Dans Les Fantômes, Jonathan Millet raconte la quête d'Hamid, réfugié syrien en Europe, pour retrouver les tortionnaires des prisons de Bachar el-Assad avec l'aide d'un groupuscule secret. Le film surprend d'abord dans sa façon de renoncer à évoquer le terrorisme - une thématique pourtant attendue dans le cinéma français quand on parle de Syrie - mais aussi dans la manière dont il fait de cette traque une quête intime pour le personnage d'Hamid, qui est de tous les plans et ne semble animé que par sa mission - il ne se lie à presque aucun autre personnage. La réalisation précise de Millet, tout en plans resserrés, suscite une sensation d'étouffement qui souligne l'extrême tension entre Hamid et celui qui est peut-être son tortionnaire, mais aussi l'incertitude terrible avec laquelle il doit composer (il ne l'a jamais vu, mais seulement entendu et senti). Les Fantômes est en cela un film d'une grande maîtrise, qui renonce aux effets faciles et à la violence gratuite pour élaborer au contraire une réflexion d'une grande rigueur sur le trauma individuel et collectif et sur la justice.
Les Fantômes bénéficie du savoir-faire de Jonathan Millet, issu du documentaire, dans l’attention portée aux personnages et aux espaces qu’ils fréquentent, arpentent ou fuient ; il dessine ainsi une carte de spoiler: la migration allant de la Syrie à l’Allemagne et la France , capte les singularités des différents lieux telle l’université aux lignes géométriques affirmées qui s’oppose aux étendues désertique des origines, associe une approche néoréaliste – la vie quotidienne des étudiants d’aujourd’hui organisée entre les amphithéâtres, la bibliothèque et le resto U – au genre du thriller d’espionnage. Ce mélange s’observe également sur le plan de la narration, en ce que différentes voix se font entendre via des appels téléphoniques, des jeux en ligne, des enregistrements ou des réminiscences ; à cette polyphonie s’ajoute la récurrence de la poésie, enseignée par le protagoniste, que le long métrage adopte comme esthétique en procédant à l’éloge des cinq sens dans la perception et l’appréhension spoiler: d’un ennemi intime . spoiler: C’est alors tout un combat personnel qui prend une valeur d’universalité : Hamid et son équipe traquent un individu et, à travers lui, les exactions et l’inhumanité qui demeureraient sinon impunies. Le motif de la mémoire et du temps qui passe, pathétique par excellence, fait du film un étrange et douloureux poème qui puise dans la contemplation des déplacements d’un être la prose d’une révolte contenue, jouée en sourdine, jusqu’à la pointe. Jonathan Millet ouvre son dispositif de mise en scène à l’inconnu, refuse tout automatisme de façon à ne jamais perdre de vue son personnage principal, sur le visage duquel la naissance d’un sourire fait office de révélation du Beau. Une œuvre intelligente et puissante.
C'est lent, sans aucune tension, sans aucune émotion. Absolument pas le thriller annoncé. Une fois de plus, on confond le sujet et le film. Le sujet mérite toute notre attention. Le film passe complètement à côté. Et la Semaine de la Critique se donne bonne conscience en en faisant son film d'ouverture.
C'est un film qui rejette toute forme de sensationnalisme et d'effets pour se focaliser exclusivement sur la psychologie de ses personnages. On imagine l'horreur vécue par les victimes du régime criminel syrien qu'à travers une courte introduction qui montre des hommes fantomatiques lâchés dans le désert, l'écoute de témoignages audios sur les tortures, les images d'un jeu de guerre en ligne, mais rien d'autre. Toute l'horreur est hors champ, on n'en voit à l'écran que les conséquences psychologiques terribles sur des personnes à jamais brisées qui sont dans l'incapacité de se reconstruire, et qui espèrent uniquement obtenir une forme de justice. C'est donc un film fondamentalement anti spectaculaire, donc très morne et lent qui pourrait rebuter. C'est un choix radical risqué mais globalement réussi, "Les fantômes" arrive à ne pas être lassant bien qu'il soit répétitif dans sa narration, à installer une ambiance lourde constante, sans toutefois parvenir à sublimer son concept. Il délivre aussi un message rare et éclairant sur le vécu des populations victimes de guerres et d'horreurs commissent par des régimes criminels, et sur les motivations de ces migrants qu'on rejette.
