Traquer un criminel de guerre, en vrai, c’est assez loin d’un James Bond.
De la patience, de l’intuition, des fausses pistes, de l’acharnement, de la méthode, des égarements... Et puis quand on touche au but, cette question vertigineuse : à quelle morale se ranger : la vengeance expéditive, ni vu ni connu, ou la confiance dans les autorités internationales (ici la Cour pénale internationale) ?
Dans une ambiance sourde, traversée par les crises d’angoisse de Hamid, victime du tortionnaire recherché, Les Fantômes (titre qui pourrait tout autant désigner les exilés tentant de reprendre une vie, leur vie, que le criminel qui échappe aux radars, ou les autres enquêteurs intervenant en Allemagne) dessine un film d’espionnage à bas bruit (on pense parfois à La Sentinelle d’Arnaud Desplechin) et un portrait d’exilés contraints de se débrouiller entre l’obsession et l’oubli ; et interroge au passage la position des « autres », les occidentaux soutiens de la démarche, incarnés ici par une jeune allemande exaltée, aussi empêtrée dans ses certitudes qu’Hamid dans son entêtement.
Dans son refus du spectaculaire et des poncifs du genre, la mise en scène de Jonathan Millet est impressionnante de maitrise, sans une scène ou un plan de trop ; un déjeuner à la cantine d’une université, point de bascule du film, étant à placer dans l’anthologie de l’ambiguïté.