R.M.N.
Note moyenne
3,8
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99 critiques spectateurs

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JB D
JB D

10 abonnés 35 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 janvier 2023
Cristian Mungiu est un cinéaste dont les films paraissent toujours difficiles à aborder par la critique, de par leur densité et la multiplication des points de vue.

Peut-être d’ailleurs que c’est par le contrepied que l’on peut cerner le plus aisément les mécanismes qui nourrissent son œuvre, et en particulier ce film-ci, radiographie implacable des échelles sociales et des liens humains qui se maintiennent au bord du précipice.

Le contrepied, c’est d’évacuer la question de la virtuosité - indéniable - à une question de sens, et rien d’autre. Evidemment, Mungiu est assez fin pour ne pas se suffire à capturer les spectateurs dans la vertigineuse toile qu’il tisse patiemment, articulant les portraits individuels aux groupes sociaux et à la métaphore d’une Europe fissurée, malade.
A travers l’enchevêtrement de plans-séquences ténus, se dégage d’abord une anormalité qui est celle, pourtant bien réelle, d’un monde qui déraille ; le temps que Mungiu crée dans chaque séquence permet d’aller puiser dans la nature même des paysages (naturels ou industriels) et d’y mettre en lumière les différents affects et enjeux sociologiques que porte chaque acteur avec un équilibre rare.
La construction qui se dégage ainsi, au fur et à mesure que les portraits trouvent leurs points de connexion, suggère une mosaïque savamment bâtie, refermant le cercle sur une question de territoire de plus en plus restreinte. Le film, ouvert aux frontières (et dans lequel on parle ironiquement roumain, hongrois, allemand, anglais et français) se noue sur une communauté d’un petit village remué par l’arrivée de deux employés sri-lankais dans une boulangerie industrielle.

Mungiu parle de beaucoup de choses dans ce film, avec une clarté et une aisance pour le moins étonnante : de l’Europe oui, de l’Est, de l’immigration, de la place de la tradition, de la honte, de l’éducation, de la langue, du rapport aux émotions, de la corruption… « R.M.N » a manifestement une gueule austère, de celle qui ne rigole pas - et pour laquelle Mungiu s’est souvent vu reproché un trop grand esprit de sérieux.

On ne rigole pas, en effet, et la chappe de plomb est scellée dès le début : mais loin de dicter une pensée, Mungiu est un cinéaste dont on peut dire qu’il fait réfléchir. Son système de mise en scène ne cesse de ramener en son sein des questions sociales, humaines, qu’il ne cherche pas à résoudre péremptoirement. C’est au contraire sa grande force que de montrer une chose et son envers, de filmer tout ce que chacun peut faire ou dire, sans être dans le camp de la morale, mais dans celui de l’empathie. Cinéma sombre ô combien, mais ouvert et ambivalent.
Cinéma qui fait honneur à l’intelligence et sait aussi filmer les choses simples : un geste d’amour, un concert de verre sifflé, une étreinte, un repas partagé. Il ne s’agira pas de débusquer un trait de lumière dans le nuit des hommes, mais bien de faire du noir une source lumineuse- sorte de Soulages 24 images/seconde.

Œuvre humaine, profondément (en opposition, pour rester à Cannes, avec le cynisme de Östlund ou la joliesse normative de Lukas Dhont), « R.M.N » n’a reçu aucun honneur des jurés cannois, dont l’appétit politique revendiqué n’a pas su trouver ici sa raison d’être, ni même dans le génie des lieux dont Mungiu fait preuve - une façon bien à lui de rabattre une Europe tentaculaire en une poignée de plans, véritable cartographie de l’économie.