Inspirés de faits réels, Les Fantômes retrace le parcours et la survie de ce peuple honteusement chassé après avoir subi les pires barbaries.
Le film nous plonge dans une filature haletante au milieu de ces réfugiés qui ont déjà vécu le pire et qui continuent de subir la précarité et le déshonneur.
Il y a constamment une paranoïa présente totalement légitime pour ceux considérés comme des parias, une constante méfiance même envers les siens, au vu des horreurs qu'on pu commettre certains.
Dans ce climat lourd, Hamid (Adam Bessa) fait preuve d'un instinct remarquable et d'un courage admirable afin d'obtenir un semblant de justice.
Heureusement, quelques scènes nous permettent de reprendre notre souffle, en particulier celles avec la maman de Hamid, véritable réconfort, nous rappelant que de trop nombreuses personnes se sont fait voler leurs vies et leurs bonheurs honteusement.
Car oui, si nous avons ces échappatoires, il nous faudra affronter avec Hamid les nombreux témoignages inhumains et glaçants de la sauvagerie qu'ont subi ce peuple.
Le traumatisme et la peur sont parfaitement retranscrites, ils sont constants après avoir vécu l'enfer sur terre.
De plus, le réalisateur Jonathan Millet prend la décision de rappeler la banalité de la guerre et de cette violence à travers des séquences issus d'un jeu vidéo, un choix audacieux bien qu'un peu pauvre visuellement (heureusement ?).
L'adage reste proche de tes alliés et encore plus proche de tes ennemis est parfaitement retranscrit, afin de nous asphyxier un peu plus.
On nous montre une résistance à la douleur faisant froid dans le dos, pour appuyer sur toute la souffrance passée, c'est d'une tristesse indéfinissable de devoir disparaître totalement afin d'obtenir un semblant de réparation.
Un travail titanesque pour seulement atteindre un grain de sable dans une lutte qui semble sans fin, le plus dur reste de ne pas se faire entièrement dévoré par cette haine et d'enfin pouvoir avancer, une toute petite chance après avoir traversé l'enfer.
Les Fantômes est un thriller très bien orchestré, avec des acteurs/rices impliqué(e)s, retraçant une partie de l'iceberg pour ces réfugiés Syriens ayant connu les pires bassesses de l'humanité.
Excellente idée de départ mais le rythme est trop lent, le scénario pas assez riche, et on sent que le budget est serré. 2 belles scènes, quand spoiler: Hamid reconnaît l'odeur de son bourreau , et quandspoiler: les circonstances l'obligent à partager un repas avec lui . La fin du film, quand spoiler: Hamid enterre la photo de sa femme et sa fille est très jolie et émouvante.
je me suis endormie....pas de dialogues, un regard demi ouvert, d'un homme qui poursuit son bourreau en se fiant à son pas, son odeur, sa voix puisqu'il ne l'a jamais vu.... vraiment j'ai du mal à comprendre les avis positifs sur ce film. Trop mou, trop long à mon goût
Un premier film qui a pourtant toutes les qualités d'une oeuvre de maturité... Jonathan Millet réussit le défi paradoxal de nous tenir en haleine par un rythme distendu et lent qui accumule la tension avec une maîtrise chirurgicale. L'un des grand atouts, rares dans le cinéma français, c'est le travail sur le son. La partition électronique de Yuksuk travaille les chants de profondeur, et le mix permet le passage de l'intérieur - dans l'esprit du protagoniste - vers l'extérieur (les bruits que l'on entend). Adam Bessa est remarquable, avec son minimalisme calculé, exprimant tant avec si peu, et les rôles sont également remarquablement dessinés... Si l'on devait être capricieux et exprimer des souhaits, on aurait aimé des moments d'un rythme plus saccadé - quelques accélérations ou changements de plans séquences plus rapides. Mais c'est manifestement un choix car la musique et le son disent plus que ce que l'on voit, une tension plus grande suscitée que la réalité qui suit. On attend avec impatience le prochain opus d'un remarquable réalisateur.
