Emilia Pérez
Note moyenne
4,1
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1 114 critiques spectateurs

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Yves G.

1 845 abonnés 4 020 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 28 août 2024
Avocate pénaliste, Rita Moro (Zoe Saldaña) est recrutée par Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), un seigneur de la drogue mexicain, pour une mission très particulière : organiser son changement de sexe, simuler sa disparition et accompagner en Suisse sa femme (Selena Gomez) et ses enfants.

Tout ou presque a déjà été dit sur le dixième film de Jacques Audiard. À Cannes, en mai dernier, il a raflé deux prix : celui du Jury – ce qui laisse penser qu’il a raté de peu la Palme d’or – et celui de l’interprétation féminine pour ses quatre actrices – solution un peu batarde pour réconcilier ceux qui voulaient l’attribuer à Zoe Saldaña et ceux qui lui préféraient Karla Sofia Gascón. En couverture de "Télérama" et de "Première", "Emilia Perez" est accueilli par une critique d’autant plus enthousiaste que l’été cinématographique a été pauvre en sorties retentissantes. Certes quelques voix dissidentes se font entendre ("Les Cahiers du cinéma", "Les Inrocks") ; mais elles sont largement minoritaires.

Le thème du film est à la fois trop improbable pour être crédible et trop dans l’air du temps pour ne pas être suspect : la réassignation de genre d’un chef de cartel, interprété par une actrice qui, elle aussi, a vécu dans sa chair la même transition. Il n’y a aucun suspens autour de cet enjeu, qui est annoncé dans la bande annonce, révélé dès le début du film et qui en constitue le principal argument publicitaire. L’identité est un thème passionnant, qui d’ailleurs traverse le cinéma d’Audiard depuis ses tout premiers films (Un héros très discret racontait l’histoire d’un homme ordinaire qui se faisait passer pour un héros de la Résistance). Il aurait pu être plus creusé encore ici : pourquoi Manitas décide-t-il de changer de sexe ? par une irrésistible pulsion refoulée depuis l’enfance ? pour échapper à ses rivaux ? pour consacrer sa vie désormais au Bien ?

Plus que par son sujet, c’est par son traitement que "Emilia Perez" impressionne. C’est un film hybride, qui mêle les genres. Une comédie musicale servie par la musique de Camille et de son compagnon Clément Ducol et par les chorégraphies endiablées de Damien Jalet. Le genre, artificiel à souhait, est casse-gueule. Il ralentit la narration. Pour un peu que les chansons ou leur interprétation soient ratées, tout peut chavirer. Ce danger est évité de justesse dans certaines séquences dispensables. Mais "Emilia Perez" tient crânement la route, entre polar et mélo.

"Emilia Perez" n’est peut-être pas le meilleur film de Jacques Audiard. Un prophète le surpassait à mon avis. Pour autant, la capacité de ce réalisateur, aux soixante-dix ans bien sonnés, de se réinventer dans chacun de ses films (le western avec "Les Frères Sisters" ou la comédie sentimentale avec "Les Olympiades") force l’admiration. Pour son œuvre si puissante et si diverse, il aura à bon droit sa place dans les encyclopédies du cinéma du XXIème siècle.
fafou_eperv
fafou_eperv

2 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 18 janvier 2025
2 musiques bien, sinon les autres musiques gâchent absolument tout le film pourtant très bien tourné et très bien joué.
Lise
Lise

1 abonné 41 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 août 2024
Ce film est tout simplement exceptionnel ! Jacques Audiard nous offre un chef-d'œuvre tant au niveau de la réalisation que du choix des acteurs et de l'histoire racontée ! Une comédie musicale sous fond de drame et thriller qui fonctionne parfaitement bien! Je n'ai pas vu le temps passer et franchement j'ai eu un réel coup de cœur pour ce film! Je ne peux que vous le recommander vivement!
Jean Lebon
Jean Lebon

1 critique Suivre son activité

1,0
Publiée le 2 février 2025
Franchement grotesque...Le film ne tient pas la route. Audiard ne semble pas prendre en compte les caractéristiques du banditisme et des narcotrafiquants mexicains.
Theo
Theo

35 abonnés 1 074 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 février 2025
Il arrive parfois qu’un film soit à la croisée des chemins entre une ambition cinématographique indéniable et une exécution qui ne parvient jamais tout à fait à atteindre les sommets qu’il vise. Emilia Pérez est exactement ce genre de film : une fresque musicale audacieuse, dotée d’une mise en scène remarquable et d’un univers singulier, mais qui trébuche sous le poids de ses propres prétentions.

