En vert, et contre tous... Séance VO pleine à craquer de fans de tous genres et âges (ça fait plaisir), nous-même arborant fièrement le t-shirt-souvenir du spectacle du West End (une expérience à vivre absolument) et l'accompagnateur qui n'a aucune idée de ce qui l'attend, mais "aime bien le Magicien d'Oz, peut-être qu'il y aura un clin-d’œil à l'autre film" (mon pov' vieux, accroche-toi aux accoudoirs, y'a pas que Dorothy qui va être décoiffée). Tandis qu'on a revécu presque aussi fort l'émotion vive du spectacle (la dernière heure est un arrache-cœur ultra efficace, on a eu souvent les yeux humides), le siège voisin n'a cessé de réagir aux mille twists "Oh mais ça vient de là !" du Magicien d'Oz, qui sont la véritable force narrative de cette seconde partie. Alors oui, cette suite est bien moins gaie et naïve que la première (l'arc-en-ciel est passé, maintenant c'est l'orage), elle aborde un virage à 180° (sans problème : le balais volant a la direction assisté) pour foncer dans le dramatique et les sentiments mis à nu. Comme deux faces à une pièce, un côté solaire et heureux, et l'autre obscur et blessé au cœur (vous l'avez ?). Voici donc les mille discordes entre Elphaba et Glinda, dont on vous gardera tous les secrets, ne dévoilant (comme un appât à votre intérêt) que les dommages collatéraux de la guerre du Rose et du Vert pourraient bien être à l'origine d'absolument tout ce que vous connaissiez du Magicien d'Oz... Les chansons sont nettement moins marquantes (même si l'on a quand même presque 30 min de chansons inédites, ce qui est un effort d'originalité louable... Dont un "No Place Like Home" qui ressemble méchamment à un hommage au "Home" final de Diana Ross dans The Wiz, la version "blackploitation" du Magicien d'Oz... que Cynthia Erivo aime beaucoup, coïncidence ?), on n'échappe pas à des longueurs (surtout au démarrage), et le "rajeunissement numérique" de Jeff Goldblum dans une scène, c'est non (quelle horreur... Faut vraiment arrêter avec cette mode de retouches, les sosies et le maquillage, ça existe). Mais à côté de ça, la magie opère de nouveau, surtout dans le final, qui met le paquet sur les amitiés profondes (Amitiés ? On a eu un petit moment de flottement mental à imaginer "un peu plus que de l'amitié" dans une magnifique scène "d'écran scindé"...), et sur les résolutions heureuses (parfois tirées par les cheveux, comme
l'arrestation de la grande Enchanteresse, qui ne se justifie pas ou ne fuit pas, elle se laisse juste embarquer... Mouais, elle a des pouvoirs surpuissants quand même
), qui font quand même du bien, vraiment du bien (surtout quand "une certaine trappe" s'ouvre soudainement, et que la salle entière relâche un "AHHHH" qui vient du fond de l'âme : on s'est revu à l'Apollo Victoria Theather, avec 2000 gamins sidérés... Elle marche vraiment trop bien, cette mise en scène-surprise). D'ailleurs, pour briller en société, vous pouvez toujours dire que la fameuse scène "Je fonds !" d'Elphaba est la seule du spectacle qui n'est pas montrée directement mais poétisée en ombres chinoises, et cela marque tant, qu'ils l'ont gardé telle quelle pour le film, ce qui est une excellente idée. Bref, pour ne pas faire trop long, cette deuxième (on dit bien "deuxième" et pas "seconde", car on veut croire que ce n'est pas fini... On s'est auto-jeté un sort de surdité, pour ne pas entendre que c'est terminé) incursion dans le monde d'Oz, est beaucoup plus sombre, devenant à la fois la suite idéale pour un premier film très solaire, un hommage ultra-sincère de la pièce théâtrale, et une démonstration que Ariana Grande et Cynthia Erivo sont un binôme capable de nous arracher le cœur en un câlin aux yeux mouillés. Mention à la toute dernière scène du film, dont le flashback est le logo traditionnel de la pièce du West End (c'était les cinq secondes de gloire de notre t-shirt). Vraiment, même si elle n'est pas parfaite, cette suite est un savant mélange de tout ce qui fait la magie et la tragédie d'Oz, laissant ses deux vedettes nous ensorceler...pour de bon. Yeah, for good.