Un film documentaire précieux sur une icône nationale, étendard de l’émancipation et de la beauté féminine française. Du sex-symbol à la femme engagée, ce portrait dévoile un itinéraire aussi lumineux que brutal, fidèle à celle qui a traversé son époque avec une intensité rare. Brigitte Bardot, figure de liberté, devient ici le centre d’un récit qui interroge ce que signifie être une femme artiste, désirée, observée, puis sacrifiée par la célébrité.
Le film s’appuie sur un vaste ensemble d’archives inédites, d’entretiens et de reconstitutions, afin de faire entendre une voix que les images ont souvent trahie. On y découvre Bardot sous un angle intime, dans ce passage vertigineux de l’explosion médiatique à la fuite volontaire hors du regard public. La narration met en évidence la décision radicale qui a façonné sa légende : tout quitter en 1973 pour consacrer sa vie aux animaux, après plus de quarante films et soixante-dix chansons. Le documentaire articule ainsi le mythe et la femme, les contradictions, les blessures, mais aussi la force qui l’a menée à se réinventer.
Ce parcours s’enracine dans une enfance éloignée des stéréotypes. Bardot n’était pas l’élève modèle, ni la petite fille parfaite que l’on attendait. La danse classique puis le mannequinat ouvrent la voie au cinéma, où son tempérament s’impose. Elle refuse de se soumettre, rend une gifle à Henri-Georges Clouzot, exige qu’on la respecte et devient l’incarnation d’une indépendance féminine nouvelle. À son apogée, on construit les films autour d’elle, on réécrit pour elle, et elle attire 80 % des recettes des productions auxquelles elle participe. Mais cette puissance nourrit aussi son enfermement : Bardot appartient au public, au fantasme, au désir, parfois plus qu’à elle-même.
Le documentaire interroge alors la véritable nature de son statut d’icône. Bardot est-elle étoile, figure de projection ou simple fantasme façonné par l’époque ? Les témoignages d’artistes, de proches et d’historiennes éclairent une personnalité plus fragile qu’on ne l’imagine, tiraillée entre liberté revendiquée et violence médiatique. Sa silhouette filmée à La Madrague symbolise cette femme qui tente d’échapper à l’image tout en continuant d’inspirer. Dans son engagement pour les animaux, elle trouve enfin l’espace où être elle-même. Aimer les hommes, disait-elle, c’est aussi refuser de faire souffrir les animaux. Une autre manière d’habiter le monde, avec courage et sincérité.