Je suis allé le voir avec ma famille et on a passé un très bon moment. J'ai apprécié le 1er volet et j'aime encore plus le second, du moins il a le potentiel pour que je l'apprécie plus que le 1er. Voici une critique détaillée, attention aux spoils
Kaamelott – Deuxième Volet : Partie 1, ou l’art de poser ses fondations
Un demi-film :
D’emblée, il faut le rappeler : Kaamelott – Deuxième Volet : Partie 1 n’est que la première moitié d’une grande fresque. Alexandre Astier assume ce choix narratif, et c’est précisément ce qui en fera, je l’espère une œuvre audacieuse. À l’ère du divertissement immédiat, où chaque production se doit d’être auto-suffisante, Astier ose prendre son temps. Il installe méthodiquement un univers plus sombre, plus mature, loin des rires et des quiproquos de la série originale, qui n’ont pas non-plus manqué à l’appel.
Un récit multiple et équilibré :
Certes, le film multiplie les intrigues :
la quête des magiciens explorant les fondations de Kaamelott, la recherche d’Yvain, la quête du Graal, l’espionnage en Orcanie, l’attaque contre Lancelot du Lac, ou encore la recherche du dragon opalescent
. Aucune ne m’a coupé du film.
Contrairement à une critique hâtive, non, il n’y a pas qu’une seule quête de conclue. En effet la mission en Orcanie, se clôt sur la confirmation que le roi Loth n’y est pas et le révélation des 3 espions/chasseurs de primes. Anna de Tintagelle jure vengeance contre Arthur, son demi-frère. Cette quête est la parfaite occasion d’utiliser au mieux les personnages d’Alzagar (Guillaume Galienne) et Quarto (Clovis Cornillac).
Les 3 enchanteurs : Conle (Daniel Mesquich), Merlin (Jacques Chambon) et Elias (Bruno Fontaine)
ont confirmation qu’il se pratique la pire des magies sous Kaamelott : la nécromancie et détruisent le laboratoire. Leur quête a aboutit, nous saurons dans la suite si ils sont survécu.
Venons-en à la quête du dragon opalescent. Elle trouve son dénouement :
[spoiler]un dénouement malheureux car la créature a été tuée par le braconnier Alfarn (Franch Dubosc en partie 2)
et, désormais Megan (Jeanne Astier), Meben (Arianne Astier), Gareth (Thomas Neyret) et Yagu (Hugo Leman), veulent se venger. Cela annonce une leçon d’humilité pour la suite. Car la vengeance, rappelons-le, est contraire aux valeurs de la chevalerie.[/spoiler]
Il reste 2 intrigues non-résolues
: celle pour retrouver le Graal qui a viré au kidnapping et celle pour retrouver Yvain qui est intitule quand on connaît le casting : Simon Astier sera de la partie dans le second acte. Je met de côté l’intrigue avec Lancelot car elle n’en est pas une : les jeunes Lucan, Géran et Girflet ont pris trop de risques. Cette quête n’est pas la leur, c’est celle d’Arthur et des vieux chevaliers. Fort heureusement Bohort les a arrêté à temps. Ce point, que j’accepte car très Kaamelottien me fait un peu tiquer. J’aurais espéré que nous aurions eu un moment nous montrant les seigneur de Gaunes suivre nos jeunes héros dans le feutré.
Un coup de cœur pour la bande-son et les nouveaux visages :
Impossible de parler de ce film sans évoquer la musique d’Alexandre Astier, qui transcende chaque scène. Entre mélodies épiques, thèmes mélancolique et ambiances menaçantes, la bande originale ne failli jamais. Elle renforce l’émotion, souligne les moments clés et donne une dimension presque mythique à l’ensemble.
Autre point fort : l’arrivée des nouveaux acteurs, parfaitement intégrés à l’univers. Daniel Mesguich, en Conle Le fameux, un magicien mystérieux et charismatique qui apporte le tournant Dark Fantasy de la saga. Virginie Ledoyen, en reine d’Orcanie me convainc plus que Anouk Grinberg (bien qu’elle ait été une bonne interprète pour le personnage). Elle incarne une menace à la fois élégante et redoutable qu’on retrouve chez les vampires ou la reine sorcière de Blanche-Neige. Haroun, Moguiz et Thomas VDB complètent ce casting avec un naturel déconcertant, comme s’ils avaient toujours fait partie de Kaamelott. Leur présence enrichit l’univers sans jamais le trahir, preuve du talent d’Astier pour diriger ses troupes.
Un univers riche et une esthétique soignée :
L’un des points forts du film réside dans sa capacité à transcender l’univers télévisuel de Kaamelott pour en faire une épopée cinématographique. Les décors, les costumes et surtout les effets spéciaux – souvent moqués à tort – sont d’une qualité remarquable pour une production française, non-signée par Luc Besson. Les paysages grandioses, et les créatures de fantasy
(comme le fantôme de Ban ou le démon Sssabenok)
sont traités avec un soin qui force l’admiration et les utilise pour montrer à quel point Lancelot est instable
tant sur le plan psychologique que magique
. Astier prouve qu’on peut allier ambition et moyens limités, en misant sur l’intelligence visuelle plutôt que sur le spectaculaire tape-à-l’œil.
Le libre arbitre et la passation de flambeau :
Une audace narrative Le véritable génie du film réside dans son parti pris thématique. Arthur n’est plus le roi dépressif de la série. Il a vieilli, il a compris, il est croit en un idéal et refuse d’être un simple pion des dieux. Il ne replante pas Excalibur pour abdiquer mais parce que les dieux ont tenté de lui forcer la main en s’en prenant à Guenièvre.
Astier explore la notion de destin non comme une fatalité, mais comme un choix. Arthur incarne cette lutte : il ne veut plus régner par obligation divine, mais parce qu’il croit en un idéal – celui de construire un royaume qui lui survivra. Ce n’est pas parce qu’il n’arrive pas à avoir d’enfants qu’il n’a rien à transmettre.
L’héritage plutôt que la nostalgie :
Les détracteurs reprochent au film de trahir l’esprit de la série pour certains ou de ne pas en être sorti pour d’autres. Mais si on prend un peu de recul on voit que, Kaamelott a toujours été une œuvre en mouvement, passant de la comédie absurde à la tragédie shakespearienne. Ce premier acte, suite du 1er volet, assume cette évolution (plus de détail dans le paragraphe précédent). Astier prend le risque de faire grandir ses personnages, ou de montrer qu’ils ne peuvent que stagner pour d’autres (comme les crises de colère puériles de Karadoc quand on prononce le nom de Perceval) et c’est ce qui rend le film nécessaire.
Une œuvre inaboutie ? Non, une promesse.
Bien sûr, le film n’est pas parfait. Il souffre de quelque défauts de cadrages car Astier, passionné de technologie n’est pas, sur le plan technique, un très bon réalisateur. Un peu comme George Lucas en fait et c’est que je ne lui en veux pas. Certains rythmes peuvent dérouter, et l’absence de résolution immédiate frustre, à commencer par moi. Je suis frustré oui, non-pas par la supposée mauvaise qualité du film, mais par le risque d’une conclusion décevante dans la suite de ce second acte. Cependant c’est par ces éléments aussi que Kaamelott 2° Volet, partie 1 est une œuvre vivante. Astier ne cherche pas à plaire à tout prix : il construit. Et c’est là que réside la beauté du projet.