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Jamais dans le mélodrame trop appuyé, mais toujours dans l'émotion sensible de son portrait, HERMANUS livre un moment de cinéma aussi délicat que son héros, aussi subtil que son sujet, aussi émouvant qu'une longue mélodie, qui resterait en tête à la fin d'un album
Un récit lent, presque méditatif, qui retrace la brève et intense relation entre deux jeunes hommes. Les plans sont magnifiques. Les deux acteurs sont superbes
Un film avec Josh O Connor et Paul Mescal a peu de chance d'être mauvais. Le film est malheureusement un peu plat et hésite entre traiter de la romance des deux protagonistes et le sujet de la musique.
Le point de départ, la collecte de chansons dans les contrées de l'Amérique pour en conserver un héritage est aussi intéressant qu'original. Mais l'essentiel est bien l'histoire, assez brève et pudique, entre ces deux hommes en filigrane. la nostalgie du souvenir qui hante, les regrets d'une vie sont saisis, sur un rythme lancinant, par O. Hermanus. Si le récit patine et s'étire par moments, l'aspect passionnel, alors retenu, se révélera dans la dernière partie du film. J. O'Connor et P. Mescal poursuivent chacun une carrière décidément à suivre.
Film découvert en avant-première au festival du cinéma américain de Deauville.
Une immersion sensorielle et poétique dans l'histoire américaine du début du XXème siècle à travers une histoire d'amour hors du temps sur fond de musique folk.
Une immersion sensorielle et poétique dans l'histoire américaine du début du XXème siècle à travers une histoire d'amour hors du temps sur fond de musique folk.
Film vu dans le cadre de Chéris chéries. Il est difficile de ne pas penser à la référence absolue qu’est Brokeback Mountain dans le « genre » du drame sentimental gay. Mais si le scénario n’est pas d’une originalité folle, le jeu impeccable des acteurs et la bande son en font un beau film qui mérite d’être vu par un large public.
« Comme si la mélodie avait le pouvoir d'alléger le poids de la souffrance. » "The History of Sound" raconte une histoire d'amour qui traverse le temps malgré une période incertaine marquée par la Première Guerre mondiale. Les sentiments restent au même titre que ces chansons traditionnelles que Lionel et David décident d'enregistrer sur des cylindres phonographiques. Des chansons pour la prospérité et pour se souvenir de certains moments puisque chacune d'elles renferme une histoire. Ce passage est, pour moi, le plus réussi du film que ce soit pour les musiques ou cette période un peu suspendue dans le temps. Cette quête de chansons folkloriques dans un but de transmission et de préservation m'a fait penser à "All You Need Is Death" même si l'œuvre de Paul Duane est un film d'horreur. Pour le reste, c'est une romance qui n'est pas forcément démonstrative puisqu'il est surtout question d'absence et de silence. Ensemble ou séparément, Paul Mescal et Josh O'Connor transmettent suffisamment de choses pour combler un scénario trop souvent dans la retenue. En somme, un film délicat et parfois touchant.
Très touchant, belle performance de Josh O'Connor et Paul Mescal. Un peu dans l'esprit de brokeback mountain.
Une grande partie de ceux qui découvrent Le son des souvenirs n'ont pas lu auparavant la nouvelle du merveilleux recueil de Ben Shattuck : La forme et la couleur des sons. Le film l'adapte avec goût et délicatesse, en conservant son esprit mélancolique, mais moins son intensité dramatique (qui figure dans un autre récit de l'écrivain, relié à la première nouvelle par un jeu subtil de réminiscences). Cependant, Oliver Hermanus, après son excellent remake du Vivre de Kurosawa, réussit à capturer l'essentiel, ce chant de l'Amérique d'il y a une centaine d'années, allié à une romance tout en douceur et en passion contenue. Il y aurait comme une certaine paresse intellectuelle à comparer le film à Brokeback Mountain, comme si toutes les histoires d'amour entre hommes se ressemblaient, au contraire des intrigues hétérosexuelles. La voix off, pour une fois, ne casse pas le cheminement de l'histoire, mais lui confère une teinte nostalgique, dans le passage inexorable du temps et des vies qui n'ont pas été vécues, faute de courage ou à cause des interdits d'une époque. Le son des souvenirs possède son rythme particulier et une exaltation des sentiments qui demeure dans la pudeur et la suggestion, laissant planer comme une tendre et infinie tendresse. C'est dans cette presque austérité et dans le refus du trop-plein d'émotion trop facile que réside la beauté intrinsèque du film, à l'image de ces chants folkloriques surannés qui nous font voyager au pays de la sincérité et de la mémoire collective. Le cynisme et l'impudence n'ont pas leur place ici.