Et pourtant, quelle trempe! Culminant dans un plan fixe inouï de 15 minutes, le film fait face, comme une force résistante, aux turpitudes des vies et des nations, regardant frontalement dans l’opinion publique ce qu’il reste de politique. Grand moment de cinéma que cette séquence d’assemblée, sorte d’eau vive portée à ébullition, et de laquelle le film et les personnages ne se relèveront pas.
Certainement pour cela d’ailleurs que la fin, en une énigmatique métaphore, troque le sens pour l’émotion : rêve éveillé, image sourde et entêtante sortie de la nuit noire, en quête d’une lumière intérieure.
Tricky T.
Tricky T.

3 abonnés 17 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 janvier 2023
Beaucoup aimé ce film, très bien écrit, dialogué, interprété. Hyper tendu tout le long. Un de meilleur film de l'année.
Isabel I.
Isabel I.

51 abonnés 317 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 décembre 2022
Rezonanta Magnetica Nucleara
ou la radiographie de la vie d'un village, d'un pays ou peut-être même du monde d'aujourd'hui. Un IRM qui voit derrière les "paraitres", qui montrera le mal, l'abcès. Bref c'est sombre très sombre ... Peu reluisant pour l'humanité : le rejet des différences, la peur des autres ... dans cette société de  là-bas, d'ailleurs, ou d' ici,  qui se précarise où les inégalités sont omniprésentes et engendre les violences.
Rien que pour la scène du long  plan séquence de 17 minutes dans la salle des fêtes, tellement réaliste, je pense que ce film mérite notre attention .
Mais serait dommage de s'arrêter au seul aspect aride de cette histoire. Les personnages dans leur complexité sont touchants et vulnérables et cette fragilité peut les rendre sauvages  . Pour être honnête à sa sortie même si j'étais décontenancée et interrogative, j'étais très positive : belle qualité de la photo et cette histoire qui alterne réalité , quotidien fantasme et imaginaire.  Cependant avec le recul il me reste trop d' impressions confuses et je suis incapable de le raconter et encore moins de l'expliquer. L'allégorie de la fin reste très obscure et interroge... n'est ce pas la scène de trop ?
mat niro

475 abonnés 2 214 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 29 novembre 2022
Christian Mungiu signe ici une chronique du racisme quotidien dans un village multiethnique de Transylvanie où cohabitent roumains et hongrois. Le film est assez neutre avant l'arrivée de trois travailleurs Sri-Lankais qui va mettre le feu au village. La première partie se contente de suivre un revenant, Matthias, parti chercher l'el Dorado à l'étranger comme beaucoup de travailleurs du village, mais contraint de rentrer face à une femme et un enfant distants. Constatant amèrement la situation dans son pays, le cinéaste n'hésite pas à critiquer ses habitants ainsi que l'Eglise qui cautionne la haine de l'étranger. Seule résistante dans ce marasme, Judith State (Csilla) signe une prestation remarquée dans ce film sombre qui accouche d'une fin ratée à mon goût, que je n'ai pas compris!
Patrick PIERROT
Patrick PIERROT

13 abonnés 106 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 décembre 2022
Ce film, c'est le sketch de Fernand RAYNAUD, le douanier, à la puissance mille ! Il décrit merveilleusement les mécanismes qui amènent encore aujourd'hui, des gens "qui ne sont pas des imbéciles puisqu'ils sont..." à se comporter comme de parfaits incultes. La difficulté de la vie dans les pays d'Europe issus de l'ex-empire soviétique y est relatée de manière glaçante et nous rappelle combien la différence avec l'Europe de l'Ouest est immense. Cet écart pourra-t-il être réduit un jour ? Le déroulé du film tend à laisser penser que non, en tout cas pas dans le sens ouest-est...
Daniel Gonzalez10
Daniel Gonzalez10

4 abonnés 173 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 novembre 2022
Un film sympa sur l identité et l humanité
Ça se passe en fin fond de la Roumanie
Au fond des forêts .qui gagnera en terme de puissance?les ours de la région
Et aussi ces mêmes ours en apprendront ils aux hommes pour se protéger du racisme,du nationalisme,de la croyance en lieu et place de la raison
Allez y vous faire votre opinion
Gracianne Duval
Gracianne Duval