Jacques Audiard est un cinéaste dont l’audace n’est plus à prouver. Avec Emilia Pérez, il s’aventure sur un territoire inhabituel : une comédie musicale aux accents de thriller, portée par des thématiques complexes et un regard atypique sur la transformation personnelle et l’identité. L’histoire suit Rita, une avocate embarquée dans une mission aussi invraisemblable que dangereuse : aider un chef de cartel à disparaître pour renaître en tant que femme.

Sur le papier, l’idée est fascinante. Sur l’écran, elle est parfois brillante, parfois bancale.

Le scénario, bien que truffé d’idées fortes, manque de cohésion. Certaines scènes sont d’une puissance rare, tandis que d’autres s’égarent dans des longueurs inutiles ou des développements qui sonnent creux. L’équilibre entre drame, thriller et comédie musicale est particulièrement fragile, et Audiard ne parvient pas toujours à le maintenir. L’émotion est là, indéniablement, mais elle est souvent entravée par un récit qui ne sait pas toujours quelle direction emprunter.

L’une des grandes forces du film réside dans ses performances. Zoe Saldaña, en avocate pragmatique et dépassée par les événements, livre une prestation solide et nuancée. Karla Sofía Gascón, dans le rôle-titre, incarne Emilia avec une présence indéniable, bien que son interprétation oscille parfois entre le magnétique et l’excessif.

Selena Gomez, quant à elle, peine à convaincre pleinement : son personnage aurait mérité une écriture plus fine, et son espagnol approximatif trahit un manque d’authenticité qui nuit à son rôle.

La direction artistique est, en revanche, une réussite totale. Chaque plan est soigné, chaque costume participe à la narration visuelle du film, et la photographie est d’une beauté saisissante. Audiard a toujours eu un sens du cadre et du mouvement qui se retrouve ici dans toute sa splendeur. Malheureusement, cette maîtrise formelle ne suffit pas à masquer les faiblesses structurelles du récit.

L’un des aspects les plus discutables du film est son utilisation de la musique. Si certaines compositions de Camille sont envoûtantes et s’intègrent parfaitement à l’univers du film, d’autres semblent plaquées sur l’action sans véritable justification narrative. Le mélange des genres musicaux, bien qu’ambitieux, crée un effet de rupture qui peut parfois sortir le spectateur de l’histoire plutôt que de l’y plonger.

Le principal problème réside dans la façon dont les numéros musicaux sont mis en scène. Certains sont inspirés et captivent, d’autres tombent dans une esthétique trop appuyée qui frôle l’expérimental sans jamais totalement convaincre. On sent une volonté de renouveler la comédie musicale, mais le résultat est inégal, parfois hypnotisant, parfois maladroit.

Emilia Pérez aborde des thématiques lourdes, notamment la quête d’identité, la rédemption et la violence des cartels. Le problème, c’est que ces sujets sont traités avec une approche qui oscille entre sincérité et maladresse. Certains passages semblent profondément réfléchis et porteurs d’un véritable discours, tandis que d’autres s’appuient sur des facilités scénaristiques ou des stéréotypes qui affaiblissent la portée du film.

En tentant de concilier spectacle et réflexion, Audiard finit par tomber dans une sorte de grand écart inconfortable : d’un côté, une œuvre profondément personnelle et visuellement aboutie, de l’autre, un traitement parfois simpliste de questions sociétales pourtant fondamentales.

Emilia Pérez est un film qui fascine autant qu’il frustre. Il est indéniablement marquant, ne serait-ce que par son ambition, son esthétique et quelques performances remarquables. Mais il est aussi inégal, parfois maladroit, et ne parvient pas toujours à être à la hauteur de ses propres aspirations.