(Film vu à Cannes en 2025) Film au caractère fort, à la fois touchant et intelligent et dont la question des musiques de cantons, villages qui risquent d'être perdus est remarquable
Vu en avant-première au festival du cinéma américain de Deauville en septembre 2025. Un très beau film !
Vu à Montréal.
Sur la forme et le contexte, beaucoup compareront « The History fo Sound » à l’œuvre cinématographique la plus illustre dans le genre : « Le secret de Brokeback Mountain ». Une histoire d’amour gay, l’époque, un certain classicisme, ... Mais, sur le fond, le film d’Oliver Hermanus ne parle pas vraiment de l’impossibilité de vivre ladite histoire mais plutôt de l’impact qu’elle aura dans la vie de l’un d’eux. Le côté relation contrariée est quelque peu évoqué mais ce n’est pas le fil conducteur du récit. Ici le film, inspiré d’une nouvelle et sélectionné à Cannes en compétition officielle cette année, prend comme contexte la musique folklorique du début du XXième siècle qui sera la raison de la rencontre entre ces deux hommes mais aussi le ciment de leur relation.
Hermanus filme son histoire de manière profondément académique et volontairement – on le pense en tout cas – classique. On pourra trouver les choix artistiques un tantinet poussiéreux mais cela colle plutôt bien à ce qui est montré. En revanche, il est certain que cette histoire de chant, de visualisation des sons, d’enregistrement de chansons issues du folklore américain n’est pas toujours très cinématographique et correspond probablement mieux à la littérature qu’au septième art. Pareillement, les sentiments amoureux sont dépeints avec beaucoup de finesse mais la relation entre ces deux jeunes hommes manque terriblement de passion. Paradoxalement, c’est lorsqu’ils sont séparés, dans une dernière partie plus touchante, que la puissance des émotions nous étreint enfin. Jusqu’à la scène finale, dans les années 70 avec Chris Cooper, qui s’avère la plus bouleversante de « The History of Sound »...
D’une durée de plus de deux heures, le film prend son temps. Le rythme est assurément lancinant et on pourra trouver cela longuet et soporifique mais c’est le genre d’histoires qui a besoin de maturer pour laisser s’exprimer les ressentis des personnages. Habitué des romances gays Paul Mescal (dans « All of us strangers ») et Josh O’Connor (à travers « God’s own country ») forment un duo tout à fait complémentaire dont l’alchimie à l’écran est indéniable. Leur interprétation est très nuancée, sobre et conforme aux canons de l’époque. De nombreuses séquences (surtout sur la fin) sont empreintes de beauté comme celle avec la veuve ou celles de complicité entre les deux hommes. On aurait certes aimé être plus emporté par le tourbillon de cette passion contrariée, que le film soit moins austère, mais il n’en demeure pas moins un long-métrage bien filmé dans son style et qui provoque tout de même quelque chose si l’on fait l’effort de s’y plonger.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.
Sur la forme et le contexte, beaucoup compareront « The History fo Sound » à l’œuvre cinématographique la plus illustre dans le genre : « Le secret de Brokeback Mountain ». Une histoire d’amour gay, l’époque, un certain classicisme, ... Mais, sur le fond, le film d’Oliver Hermanus ne parle pas vraiment de l’impossibilité de vivre ladite histoire mais plutôt de l’impact qu’elle aura dans la vie de l’un d’eux. Le côté relation contrariée est quelque peu évoqué mais ce n’est pas le fil conducteur du récit. Ici le film, inspiré d’une nouvelle et sélectionné à Cannes en compétition officielle cette année, prend comme contexte la musique folklorique du début du XXième siècle qui sera la raison de la rencontre entre ces deux hommes mais aussi le ciment de leur relation.
