Love Lies Bleeding suit une relation intense entre deux femmes prises dans une spirale de désir, de corps, de violence et de fuite. Un film que j’ai trouvé décevant, malgré une première partie accrocheuse et une identité visuelle assez forte.
Avant de le voir, il faut avoir en tête que le film est le deuxième long métrage de Rose Glass, après Saint Maud. Elle y prolonge son goût pour les corps, l’obsession et les dérèglements intérieurs, dans un thriller queer criminel situé à la fin des années 1980. Avec son Amérique poisseuse faite de salles de sport, de motels et de routes désertiques, le film s’aborde comme une œuvre de débordement, plus viscérale que réaliste.
Le film semble vouloir explorer l’amour comme une force à la fois libératrice et toxique. Le désir y offre une illusion de liberté, tout en révélant des pulsions destructrices. Le récit aborde aussi le corps comme lieu de puissance, d’obsession et de transformation, à travers le bodybuilding, les stéroïdes et la violence physique.
Il parle également d’héritage familial toxique, de rage, de domination et d’une violence patriarcale que les personnages tentent de fuir sans vraiment s’en détacher. Ces motifs traduisent une volonté de se fabriquer soi-même et de devenir plus fort, plus libre, plus visible, mais le film peine parfois à leur donner toute l’épaisseur nécessaire.
J’ai été plutôt déçu par Love Lies Bleeding. Le film m’a pourtant bien accroché au départ : j’ai apprécié son ambiance néo-noir, sa mise en scène, certains plans vraiment réussis et son audace formelle. Il y a une identité visuelle forte, qui m’a d’abord vraiment emballé.
Mais plus le film avançait, plus il me perdait. L’excès prend trop de place, sans toujours être suffisamment justifié, et l’ensemble donne parfois l’impression de ne pas être totalement abouti. Le scénario et le rythme m’ont paru assez décousus, avec une direction parfois floue. Le personnage de Jackie m’a aussi semblé insuffisamment développé, ce qui limite l’impact de sa trajectoire. Le mélange des tons devient alors instable, entre thriller, romance, violence et bascule plus fantasmatique. La dernière partie m’a paru moins maîtrisée, avec des choix symboliques ou outranciers qui m’ont sorti du film.
Au final, Love Lies Bleeding propose une œuvre visuellement forte, audacieuse et portée par une vraie envie de débordement. Un film intéressant dans ses intentions, mais trop décousu, trop instable et trop inabouti pour m’avoir réellement convaincu.