C’est une œuvre qui mérite d’être vue, ne serait-ce que pour ses qualités artistiques et la prise de risque qu’elle représente. Cependant, elle laisse aussi un arrière-goût d’inachevé, comme si elle était passée à côté du chef-d’œuvre qu’elle aurait pu être.
Nicolas O'
Nicolas O'

2 abonnés 9 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 29 octobre 2024
Pourtant fan de l’œuvre de Jacques Audiard, c’est avec regret que je note ce film qui est une grande déception. Le mélange des genres (film noir psychologique / comédie musicale) ne fonctionne pas. Les personnages ne sont pas du tout crédibles, l’histoire ne tient pas debout, rien n’y est. Le résultat est pathétique et ennuyeux. Monsieur Audiard, ne réitérez pas les expériences et revenez à ce que vous savez faire, merci !
Joce2012
Joce2012

262 abonnés 750 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 août 2024
Excellent film d'une grande intensité très bien réalisé avec un scénario très mouvementé, les chants et danses atténuent la dureté du sujet, très bon moment de cinéma
Sarah Silah
Sarah Silah

1 critique Suivre son activité

0,5
Publiée le 14 décembre 2024
Un massacre.

Le ton et l'exécution sont incohérents : le film mélange plusieurs genres (comédie, thriller, musical et mélodrame) mais échoue à les harmoniser. Cette confusion des tons rend l’histoire difficile à suivre et empêche complètement de s’attacher aux personnages.


Les éléments musicaux sont très faibles !!! Bien qu’il soit présenté comme une comédie musicale les chansons de ce film sont complètement oubliables et mal intégrées à la narration. Elles donnent l’impression d’être ajoutées sans véritable lien avec l’histoire, ce qui nuit à l’ensemble.

L'intrigue n'est pas engageante malgré des thèmes forts comme l'identité de genre et la rédemption, l'histoire est confuse et sans émotions.

Le pire reste la représentation absolument pas authentique de la culture mexicaine. Comme l'a dit le cinéaste MEXICAIN Rodrigo Prieto, on ne peut passer outre l'absence de tournage au Mexique et le manque de participation de talents mexicains dans la production. Ce film ne reflète pas fidèlement les réalités et sensibilités mexicaines, en particulier dans le contexte du narcotrafic, qui est un sujet sensible pour le pays. En bref plein de représentations clichées et simplistes de la culture mexicaine. Par exemple, des erreurs comme l’utilisation du mot « cárcel » sur un panneau dans une scène de prison (plutôt que « penitenciaría » ou « reclusorio », plus appropriés en espagnol mexicain). Tout cela est révélateur d'un manque de recherche culturelle approfondie. Et j'en passe...

Jacques Audiard est déconnecté des nuances culturelles nécessaires pour traiter ces thèmes complexes de manière respectueuse et authentique.
MichèleS
MichèleS

12 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 11 novembre 2024
J'aime bien Audiard, son cinéma... La première séquence du film est extraordinaire...mais, mais..., je n'ai pas cru du tout à cette histoire abacadabrantesque... Je suis pourtant resté jusqu'au 2/3 du film à essayer d'entrer dans cette histoire mais j'ai fini par abandonner et sortir de la salle me disant que ce n'est pas parce que j'ai payé ma place que je dois de surcroit m'ennuyer d'avantage... Dommage.
Le cinéphile

791 abonnés 2 796 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 août 2024
Impressionnant de maîtrise Emilia Perez. Film puissant, étonnant, risqué, Émilia Perez doit beaucoup à une mise en scène extrêmement contemporaine et à une direction artistique totalement dingue. Zoé Saldana crève l’écran.
elriad

518 abonnés 2 024 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 novembre 2024
Véritable leçon de cinéma à tous les points de vue. Un scénario incroyable, des chorégraphies parfaites, des chansons délicieuses, un montage au cordeau, une photo hyper soignée grâce à une lumière intelligente. " Emilia Perez" prouve s'il en était encore besoin combien Jacques Arnaud est l'un des meilleurs réalisateurs français.
Tous les comédiens sont bons, le film offre out ce qui fait qu'on aime le cinéma. Ce sentiment d'être emporté dans une autre dimension, des prises de position sur des sujets qui font réfléchir. Un gros coup de cœur.
Michel C.