C’est la seconde fois pour un film français sorti en 2024 où l’on ne comprend pas l’engouement généralisé de la critique spécialisée et du public pour un long-métrage. La première fois ce fut pour « L’histoire de Souleymane » qui était tout de même plus appréciable que celui-ci et au plébiscite encore plus prononcé de la part du public, notamment grâce à l’incroyable performance de son acteur principal non professionnel récemment césarisé. Ici, on ne peut même pas dire que l’on a pris véritablement un quelconque plaisir, contrairement au récit de ce coursier Uber clandestin qui n’était pas dénué de qualités mais peut-être pas aussi incroyable que les retours dithyrambiques nous le laissaient croire. « Les Fantômes » se positionne quant à lui comme un thriller d’espionnage tout autant qu’un drame sur la guerre. L’espionnage est un genre peu investi par les productions tricolores et le script situe l’action dans le milieu des réfugiés syriens qui se créent des cellules pour retrouver les tortionnaires du régime de Bachar El-Assad. Un peu comme celles des milices juives le faisaient pour les nazis dans certains pays sud-américains après la Seconde Guerre Mondiale en somme. Et, pour son premier long-métrage de cinéma, Jonathan Millet fait le choix de l’ultra réalisme et de l’anti-spectaculaire. On sent donc le potentiel d’un film peu commun et au scénario et contexte original.
Cependant, Millet poussent les curseurs de ces choix à leur maximum. Et, pour nous, jusqu’au point de non-retour aboutissant à l’ennui par excès de monotonie. Le réalisme oui, mais il aurait peut-être fallu choisir des morceaux de vies qui soient plus dynamiques et moins répétitifs; qui soient à la fois pertinents et captivants à regarder pour le spectateur. L’anti-spectaculaire c’est bien, mais de montrer aussi quelques aspects plus mouvementés ou qui laissent se diffuser une tension sourde aurait été apprécié. Le film déroule donc son programme de manière bien plate dès le départ et on attend pendant cent minutes une étincelle qui ne viendra jamais. « Les Fantômes » porte en revanche bien son titre, tant ces apprentis espions évoluent comme des fantômes sous les radars, errent à la recherche de leur proie. Si tel était le but de Millet, de nous faire ressentir les lentes filatures où les jours se ressemblent c’est réussi. Il faut donc apprécier les films lents, au rythme presque neurasthénique, en plus d’être répétitifs pour savourer ce long-métrage. Puis, vu de loin et une fois le long-métrage terminé, on se rend compte que le script est plutôt mince et manque de déploiements.
Au début, on est client, on se dit que « Les Fantômes » va prendre sa vitesse de croisière mais jamais il ne décolle vraiment. On a en plus parfois du mal à comprendre ce que disent les personnages car les acteurs n’articulent pas ou parlent tout bas quand ils s’expriment en français et que ce n’est donc pas sous-titré. On sent leur origine allemande ou arabe et on apprécie le fait qu’ils échangent en français soutenant le réalisme du film mais des sous-titres n’auraient pas été parfois de trop. Adam Bessa est excellent dans son rôle malgré le fait que son jeu soit redondant et peu expressif comme le demande probablement le rôle. On se demande aussi ce qu’advient le personnage joué par Julia Franz Richter qui disparaît en cours de scénario. L’impression finale après la projection du film est qu’on est soit passé à côté, ce qui arrive, soit que c’est une œuvre un peu surcotée. Dans tous les cas, elle manque de suspense et on s’y est plus souvent ennuyé qu’autre chose malgré l’intérêt initial qu’on portait à cette histoire.
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Cinématographiquement très pauvre. On passe d'une discussion à une autre discussion. Ou alors un trajet stoïque du personnage principal. Il n'y a donc pas vraiment d'action. On pourrait lire un article de journal ce serait pareil. D'ailleurs ce film est un article de journal. Le pire c'est que ce petit bout d'ennui a été réfléchi.