1 abonné 3 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 25 novembre 2022
Le film qui aurait pu être très intéressant est fait n'importe comment, j'ai fini par partir avant la fin, tellement c'est ch.... Je regrette d'avoir été au cinéma pour regarder un film aussi mal construit
Sosa
Sosa

13 abonnés 373 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 7 décembre 2022
1h30 de mise en exposition, c'est long, on se demande où le scénario veut nous emmener.
Les base sont posé, les enjeux daignent se montrer et c'est pas mal du tout, la scène à la mairie est glaçante., C'est plutôt bien joué et la fin est comme je les aime, abrupte.
Ceiner M
Ceiner M

55 abonnés 260 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 novembre 2022
Un film qui traite du sujet du racisme et de la xénophobie dans un petit village de Transylvanie très pittoresque et reculé, où on découvre qu'en Roumanie il y a des ethnies hongroises, allemandes, etc, etc...On est immergé dans la vie quotidienne des habitants, les coutumes, l'usine de pain tenue par des "hongrois" qui peinent à recruter car beaucoup ont immigré pour travailler pour de meilleurs salaires. Le dernier recours sont des Sri Lankais. Commencent les ennuis. C'est bien filmé, très belles photos. Le prologue est un peu poussif. Le film aurait gagné à se focaliser sur le personnage féminin car finalement l'histoire de Mathias et de son père Otto parasitent le propos, le brouillent et le rallongent trop sans réel lien avec la problématique.
Marc
Marc

11 abonnés 71 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 16 novembre 2022
Désolé, mais ce n'est vraiment pas un grand film. Au bout de plus de 2 heures, il n'est pas évident de cerner les personnages principaux, à peine ébauchés : qui sont-ils, d'où viennent-ils ? J'ai un peu connu l'histoire de la Transylvanie, mais un minimum de contextualisation aurait permis à des non-Roumains d'entrer un peu mieux dans l'intrigue.
L'action se déroule par à coups, comme ces subites ruées de moto pas trop justifiées et ces palabres un peu trop convenues et prévisibles. L'interminable plan séquence de la salle des fêtes, faisant suite aux déjà longues interpellations dans l'église, n'apporte rien d'original : l'ordinaire bêtise humaine dont profitent (et ont toujours profités) les populistes des deux bords.
Je n'ai pas compris la fin, comme de très nombreux spectateurs. Elle n'est pas ouverte, quoiqu'en disent certains intello. Pourquoi Csilla, terrorisée, demande-t-elle pardon et de quoi ? Mathias tire-t-il sur elle ? Les "fantômes" des ours sont un peu risibles et font chuter bêtement la tension de la fin du film. Et pourquoi le metteur en scène refuse-t-il de commenter les dernières scènes ? Peut-être ne savait-il pas trop lui-même comment conclure ...
didbail
didbail

41 abonnés 540 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 novembre 2022
Matthias quitte son travail en Allemagne et rentre dans son village en Transylvanie retrouver femme, enfant et maîtresse. La boulangerie industrielle recrute des ouvriers sri-lankais ce qui entraîne des réactions de rejet de la plupart des villageois.
Le réalisateur roumain, primé à Cannes en 2007, réussit de nouveau un très grand film qui garde l'équilibre entre les relations individuelles des personnages et la vision des dérives du monde occidental. Problèmes de chômage, fantasmes racistes, ouvriers sous-payés, tutelle de l'U.E., écologie, montée du nationalisme. Un IRM (c'est le sens du titre) qui fait peur et qui pourrait être transposé à n'importe quel pays d'Europe, France comprise.
rvrichou
rvrichou

123 abonnés 608 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 novembre 2022
Un film universel sur l âme humaine, sur la peur de l'autre, sur le respect, sur l amour et sur une société dans laquelle l homme est devenu un prédateur plus dangereux qu'un Ours à l état sauvage.
Napoléon
Napoléon

