Plaidoirie historique sur fond de tensions politiques. Passionnant et verbeux.
Un procès, mais pas seulement : un théâtre idéologique. L’Affaire Goldmann ne raconte pas qu’un fait judiciaire, mais fait du procès le champ de bataille d’un combat idéologique. Pierre Goldman, mi-intellectuel, mi-révolutionnaire, devient le porte-voix d’une époque troublée : celle de l’après-68, des mouvements gauchistes, des luttes sociales et raciales. Ce n’est plus seulement lui qu’on juge, mais toute une vision du monde. Derrière l’homme, c’est la France qu’on interroge : celle de son passé colonial, de ses désillusions politiques, de son besoin d’ordre.
Goldman est un personnage volontairement dérangeant : orgueilleux, provocateur, sincère. Il admet certains braquages, nie les meurtres, rejette le repentir et défend une vérité intérieure, intransigeante. Le film ne tranche jamais. Et c’est là sa force : il ne cherche pas à réhabiliter ou à accabler, mais à questionner notre rapport à la vérité, à la justice, à ce qu’on choisit de croire.
Tout repose sur la parole. Pas de flashbacks, pas de musique. Juste Goldman, face aux juges, face à ses convictions, face à nous. Et ce qu’il dit est aussi littéraire que politique, aussi tranchant que flou. Ce n’est pas une quête de vérité, c’est une guerre d’interprétations. Le procès devient une scène. Et Goldman, un orateur incandescent.
La mise en scène épouse cette tension : austère, précise, sans fioritures. Chaque regard, chaque silence compte. Arieh Worthalter est bouleversant. Il ne compose pas Goldman, il le crache, le respire, le contient. Face à lui, les seconds rôles tissent une fresque discrète, mais essentielle : celle d’une société en fracture.
Le film semble ancré dans les années 70, mais il parle de nous. Méfiance envers les institutions, mémoires instables, récupération politique… L’Affaire Goldmann n’est pas un film figé. C’est un miroir. Et il ne renvoie aucune certitude.
Et surtout, il pose une question brutale : dire la vérité suffit-il à être cru ? Le film montre la fragilité des témoignages, la mémoire qui déraille, les récits qui s'entrechoquent. À la fin, chacun s’agrippe à sa vérité, mais personne ne détient la totale. Une partie exulte, l’autre encaisse. Et ce vacarme de joie face à un silence endeuillé laisse un goût amer.
Il n’y aura pas de vérité claire. Juste un verdict. Et des plaies ouvertes.