369 abonnés 1 798 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 août 2024
Jacques Audiard réalise un un complexe mélange de thriller et de comédie musicale en mettant Mesdames à l'honneur - pas moins de 4 au premier plan ! L'aspect comédie musicale n'est pas le meilleur et de loin dans cette comédie, avec le trafic de drogue en toile de fond et l'ambiance guerrière propre au Mexique - l' image d' Epinal ( si on peut dire ). Le réalisateur a du s'amuser dans la métamorphose d' Emilia, très bien orchestrée, et dans un scénario assez décoiffant pour le final. Pas de temps mort, tout au long de deux heures où l'avocate Zoe Saldana ( Rita ) donne une très brillante réponse et son soutien à Karla Sofía Gascón ( Emilia ). Un personnage haut en couleur, et attachant. Si on ajoute les deux femmes amusantes et pétillantes ( Epifania et Jessi ) apportant leur tempérament dans ce nouveau genre de la part de J Audiard, apprécié à juste titre. Cannes a justement récompensé son 10ème film ainsi que la production collective de ces 4 très beaux personnages féminins. Le genre musical ne m'a pas transporté sauf le dernier morceau parfait ! Merci pour ces magnifiques images et ce scénario innovant et osé......!!**
Pierre L.
Pierre L.

54 abonnés 137 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 mars 2025
Excellent film qui doit être récompensé et primé !!!.le scénario les dialogues les interprétations tout cela est excellent et vous prends jusqu a la dernière minute.

Du grand cinéma. Respect Audiard!!

Maj le 3 mars 2025 après les Oscars: la cérémonie des Oscars fut simplement une scandaleuse mascarade. J i de la peine pour toute l équipe de ce film .
Guillaume LR
Guillaume LR

43 abonnés 157 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 août 2024
Quand on me demande quel genre de films je n'aime pas, le premier qui me vient à l'esprit c'est "comédie musicale". J'ai toujours eu plus de mal à entrer dans ces histoires. A croire que depuis Lala Land, j'évolue un peu... Je ne savais pas spécialement qu'Emilia Perez était une comédie musicale avant d'aller le voir.
Quel choc ! Jacques Audiard nous livre ici une galerie de personnages passionnants, touchants, écrits en finesse. Je reproche souvent à certains films de laisser de côté des personnages, d'oublier de les développer suffisamment pour qu'ils aient du corps à l'écran. Ici rien de tel. Jacques Audiard n'oublie personne, et nous explose à la vue 3 personnages féminins extrêmement forts, unis et pourtant si différents. C'est un film qui laisse la place aux femmes. Quelles qu'elles soient. Elles sont fortes, elles sont faibles, elles doutent, elles souffrent, elles commandent, elles s'oublient, elles se battent. Elles sont professionnelles, mères, amies, soeurs, amantes, cheffe de meute, dans la lumière, dans l'ombre. Elles sont tout ça à la fois.
Et la forme rejoint ce fond dans un mélange étonnant.
Les chansons et la musique est aussi plurielle, elles collent aux personnages, aux émotions, à l'envie du moment ou aux regrets. On se fiche ici d'être juste, harmonique, doux. On chante, on crie, on chante seul(e) ou en choeur.
Bouleversant. Jacques Audiard, on le savait mais nous le prouve à nouveau, est un grand.
Fiers R.
Fiers R.

