Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce galop d’essai d’un des membres fondateurs de Starflam et je n’ai franchement pas été déçu du voyage. Dans les premières minute, à suivre les péripéties de ce couple mixte qui retourne visiter la famille africaine afin d’apporter la dot et de faire les présentations, on croit qu’on va se retrouver en terrain de connaissance, et avoir droit à un film dont l’injonction vis-à-vis du spectateur sera qu’il fasse preuve d’ouverture vis-à-vis de la tradition millénaire du continent noir ou au contraire, d’observer avec une impassibilité de façade la fracture entre les Africains prêts à embrasser le mode de vie moderne et ceux qui préfèrent rester englués dans la superstition et les fétiches. Or, ‘Augure’ n’est jamais là où on l’attend. Il n’y a pas de sauveuse blanche, elle reste aux marges du récit. ‘Augure’ prend le parti de faire état d’un écartèlement et d’une incompréhension, celle de Koffie qui vit en Europe depuis trop longtemps pour vraiment adhérer aux coutumes africaines mais tente de s’y conformer comme il peut, ces coutumes étant finalement l’équivalent local de la pathologie familiale occidentale…d’autant plus que cette volonté d’adaptation vise à faire oublier l’aura de “maudit” qui lui colle à la peau sans qu’il puisse rien y faire : du romanesque pas si éloigné que ça du parcours personnel du réalisateur. Peu à peu, en multipliant les points de vue et les sorties de route au risque de verser dans le scénario décousu et la confusion, ‘Augure’ cherche à porter son regard vers la notion de patriarcat dans ce qu’il peut avoir de plus oppressant au moment où la modernité croise la tradition. Pourtant, c’est moins le propos qui fascine que cette plongée dans un Congo fantasmagorique et insaisissable : nulle volonté ouverte, pourtant, de construire un argument fantastique mais simplement d’explorer une culture bouillonnante, foisonnante et protéiforme, qui aura toujours un ingrédient en réserve pour déstabiliser, qu’il s’agisse d’une explosion de violence inattendue, d’un pantomime étrange, d’un complexe minier qui semble sorti d’un film d’épouvante ou de l’irruption de colporteurs-chanteur à la porte. Visuellement puissant malgré des moyens modestes, avec son mélange de symbolique psychanalytique, de mysticisme trouble et de folklore surréaliste, ‘Augure’ m’a parfois rappelé rien de moins que les oeuvres les plus folles de Alejandro Jodorowski.