Qui est le film ?
Les Schtroumpfs, nouvelle adaptation animée par Chris Miller, n’est ni un reboot assumé, ni une relecture de l’univers de Peyo, mais plutôt une sorte de produit, flasque et algorithmique, pris entre le pastiche postmoderne et l’hommage nostalgique. Après Shrek 3, et Le Chat Potté, Chris Miller semblait vouloir faire des Schtroumpfs 2025 un tournant pop : un film choral, éminemment rythmé, combinant humour, action et philosophie de poche. En surface, le film raconte une banale mission de sauvetage schtroumpfienne, doublée d’un affrontement avec le frère de Gargamel.
Que cherche-t-il à dire ?
Si le film a un projet (et c’est une hypothèse charitable) il tiendrait dans cette tentative de revaloriser l’identité schtroumpfienne comme métaphore collective du vivre-ensemble. On y parle d'être soi, de résilience, de diversité, de transmission. On y glisse quelques leçons sur le courage, l’unité et la peur de l’inconnu. Tout est là, à la surface : des discours, des slogans, des résolutions bâclées, comme si la morale suffisait à faire un sens.
Par quels moyens ?
Un geste d’acteur ? Disons plutôt un tic d’animation. Chaque Schtroumpf bouge comme s’il était sous amphétamine, avec des mimiques de dessin animé pour public épileptique. Le film ne croit manifestement pas à la tenue d’une émotion : tout est immédiatement contredit, moqué, désamorcé. Le pathos est cyniquement évacué par le cartoon, dans une fuite permanente vers le bruit et le zapping.
Le montage est hyperactif, incapable de laisser vivre un échange, une tension, une situation. Tout est coupé, saturé de réactions forcées. On sent un montage piloté par la peur de l’ennui mais c’est précisément cette terreur de la durée qui tue toute attache possible.
Où me situer ?
Je suis bon public. Mais ici, je suis surtout triste. Triste de voir tant de talent d’animation gaspillé au service d’un récit qui ne croit en rien. Triste qu’on confonde frénésie et narration, clinquant et mise en scène. Triste aussi que les enfants à qui ce film s’adresse soient pris pour des idiots, incapables de saisir des rythmes plus lents, des nuances d’émotion, des personnages complexes. Je ne reproche pas au film d’être simple : je lui reproche d’être bête. Il n’y a pas de vision dans Les Schtroumpfs juste un cahier des charges d’idées à cocher. L’animation est splendide, oui. Mais l’animation seule ne fait pas un film. Il faut une âme. Et celle-ci est absente.
Quelle lecture en tirer ?
Les Schtroumpfs 2025 ressemble à ces objets culturels vidés de leur contenu, mais qui persistent à mimer le vivant. On y voit passer des thèmes importants mais ils sont instrumentalisés.
Peut-être faudrait-il rappeler que les enfants, comme les adultes, méritent du cinéma. Pas du contenu, pas des “produits culturels�, mais des formes, des idées, des visions. Même dans un village peuplé de petits lutins bleus. Peut-être surtout là.