203 abonnés 869 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 octobre 2024
Décidément Jacques Audiard n’est jamais là où l’attend! Et c’est tant mieux car il aborde presque tous les genres et s’en tire souvent avec les honneurs et des louanges méritées. Après, par exemple, le drame social « Dheepan » (qui lui a valu une Palme d’or), le western parfaitement négocié à l’américaine (« Les frères Sisters »), une charmante chronique amoureuse en noir et blanc en forme d’hommage à La Nouvelle Vague entre gravité et légèreté (« Les Olympiades »), le voilà qui s’essaie à un genre casse-gueule au possible : la comédie musicale. Pas facile de prime abord, il aurait pu se faciliter la tâche en tournant dans son pays mais il tente la totale et sort de sa zone de confort en tournant au Mexique et en langue espagnole! Et comme pour tous ses autres films, il réussit le challenge haut la main et nous livre une œuvre sublime et magistrale qui fera date. « Emilia Perez » a reçu un prix du jury mérité à Cannes au sein d’une sélection de haute volée où concourraient les immenses « Les graines du figuier sauvage » et la claque choc « The Substance » - pour prendre deux exemples aux antipodes l’un de l’autre – mais c’est son prix d’interprétation féminine pour toutes ses actrices qui a surtout marqué, à raison, les esprits.

En effet, son casting de comédiennes du cru est purement et simplement exceptionnel. Non seulement elles jouent bien et livrent toutes des prestations qui marqueront au fer rouge leur carrières respectives mais en plus elles chantent et dansent comme des reines (ce qui n’est pas toujours facile et dans un genre où on peut vite sombrer dans le ridicule). Zoë Saldana, qu’on a davantage l’habitude de voir grimée dans des franchises (« Avatar » ou « Les Gardiens de la Galaxie ») montre à quel point elle excelle lorsqu’elle est bien dirigée comme ici avec un cinéaste habitué à ce que ses acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes. Elle brille dans les séquences classiques et dramatiques et surprend dans celles chantées et dansées comme la plus mémorable, celle du gala, qui s’avère un régal pour les yeux et les oreilles et une démonstration parfaite de ce que peut être une excellente comédie musicale. Selena Gomez prouve aussi que sortir de chez Disney jeunesse n'est pas une malédiction comme elle l’a déjà montré dans « Spring Breakers » d’Harmony Korine. Mais la révélation du film est sans conteste l’actrice transgenre Karla Sofia Gascon. Incroyable de charme, de volupté, d’assurance puis de rage contenue en femme, Audiard ose lui faire rejouer un homme dans la première partie où elle est monstrueuse et effrayante. Un double rôle à la croisée des genres qui fera date et impressionne durablement. « Emilia Perez » c’est elle et le film tient sur ses épaules comme les fondations d’un monument.

Il y a peut-être un ventre mou en milieu de film lorsque les deux parties se rejoignent, un petit quart d’heure de trop qui, en moins, aurait rendu le long-métrage plus rythmé et encore plus percutant. On se demande aussi ce qu’aurait donné « Emilia Perez » sans les numéros musicaux, tant l’histoire est déjà passionnante telle une tragédie antique aux sujets éminemment contemporains et qu’il y souffle un côté tragiquement épique. En effet, si les passages véritablement chantés et dansés sont majoritairement impeccables et permettent de faire avancer l’histoire en densifiant la psychologie des personnages ou en approfondissant des sujets, le fait de voir chanter certains dialogues sans raison pourra rebuter. Un chouï moins de ces séquences n’aurait peut-être pas nui au film. En revanche, lorsque les actrices chantent et dansent en même temps sur des chorégraphies de haute volée, à une ou deux exceptions près, c’est flamboyant et certains passages nous subjuguent. On pense aussi à cette séquence étonnante et originale où le bruit des armes crée une musique entraînante.

Audiard propose en plus une réflexion magnifique sur la transidentité et il est clair qu’on ne l’attendait pas là. C’est superbement écrit et pousse à nous interroger. Faire d’un chef de cartel impitoyable une femme en devenir, il fallait oser et il l’a fait sans que cela soit grossier, prête à la moquerie ou encore ne tienne pas debout. Son script est magistral et lorsqu’il se risque dans la seconde partie à parler de la corruption qui ronge le Mexique et du sujet brûlant des enlèvements et des disparitions qui gangrène le pays depuis quelques années, il le fait avec acuité et beaucoup de mérite et de tact. « Emilia Perez » réussit le pari d’être à la fois un film queer et coloré, une comédie musicale parfaitement orchestrée, un drame puissant au fond social et politique pertinent et un écrin parfait pour des actrices en état de grâce. Chapeau l’artiste! À quand une incursion dans la comédie pure, le film d’horreur ou celui de science-fiction?

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