Hermanus filme son histoire de manière profondément académique et volontairement – on le pense en tout cas – classique. On pourra trouver les choix artistiques un tantinet poussiéreux mais cela colle plutôt bien à ce qui est montré. En revanche, il est certain que cette histoire de chant, de visualisation des sons, d’enregistrement de chansons issues du folklore américain n’est pas toujours très cinématographique et correspond probablement mieux à la littérature qu’au septième art. Pareillement, les sentiments amoureux sont dépeints avec beaucoup de finesse mais la relation entre ces deux jeunes hommes manque terriblement de passion. Paradoxalement, c’est lorsqu’ils sont séparés, dans une dernière partie plus touchante, que la puissance des émotions nous étreint enfin. Jusqu’à la scène finale, dans les années 70 avec Chris Cooper, qui s’avère la plus bouleversante de « The History of Sound »...
D’une durée de plus de deux heures, le film prend son temps. Le rythme est assurément lancinant et on pourra trouver cela longuet et soporifique mais c’est le genre d’histoires qui a besoin de maturer pour laisser s’exprimer les ressentis des personnages. Habitué des romances gays Paul Mescal (dans « All of us strangers ») et Josh O’Connor (à travers « God’s own country ») forment un duo tout à fait complémentaire dont l’alchimie à l’écran est indéniable. Leur interprétation est très nuancée, sobre et conforme aux canons de l’époque. De nombreuses séquences (surtout sur la fin) sont empreintes de beauté comme celle avec la veuve ou celles de complicité entre les deux hommes. On aurait certes aimé être plus emporté par le tourbillon de cette passion contrariée, que le film soit moins austère, mais il n’en demeure pas moins un long-métrage bien filmé dans son style et qui provoque tout de même quelque chose si l’on fait l’effort de s’y plonger.
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Excellente surprise ! La facture est certes classique, cependant les deux comédiens hissent le film à un degré de beauté assez inédit.
Qui est le film ?
Le Son des souvenirs (The History of Sound) est le nouveau long métrage d’Oliver Hermanus, présenté à Cannes 2025, adapté d’une nouvelle de Ben Shattuck. Après Moffie ou Living, le cinéaste sud-africain poursuit son exploration des identités fragiles, mais cette fois dans l’Amérique des années 1910, en suivant deux étudiants en musique, incarnés par Paul Mescal et Josh O’Connor, qui s’embarquent dans un projet d’ethnographie sonore : recueillir des chansons populaires à travers les campagnes.
Que cherche-t-il à dire ?
La question traverse tout le film : que cherche-t-il à dire, sinon à s’écouter parler ? Hermanus semble empiler les intentions comme des couches de vernis, sans jamais laisser apparaître un noyau véritable. On pressent des pistes (l’histoire du son, la mémoire des voix, la fragilité de l’écoute, l'histoire queer) mais elles se dissipent dans un brouillard d’auto-commentaire. À force de surligner ses propres thématiques, le film finit par ne rien assumer pleinement, et laisse son spectateur dans un flottement où l’enjeu reste introuvable.
Par quels moyens ?
Le film s’ouvre sur une idée forte : le personnage de Paul Mescal affirme pouvoir « voir » le son, comme si l’écoute pouvait se traduire en image, donner une matérialité sensible aux voix. On attend alors que le cinéma se saisisse de cette phrase inaugurale pour inventer une grammaire visuelle et sonore singulière. Or rien ne vient. Pas de tentative plastique, pas d’expérimentation formelle : la promesse reste un slogan, jamais incarné dans le tissu du film. Ce décalage entre annonce et exécution pèse lourd, car il réduit le projet à un verbe sans traduction cinématographique.
Le film avance comme s’il voulait inscrire une histoire d’amour, mais recule toujours au moment d’assumer ce geste. La relation entre les deux protagonistes demeure une esquisse, privée de ses instants fondateurs : pas de premier baiser, pas de véritable trouble, seulement des allusions diffuses. Ce refus de filmer la chair et l’évidence du désir fragilise la dimension queer du récit, comme si Hermanus avait préféré en faire une amitié sublimée plutôt qu’une passion vécue. On ne demande pas de l’exubérance, mais un minimum d’incarnation. En restant dans l’ellipse, le film rend abstrait ce qui aurait pu être son cœur battant.
