"Contente-toi de piloter."
Trois ans après l'immense succès (mérité) de son «Top Gun : Maverick», le réalisateur Joseph Kosinski remet le couvert en nous plongeant cette fois-ci dans l'univers du sport automobile, et plus précisément celui de la Formule 1.
Le film nous y raconte l'histoire de Sonny Hayes, jeune prodige de la F1 dans les années 90 et freiné dans son ascension par un terrible accident. Devenu depuis un pilote indépendant (et une véritable tête brûlée), il est contacté par un ancien coéquipier, Ruben Cervantes, à qui appartient l'écurie Apex Grand Prix. En grande difficulté, il lui propose de le rejoindre et de devenir second pilote au sein de son écurie. Mais le jeune Joshua Pearce, le premier pilote et son coéquipier, ne l'entend clairement pas de cette oreille.
À travers ce film à gros budget (300 millions de dollars), produit notamment par Jerry Bruckheimer et le pilote Lewis Hamilton, Kosinski reprend le même dispositif scénique qu'il avait utilisé pour les séquences de vol dans «Maverick», l'agrémentant de caméras miniatures et mobiles, permettant de créer du mouvement dans le mouvement et de retranscrire au plus près l'intensité d'une course F1, le tout accompagné ici d'une musique vrombissante signée Hans Zimmer.
Une réalisation immersive carrée et maîtrisée, mais qui ne m'a peut-être pas autant embarqué que dans son précédent film, sans doute dû à un manque de connexion (et donc d'attache émotionnelle) avec ses protagonistes.
Et c'est ce que je reprocherai principalement à ce «F1» : son histoire trop classique et prévisible, se résumant plus ou moins à l'habituel face-à-face générationnel, sur la piste comme en-dehors.
Une guerre d'egos au sein de la même équipe (qui va même jusqu'aux coups bas lors de certaines courses, ce que j'ai trouvé passablement stupide), jusqu'à réaliser que ce sport (comme pas mal d'autres sports) est avant tout un sport d'équipe, et que ce n'est pas en montrant uniquement qui est le meilleur, mais en collaborant tous ensemble qu'on a le plus de chances de passer la ligne d'arrivée dans les meilleures conditions.
Bref, l'histoire d'une rivalité qui va se transformer en respect mutuel. Avait-on vraiment besoin de 2h35 pour nous raconter ça ? La réponse est dans la question.
Un film remplissant plutôt bien son contrat de divertissement cool et motorisé, mais manquant d'un scénario plus développé et de cette profondeur humaine pour en faire une œuvre vraiment incarnée, malgré le charisme évident de Brad Pitt (pouvant rappeler un peu celui d'un certain Steve McQueen à l'époque du film «Le Mans»), toujours autant en forme à plus de 60 ans.
Un gros bolide fonçant tout droit (avec ses quelques virages narratifs habituels) sans trop se poser de questions.
C'est seulement lors de la course finale (dont un dernier tour tout en silence, presque hypnotique) qu'une certaine émotion vient pointer le bout de son nez, mais un peu tardivement.
«F1», c'est donc un blockbuster estival plaisant à voir sur grand écran, mais qui ne rivalise pas avec d'autres œuvres sur le même sujet, en particulier les récents «Rush» (de Ron Howard) et «Le Mans 66» (de James Mangold), deux films bien plus incarnés en terme d'émotions et de narration, ayant trouvé l'équilibre idéal entre fond et forme, entre l'homme et la piste. 6,5/10.