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Est-il nécessaire de revenir sur ce plan séquence du tout début du film, magnifique entrée en matière, où l'on suit cette voiture, puis ce couple, puis les deux se croisent, les deux s'éloigne, et boom, le chaos, le bruit, le désordre, les sirènes, jouant sur le côté pile, le côté face, d'un côté ou d'un autre de la frontière. Et on y croise tout de suite les parties prenantes qui vont se croiser durant tout le film, manière d'introduire tous les personnages avec efficacité.
Tout le reste va se dessiner dans un petit périmètre, autour de cette frontière, bien peu étanche, où les relents de racisme vont et viennent dans une société de toute part dépravée.
Ce n'est pas un film noir, comme on peut l'entendre, c'est un film sombre, comme le veut Orson Wells, il a toujours été singulier, d'où sa légende, mais ici, il croque des personnages qui ont tous une personnalité forte, avec le peu de temps que nous passons avec eux, on sent bien, qu'ils ont une histoire, un passé qui les hante.
A commencer bien naturellement par l'inspecteur interprété par Welles, que peu d'estime de soit soit même pour se montrer sous son plus mauvais jour, gros, grossier, buveur, menteur, visage boursouflé, désillusion face à son existence, un rôle qui suinte la sueur, le dégout et la colère intérieur. Et tous les personnages ne sont pas laissé pour compte, Marlène Dietrich, que l'on voit très peu, garde ce côté envoutant, décrite comme une gitane, diseuse de bonne aventure, et qui prédira un avenir sans lendemain à cet homme fascinant, qu'elle a bien connu des années auparavant.
Janet Leigh, déjà en mauvaise posture aux mains de jeunes vauriens, qui la malmène alors que son tout récent mari s'occupe d'avantage d'une affaire qui l'emmène au delà de ce qu'il aurait imaginé, et on peut la découvrir déjà, très sensuel, où sa beauté naturelle crève l'écran.
Et bien naturellement, Charlton Heston, immense acteur pour ceux qui l'aurait oublier, donne ici, une très belle composition, même si parfois, on aurait voulu le voir plus prompt à s'occuper de sa femme plutôt qu'aux bandits Mexicain.
Le film ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde, car le style est très particulier, l'espoir d'une vie meilleur n'est pas de mise ici, et peu de personnages sont à sauver, ils ont tous leur mauvais côté, Welles nous montre le peu d'estime qu'il a envers cette société de cette fin des années 50, et pour cela il nous offre des plans incroyable, ce film est une leçon de cinéma, les plans larges, puis resserrer sur les visages, les angles de prises de vues, tout, mais tout est réfléchi, étudié, et travaillé avec l'excellence d'un faiseur de grand film. A noter les tonalités de la musique, tantôt légère, tantôt pesante, tantôt assourdissante comme dans le motel, tout cela ajoute à l'atmosphère emblématique de ce film.