Le paradoxe du film est là : Hermanus fait parler ses personnages sans cesse, leurs dialogues énoncent les enjeux — qu’est-ce qu’écouter veut dire, pourquoi sauver une chanson, quel lien entre mémoire et désir — mais jamais ils ne se confrontent à ce qui brûle vraiment. La guerre, la sexualité, la dépossession culturelle sont abordées en marge, réduites à des sous-entendus ou à des allusions. On sort avec l’impression d’avoir entendu beaucoup de discours, mais peu de véritables confrontations. C’est comme si le film préférait toujours commenter ses dilemmes plutôt que les mettre en crise.
La photographie de Dynan enveloppe le récit de tons sépia et de textures poussiéreuses, cherchant à faire de chaque image un objet ancien. Cette cohérence plastique est indéniable, mais elle conforte aussi l’impression de musée : tout est beau, tout est figé, comme si l’image elle-même refusait la vivacité des chansons qu’elle prétend préserver.
Ce qui pèse le plus, peut-être, c’est l’air d’autosatisfaction qui traverse l’ensemble. Hermanus filme comme s’il tenait déjà son grand film sur l’écoute et la mémoire, multipliant les plans appliqués et les silences appuyés. Mais derrière cette solennité, l’ennui s’installe : non pas un ennui fertile qui creuse le temps et le rend sensible, mais une vacuité où chaque scène paraît rallongée pour confirmer sa propre importance. Le film se contemple plus qu’il ne se construit, et finit par céder à une complaisance esthétique qui sature le regard sans jamais l’éveiller.
Enfin, le film prétend faire de l’histoire du son un récit de musique, mais il oublie que la musique n’existe jamais sans instruments, sans corps qui la portent et la produisent. En effaçant cette matérialité concrète au profit d’une abstraction lyrique, Hermanus réduit la portée de son propre projet. Là où l’on attendait la friction des gestes, le grain des cordes, le souffle qui vacille, il ne reste qu’un vernis musical détaché de toute source. Cette réduction appauvrit l’expérience promise : au lieu de sentir la chair du son, on n’en perçoit que l’ombre policée.
Où me situer ?
Je reste partagé. J’admire la volonté d’Hermanus de faire du son un sujet, d’oser un film où l’écoute serait une expérience sensorielle autant qu’éthique. Certaines séquences atteignent une délicatesse bouleversante. Mais je regrette une tendance au maniérisme, une esthétique trop sage qui finit par vitrifier le projet. La romance, annoncée mais jamais incarnée, illustre ce refus. Pas de premier baiser, pas de trouble, rien qui vienne fissurer le récit. Le film n’ose ni l’amitié ni les enjeux d'une histoire queer qu’il esquisse pourtant. À la place, il se replie sur un dispositif autosatisfait. Alors qu'en vient la scène finale, j'y suis insensible. Reste une œuvre qui se contemple elle-même et s’épuise dans sa complétude, jusqu’à l’ennui.
Quelle lecture en tirer ?
Le Son des souvenirs n’est ni un échec, ni une réussite pleine. C’est un film médian qui ouvre des pistes mais refuse de les creuser. On en sort intrigué par ce qu’il aurait pu être.
Le Son des souvenirs (The History of Sound) est le nouveau long métrage d’Oliver Hermanus, présenté à Cannes 2025, adapté d’une nouvelle de Ben Shattuck. Après Moffie ou Living, le cinéaste sud-africain poursuit son exploration des identités fragiles, mais cette fois dans l’Amérique des années 1910, en suivant deux étudiants en musique, incarnés par Paul Mescal et Josh O’Connor, qui s’embarquent dans un projet d’ethnographie sonore : recueillir des chansons populaires à travers les campagnes.
Que cherche-t-il à dire ?
La question traverse tout le film : que cherche-t-il à dire, sinon à s’écouter parler ? Hermanus semble empiler les intentions comme des couches de vernis, sans jamais laisser apparaître un noyau véritable. On pressent des pistes (l’histoire du son, la mémoire des voix, la fragilité de l’écoute, l'histoire queer) mais elles se dissipent dans un brouillard d’auto-commentaire. À force de surligner ses propres thématiques, le film finit par ne rien assumer pleinement, et laisse son spectateur dans un flottement où l’enjeu reste introuvable.
Par quels moyens ?
