélancolie assumée que dégage le film à propos de cette histoire d’amour concourt à leur procurer une grande et très appréciable émotion. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film. Film vu au Festival de Cannes.
Il faut se laisser bercer, suivre cette histoire et comme souvent dans ce genre de film, cest la fin qui la rend belle. Les acteurs sont touchant dans leurs sensibilités.
Est-ce la narration autobiographique désabusée, la mise en scène alanguie, l'atmosphère mélancolique exprimée par ces chansons achroniques qui tentent de pallier frustration, souffrance ou solitude, ou le jeu grave de Josh O'Connor, mais le drame semble inévitable. Hommage à un héritage folklorique, cette histoire du son, tout en s'appuyant sur l'évolution concrète de son enregistrement pérenne, s'attache à peindre la force des sens, de la beauté d'un paysage à l'émotion conviée par des chants instrumentaux, tout en convoquant l'énigmatique synesthésie. A travers ces musiques traditionnelles, l'intrigue montre aussi l'attachement paradoxal aux racines, rejetées comme entraves familiales et sollicitées pour leur nostalgie chthonienne. Enfin, les ballades semblent habiller la mémoire d'un amour perdu, éphémère, sincère que les circonstances étouffèrent mais que le souvenir conserve vivace, faisant autant frissonner la chair que des notes harmonieuses. Délicat. (Vu en vacances)
Jamais dans le mélodrame trop appuyé, mais toujours dans l'émotion sensible de son portrait, HERMANUS livre un moment de cinéma aussi délicat que son héros, aussi subtil que son sujet, aussi émouvant qu'une longue mélodie, qui resterait en tête à la fin d'un album
Un récit lent, presque méditatif, qui retrace la brève et intense relation entre deux jeunes hommes. Les plans sont magnifiques. Les deux acteurs sont superbes
Un film avec Josh O Connor et Paul Mescal a peu de chance d'être mauvais. Le film est malheureusement un peu plat et hésite entre traiter de la romance des deux protagonistes et le sujet de la musique.
Le point de départ, la collecte de chansons dans les contrées de l'Amérique pour en conserver un héritage est aussi intéressant qu'original. Mais l'essentiel est bien l'histoire, assez brève et pudique, entre ces deux hommes en filigrane. la nostalgie du souvenir qui hante, les regrets d'une vie sont saisis, sur un rythme lancinant, par O. Hermanus. Si le récit patine et s'étire par moments, l'aspect passionnel, alors retenu, se révélera dans la dernière partie du film. J. O'Connor et P. Mescal poursuivent chacun une carrière décidément à suivre.