Ma mère, cette inconnue
C’est le 1er film de Catherine Cosme, qui, jusque là travaillait comme décoratrice puis chef décoratrice dans de nombreux films dont L’inconnu de la Grande Arche, pour lequel elle a reçu le César de la spécialité. Lucile est une photographe reconnue et indépendante. Lorsque sa mère tombe malade, elle accourt dans la maison de son enfance et y retrouve son frère Paul. Là, ils découvrent que leur mère, autrefois pétillante et entrepreneuse, leur cache des choses... Lucile et Paul comprennent alors qu'ils n'ont plus que quelques jours pour sauver bien plus que les meubles… 86 minutes très personnelles et sans doute autobiographiques qui font penser à Agnès Varda, sans la maîtrise, mais qui promettent beaucoup. Un ton particulier et intriguant pour un film à découvrir.
Ce qui pourrait constituer un handicap, c’est que les personnages sont globalement peu sympathiques, mais le sujet principal – que je ne vous dévoilerais évidemment pas -, n’est pas sans intérêt, d’autant qu’il a été peu traité au cinéma, en tout cas par ce biais. Le film se déploie comme un musée vivant, peuplé de vases, de galets, de tissus, de perruques, de surfaces à habiter. Le retour de la « parisienne busy », dans le village où elle a grandi, active tout un jeu de décalages. car elle déplace avec elle un vocabulaire, des gestes, un tempo. Les voisines regardent, commentent : ses chaussures « bizarres, ses mots, trop lisses, ses attitudes trop ailleurs, trop snobs. Rien n’est appuyé, mais tout se joue dans ces détails. Le film observe, avec une forme de douceur ironique, ces écarts de classe, de langage, de rythme, de caractère. On sourit souvent mais d’un rire qui n’allège pas vraiment le drame qui se joue, mais qui permet de tenir. Tout est donc dans les détails mais hélas, le tout est plombé par une certaine lenteur et le fait que certains personnages restent à l’état d’esquisse. Donc un peu de mollesse dans le montage et le scénario. Mais pour un premier long-métrage, Catherine Cosme propose une forme, je le répète, assez singulière capable de faire surgir, dans le détail, des lignes de fragilité plus profondes. Le film affirme ainsi un regard précis et sensible sur ce qu’accompagner la fin de vie engage, matériellement et intimement.
Et puis il y a le casting – enrichi de quelques invités de marque comme Bruno Podalydès, Dominique Reymond et même Benoit Hamon himself - avec une Vimala Pons omniprésente dans un personnage antipathique aux antipodes de sa personnalité tellement solaire. Avec Yoann Zimmer, Guilaine Londez, remarquable et Jean-Luc Piraux, elle forme quatuor majeur qui parvient à garder sauver son épingle du jeu. Car embourbé dans un scénario trop répétitif, le film sort la tête de l’eau dans sa dernière partie qui, c’est le cas de le dire, sauve les meubles. A découvrir.