La Légende d'Ochi est le premier long métrage écrit et réalisé par Isaiah Saxon. Formé à l’Academy of Art de San Francisco, Saxon avait pour ambition après son diplôme de voir son court-métrage de fin d'études sélectionné au Festival de Sundance. Malheureusement pour l'apprenti réalisateur, cela ne s'est pas concrétisé et il en a été profondément découragé. Alors qu'il travaillait à l'âge de 21 ans dans un vidéo-club, il découvre les clips atypiques de Spike Jonze, Michel Gondry et Chris Cunningham et décide d'emprunter à son tour cette voie : "À l’université, j’ai eu des cours sur les effets spéciaux, le dessin et la sculpture, ce qui m’a permis d’incorporer ces différents éléments à mon approche cinématographique. Réaliser ne se limite pas à écrire des lignes de dialogue et filmer des acteurs. Il s’agit aussi de dessiner et de concevoir des personnages dans un monde qui a été pensé pour les accueillir. Puis de sculpter l’ensemble, en créant toutes sortes d’outils pour les améliorer. Trouver comment y parvenir avec peu de moyens m’a poussé à explorer des techniques diverses et variées que j’ai ensuite appris à maîtriser". C'est ainsi qu'il a retrouvé goût à la réalisation, et a signé des clips pour Grizzly Bear et Björk, ainsi que des courts-métrages.
Isaiah Saxon a puisé l'idée de La Légende d'Ochi dans des œuvres comme E.T., l’extra-terrestre et Mon voisin Totoro, qui évoquent le lien que l'enfant développe avec l'autre, mais aussi dans des récits plus naturalistes, comme Kes de Ken Loach, qui relate la relation entre un jeune garçon et un faucon crécerelle.
Le réalisateur tenait à mettre en scène la relation entre un humain et un animal sans recourir au langage, lui qui, de son propre aveu, n'est pas à l'aise avec ce mode de communication : "J’éprouve une certaine gêne face à notre dépendance au langage comme principal mode de communication chez les humains. J’ai parfois du mal à m’exprimer avec des mots. Mon palliatif, c’est la musique, les images, la danse et le mouvement. Nous sommes profondément sensibles à ces modes d’expression primitifs parce que nous avons évolué pour les percevoir avant même que le langage n’apparaisse".
La création d'un véritable univers, comme c'est le cas dans La Légende d'Ochi, a participé à développer cette communication non-verbale chez les personnages : "Quelque chose se produit lorsqu’un personnage débarque dans un environnement particulièrement chargé en détails et en émotions – ce personnage n’a pas besoin de mots pour décrire ce qu’il ressent. Vous voyez le monde avec lui et vous savez ce qu’il éprouve."
Dans La Légende d'Ochi, le personnage de Yuri découvre le hoquet, une technique musicale et vocale qui consiste à diviser une mélodie en deux sources sonores, en faisant alterner une ligne mélodique par plusieurs voix, chacune tout au long de sa partie s'interrompant et reprenant à contretemps des autres. Cette technique a été soufflée au réalisateur par sa femme, la compositrice et musicienne Meara O'Reilly.
Le film a été tourné en Roumanie, plus précisément dans les Carpates, en Transylvanie, "où, lorsque vous quittez les villes pour parcourir les montagnes, vous voyez des gens qui ont encore un lien très intime avec la terre et des charrettes tirées par des chevaux. Ce sont les forêts vierges les mieux préservées de toute l’Europe. Les ours, les lynx et les loups y abondent. C’est comme si on entrait dans une machine à remonter le temps", affirme Isaiah Saxon.
Le directeur de la photographie Evan Prosofsky et le réalisateur Isaiah Saxon ont testé des objectifs de caméra pendant plus d'un an, avant de choisir un ensemble de Baltar des années 1930. Ce sont les premiers objectifs jamais fabriqués aux États-Unis, utilisés notamment sur des classiques comme Casablanca. Le réalisateur rapporte : "Evan a acheté un jeu de ces anciennes lentilles, les a remises à neuf et replacées dans des boîtiers modernes. C’est peut-être le premier film couleur de l’ère moderne à utiliser ces objectifs ! L’éclairage et le travail de caméra d’Evan, combinés à mes cadrages et à mes matte painting [peinture sur cache], sont à l’origine de l’aspect singulier de La Légende d’Ochi".
Isaiah Saxon a utilisé la peinture sur cache (ou matte painting) comme ultime étape du processus créatif du film. "Cela revient essentiellement à prendre des images, les découper et en faire un collage", résume-t-il. Il expérimente depuis ses 13 ans cette technique. Il a pu mettre à profit cet apprentissage sur La Légende d'Ochi puisqu'il a lui-même réalisé 200 peintures sur cache lors de la post-production, faute de moyens pour déléguer cette tâche ! Il a ensuite collaboré avec le superviseur VFX Grant White et plus de cent artisans qui ont travaillé à intégrer ces arrière-plans.
"J’ai grandi à une époque où il fallait parfois “pirater” le système, bien avant que les images de synthèse ou l’intelligence artificielle ne soient aussi accessibles et perfectionnées", souligne Isaiah Saxon, qui nourrit un véritable intérêt pour les effets pratiques, les peintures sur cache, l’animation en stop-motion ou encore les marionnettes avec prothèses. Il a évité au maximum les images de synthèse pour donner vie aux Ochis, les effets visuels ayant principalement servi à effacer les marionnettistes du cadre.
Ainsi, le bébé Ochi est une marionnette guidée par plusieurs marionnettistes en combinaisons à écran bleu, tandis que les Ochis adultes sont incarnés par trois acteurs principaux, équipés de combinaisons spéciales avec extensions de membres. Les costumes et les marionnettes sont dotés de têtes animatroniques. Chaque détail du visage est contrôlé par une équipe dédiée surveillant un moniteur caméra.
Peter Elliot, expert en primates et interprète, a dirigé et affiné les mouvements des Ochis dans chaque scène, avec pour objectif de transmettre une vivacité émotionnelle plutôt qu’un hyperréalisme.
Pour concevoir les Ochis, le réalisateur a collaboré avec David Darby, qui a sculpté les modèles à partir de dessins originaux. Ces derniers s’inspirent de la fascination d'Isaiah Saxon pour les Rhinopithèques de Roxellane, ces singes au pelage brun-doré et au nez retroussé qui vivent dans les forêts montagneuses de Chine, non loin du plateau tibétain : "Ces animaux ont à la fois une allure extraterrestre et simiesque. Je ne voulais pas trop m’éloigner du monde des primates, je souhaitais que le public perçoive les Ochis comme de véritables créatures vivant dans un monde réel."