Hafsia Herzi a été contactée par les productrices Julie Billy et Naomi Denamur pour adapter le roman La petite dernière de Fatima Daas. Sa rencontre avec le livre fut un coup de cœur, touchée par un personnage unique dans le cinéma : une héroïne maghrébine, musulmane pratiquante, attirée par les filles, vivant en banlieue. La réalisatrice confie :
"Dans ce milieu, l’homosexualité est souvent traitée du point de vue masculin, et non féminin. De mon expérience de 'fille de cité' des quartiers nord de Marseille, c’est en tout cas un personnage que je connais. En cité, il n’est pas toujours évident d’assumer ce qui peut être perçu comme une différence. Les préjugés y sont prégnants et le regard sur soi demeure très fort."
"Mais attention : ce récit ne saurait être réduit à une seule typologie sociale puisqu’il est totalement universel."
Pour authentifier le film, Hafsia Herzi a effectué un travail immense de documentation sur les questions LGBTQI+ et les spécificités culturelles. Elle a interviewé Fatima Daas sur des sujets intimes et a passé du temps dans les milieux lesbiens pour capturer l'essence de l'histoire que raconte La petite dernière, allant même jusqu'à explorer la thématique de l’asthme pour coller au personnage.
Pour incarner Fatima, Hafsia Herzi a choisi Nadia Melliti après un long processus de casting impliquant professionnels et non-professionnels. Melliti, dont c'était le premier rôle, a séduit par son aura et son mystère, rappelant à Herzi une divinité égyptienne :
"Elle a un don. Vraiment. A la lecture du scénario, elle avait tout compris. Elle m’a impressionnée sur le tournage par l’instantanéité de sa compréhension des choses. Je n’avais pas tant à expliquer finalement. C’était facile et tranquille. On a beaucoup ri, on a été émues…"
Hafsia Herzi a intégré une passion personnelle de Nadia Melliti dans l'intrigue de La Petite dernière. Après avoir découvert ses talents de footballeuse à travers des vidéos envoyées par l'actrice, la réalisatrice a réécrit certaines scènes du film pour inclure le sport. Cette inclusion sert à renforcer le caractère du personnage et à ajouter une authenticité supplémentaire à son développement à l'écran.
La Petite dernière a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2025 et a remporté le prix d'interprétation féminine pour Nadia Melliti, ainsi que la Queer Palm.
Hafsia Herzi revendique les influences de cinéastes tels Abdellatif Kechiche, les frères Dardenne, Andrea Arnold et Ken Loach. Elle admire leur capacité à capturer la vérité du quotidien et des émotions humaines. Ainsi, son film utilise des gros plans et des scènes à l'épaule pour créer une immersion sensorielle dans l'univers de Fatima. La cinéaste développe :
"Les scènes de quotidien, quand on les veut proches du réel, sont très complexes à tourner. Je voulais de la douceur, même en tournant pratiquement tout à la caméra portée, à l’épaule. J’adore les gros plans. Filmer des âmes, des visages, des portraits, sentir les respirations, les peaux... Je suis fan de Pagnol, de Renoir, de ces grands portraitistes du cinéma ou, plus largement, de la peinture."
Le film a été tourné en deux parties pour capturer les changements saisonniers, aidant à transposer le récit par ellipses comme dans le livre de Daas. Ce choix technique difficile confère une profondeur saisonnière et émotionnelle au parcours de Fatima, tout en permettant une projection libre pour le spectateur. "Ça m’a aussi aidée à ellipser et épouser, d’une certaine manière, le côté parcellaire du récit de Fatima Daas. Les ellipses, c’est l’endroit de la liberté de projection pour le spectateur", précise Hafsia Herzi.