190 abonnés 1 633 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 8 novembre 2022
Un film sans intérêt avec un début vide sans fil rouge. Ensuite, l'oeuvre se perd et part dans tous les sens en faisant intervenir en même temps sans direction les sujets de l'immigration, des problèmes familiaux ou encore la différence entre europe de l'est et de l'ouest. Tout se fini en fourre-tout bordélique.
Ça tourne
Ça tourne

46 abonnés 57 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 10 novembre 2022
Cristian Mungiu dresse dans "R.M.N." un portrait quelque peu hypertrophié du racisme dans un petit village roumain. La diversité des langues du film souligne dès lors la situation de cosmopolitisme, mal acceptée par les locaux, alors même que la diglossie hongrois-roumain s'efface peu à peu au profit d'une autre se rapprochant de plus en plus du bilinguisme. Les hongrois et les roumains, eux-mêmes employés en Europe, ne peuvent supporter quelques sri lankais et gitans dans leur village et leur église. Le long-métrage rappelle alors que chacun est l'immigré de quelqu'un d'autre. Mais c'est aussi un beau portrait d'une piètre dévotion, au sens marivaudien du terme, que le réalisateur parvient à entreprendre au sein du film. Ceux se répandant en prières et assistant à tous les serments dominicaux ne savent que rejeter et jamais accueillir. Le prêtre, représentant de ce petit monde hypocrite, devient l'archétype même de cette religion du paraître. Cependant, Cristian Mungiu force sans doute un peu trop la main au sein de son film en opposant sans grande finesse provinciaux racistes et gentils patrons généreux. La nuance ne vient qu'à partir du plan fixe d'une vingtaine de minutes de la dernière partie du film, soit un peu tard. Bien au contraire, le long-métrage met du temps à démarrer en s'attardant sur le personnage de Matthias et sur son éducation complètement détachée du présent. "R.M.N." n'en reste pas moins un bon film, pertinent dans son traitement du thème comme dans sa mise en scène.
Benoit (BENZINEMAG / HOP BLOG)
Benoit (BENZINEMAG / HOP BLOG)

42 abonnés 153 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 novembre 2022
Évidemment, comme chez les frères Dardenne, le cinéaste roumain ne va pas choisir la forme la plus joyeuse pour évoquer son pays, préférant une vision la plus froide et la plus réaliste possible.
Nous voilà donc plongés au cœur d’un petit village de Transylvanie, au cœur de l’hiver, au moment où trois boulangers sri-lankais sont recrutés par une usine du coin désertée par la main-d’œuvre locale qui préfère aller travailler à l’étranger pour gagner un peu plus. Résultat, on fait appel aux immigrés, ce qui ne plaît pas aux autochtones qui voient dans ces trois sympathiques et inoffensifs sri-lankais des envahisseurs potentiels.
Petit à petit, la tension va monter au sein de cette communauté où le racisme, l’intolérance, la peur de l’étranger, les fake news et autres fantasmes vont nourrir la vindicte populaire, et notamment dans une très longue scène en plan fixe, sur la fin, véritable point d'orgue du film, qui permet de comprendre toute la complexité des enjeux liés à la mondialisation et au capitalisme moderne.

C’est peut-être le film le plus accessible, mais aussi le plus explicite et le plus politique de Cristian Mungiu à ce jour. Dans un style qui rappellera les frères Dardenne ou Ken Loach dans sa manière assez démonstrative de dénoncer l’extrémisme, le nationalisme et le capitalisme dans ce qu’il a de plus cynique et ravageur.

Ce qu’il gagne discours théorique, il le perd peut-être en intensité filmique, avec un scénario qui ne dégage pas forcément la puissance et la force de ses précédents opus (Au-delà des collines, Quatre mois, trois semaines, deux jours et baccalauréat), avec en plus un final ainsi confus et un peu frustrant.
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