Noter ce film s’est avéré être une tâche ardue. L’aspect excessivement théâtral, voire déroutant, de la performance était assez déceptif. La femme assise juste devant moi a d’ailleurs très vite quitté la salle.
Pourtant, malgré mes réserves initiales, je suis demeurée captivée par l’intrigue elle-même. Cette œuvre cinématographique tire une richesse inouïe de la mise en scène d’un procès complexe, suscitant une multitude de questions. Elle aborde des thèmes tels que les valeurs morales supérieures aux lois humaines, l’histoire juive, la notion de martyre, la présomption d’innocence, les violences policières, les répercussions des blessures infantiles sur la psychologie de l’adulte, le désir de s’identifier à toutes les minorités opprimées et d’adopter leurs luttes, ainsi que la dichotomie entre héros et anti-héros. La montée en notoriété des procès, associée à leur dimension théâtrale, fait que l’accent ne se porte plus uniquement sur les faits, mais s’oriente vers une exploration minutieuse de la psychologie, s’écartant de la justice en droit.
Si l’on parvient à concevoir que le huis clos constitue une forme de mise en scène délibérément théâtrale, alors on peut dépasser les défauts initiaux du jeu d’acteur. Je conclurai en partageant quelques répliques mémorables (bien que formulées de mémoire et imparfaites) qui incarnent l’essence même de cette œuvre.
« On n’est pas là pour savoir si je suis capable de tuer ou de ne pas tuer ; l’important, c’est de savoir si je l’ai fait, et je ne l’ai pas fait. »
« Oui, le témoignage de cet homme peut m’acquitter, mais le seul commandement de mon père que j’ai appliqué, c’est : “tu ne dénonceras point”. »
« Je suis né et mort en 1944. »
« Ma mère n’a pas vécu que pour ses idées ; la preuve, c’est que je suis là. »
« Je lui ai demandé s’il était prêt à être torturé et à mourir pour un combat qui ne le concernait pas. Il m’a dit qu’il n’attendait que ça. »
(à l’avocat) : « Vous aussi, vous devez parler en tant que juif polonais ! »
— « Non, je ne me sens pas à l’aise avec ça. »
(le procureur) : « Monsieur Goldman n’est pas un assassin, mais il a tué, et c’est parce que ses valeurs morales sont contraires à cet acte de tuer qu’il ne peut ni le reconnaître ni s’en souvenir. »