Anthony Bajon dans son rôle le plus sidérant (vu la belle palette de jeu de l'acteur, il est à chaque fois difficile d'imaginer qu'il puisse faire mieux, et il nous surprend encore au film suivant). Le Dossier Maldoror est un best-of de ce que Fabrice du Welz sait faire (pour nous, son meilleur film, de loin le plus abouti), nous plongeant dans l'affaire Dolman (toute ressemblance avec l'affaire Dutroux serait totalement...pas fortuite), soit la terrible descente aux Enfers d'un simple flic de petite bourgade belge qui découvre des secrets écœurants et immoraux dans une affaire de trafic de petites filles... Le thriller est vraiment glaçant, suffocant, et il n'est pas rare d'avoir le ventre noué face à des preuves accablantes (
la vidéo des trois petites filles blondes dans la voiture
... On en a encore des frissons), des secrets de polichinelle entre gens de la Haute qui se couvrent entre eux (accoudoirs du siège arrachés dans 3,2,1...), des manquements de la police qui n'a aucune envie de boucler l'affaire (à part ce pauvre flic menacé de toutes parts), tout, dans Maldoror, est viscéral, et fait d'autant plus mal qu'on ne doute absolument jamais de la réalité de ce qu'on nous raconte (on a juste changé les noms, pour éviter le scandale d’État, mais on n'est pas dupe sur ce que Du Welz est en train de nous relater). On parle aussi de "best-of" puisque le réalisateur s'est amusé à mettre des caméos des vedettes de ses anciens films, ainsi on aura le plaisir de retrouver Jackie Berroyer (Calvaire) dans les quelques apparitions du fameux Dolman, ou encore l'insertion (très succincte, donc d'autant plus drôle) de Benoît Poelvoorde (Inexorable) dans le cadre-photo de la Juge. Madoror sent le thriller psychologique tendu, poisseux, qui nous affole un peu plus à chaque découverte de nouvel indice macabre, comme Le Silence des Agneaux savait le faire autrefois. Le film se vit pleinement aux côtés d'un Anthony Bajon transcendé, qui nous fait croire à son personnage en un clin-d'œil, dont on comprend tous les traumas (il ne veut pas que sa
future gamine
vive dans un monde où court un psychopathe qui risque de l'embarquer), et qui nous fait serrer les dents pour la réussite de son enquête (et l'on ressort de cette séance médusé : comme le siège du cinéma siège est bien vissé au sol, on se contente de pester vulgairement sur l'injustice de ce monde). La mise en scène est excellente, les ressorts de l'enquête "faussement fausse" font froid dans le dos, et quand le générique dactylographié se lance à la fin, on repousse violemment les portes de la salle de cinéma, dépité de l'immoralité de cette société. Madoror est une bonne gifle, d'une main sale, pour nous déniaiser.