Le film s’ouvre sur une idée forte : le personnage de Paul Mescal affirme pouvoir « voir » le son, comme si l’écoute pouvait se traduire en image, donner une matérialité sensible aux voix. On attend alors que le cinéma se saisisse de cette phrase inaugurale pour inventer une grammaire visuelle et sonore singulière. Or rien ne vient. Pas de tentative plastique, pas d’expérimentation formelle : la promesse reste un slogan, jamais incarné dans le tissu du film. Ce décalage entre annonce et exécution pèse lourd, car il réduit le projet à un verbe sans traduction cinématographique.
Le film avance comme s’il voulait inscrire une histoire d’amour, mais recule toujours au moment d’assumer ce geste. La relation entre les deux protagonistes demeure une esquisse, privée de ses instants fondateurs : pas de premier baiser, pas de véritable trouble, seulement des allusions diffuses. Ce refus de filmer la chair et l’évidence du désir fragilise la dimension queer du récit, comme si Hermanus avait préféré en faire une amitié sublimée plutôt qu’une passion vécue. On ne demande pas de l’exubérance, mais un minimum d’incarnation. En restant dans l’ellipse, le film rend abstrait ce qui aurait pu être son cœur battant.
Le paradoxe du film est là : Hermanus fait parler ses personnages sans cesse, leurs dialogues énoncent les enjeux — qu’est-ce qu’écouter veut dire, pourquoi sauver une chanson, quel lien entre mémoire et désir — mais jamais ils ne se confrontent à ce qui brûle vraiment. La guerre, la sexualité, la dépossession culturelle sont abordées en marge, réduites à des sous-entendus ou à des allusions. On sort avec l’impression d’avoir entendu beaucoup de discours, mais peu de véritables confrontations. C’est comme si le film préférait toujours commenter ses dilemmes plutôt que les mettre en crise.
La photographie de Dynan enveloppe le récit de tons sépia et de textures poussiéreuses, cherchant à faire de chaque image un objet ancien. Cette cohérence plastique est indéniable, mais elle conforte aussi l’impression de musée : tout est beau, tout est figé, comme si l’image elle-même refusait la vivacité des chansons qu’elle prétend préserver.
Ce qui pèse le plus, peut-être, c’est l’air d’autosatisfaction qui traverse l’ensemble. Hermanus filme comme s’il tenait déjà son grand film sur l’écoute et la mémoire, multipliant les plans appliqués et les silences appuyés. Mais derrière cette solennité, l’ennui s’installe : non pas un ennui fertile qui creuse le temps et le rend sensible, mais une vacuité où chaque scène paraît rallongée pour confirmer sa propre importance. Le film se contemple plus qu’il ne se construit, et finit par céder à une complaisance esthétique qui sature le regard sans jamais l’éveiller.
Enfin, le film prétend faire de l’histoire du son un récit de musique, mais il oublie que la musique n’existe jamais sans instruments, sans corps qui la portent et la produisent. En effaçant cette matérialité concrète au profit d’une abstraction lyrique, Hermanus réduit la portée de son propre projet. Là où l’on attendait la friction des gestes, le grain des cordes, le souffle qui vacille, il ne reste qu’un vernis musical détaché de toute source. Cette réduction appauvrit l’expérience promise : au lieu de sentir la chair du son, on n’en perçoit que l’ombre policée.
Où me situer ?
Je reste partagé. J’admire la volonté d’Hermanus de faire du son un sujet, d’oser un film où l’écoute serait une expérience sensorielle autant qu’éthique. Certaines séquences atteignent une délicatesse bouleversante. Mais je regrette une tendance au maniérisme, une esthétique trop sage qui finit par vitrifier le projet. La romance, annoncée mais jamais incarnée, illustre ce refus. Pas de premier baiser, pas de trouble, rien qui vienne fissurer le récit. Le film n’ose ni l’amitié ni les enjeux d'une histoire queer qu’il esquisse pourtant. À la place, il se replie sur un dispositif autosatisfait. Alors qu'en vient la scène finale, j'y suis insensible. Reste une œuvre qui se contemple elle-même et s’épuise dans sa complétude, jusqu’à l’ennui.
Quelle lecture en tirer ?
Le Son des souvenirs n’est ni un échec, ni une réussite pleine. C’est un film médian qui ouvre des pistes mais refuse de les creuser. On en sort intrigué par ce qu’il aurait pu être.
Une belle et dramatique histoire d’amour … les acteurs sont géniaux et les chants sont magiques.
Vu au festival de Deauville, expérience exceptionnelle
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