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Pierre Phdb
24 abonnés
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4,0
Publiée le 13 juillet 2023
Peut on mettre deux notes?
Un réalisateur qui fait un film sur un réalisateur d'un film et joue lui même ce rôle. Deux notes donc car tout dépend de se que l'on pense être le sujet de ce film:
- Soit un film un peu testament d'un réalisateur qui s'interroge sur lui son métier, l'évolution du cinéma. - Soit simplement une comédie.
Le fil réalisé se passe en 1956 une époque où les partis communistes sont auréolés du prestige acquis durant la résistance et où l'URSS de sa contribution marquante a la défaite de l'Allemagne. En Italie comme en France d'ailleurs le parti communiste est une force majeure. 1956 c'est aussi la date de l'invasion de la Hongrie par l'URSS et des conséquences de cela sur une section du PCI qui justement recevait un cirque hongrois.
Dans ce contexte plusieurs récits, financement du cinéma, rapports aux acteurs etc...
En mode comédie un bon moment donc a voir comme tel.
Dès les premières images, d’une esthétique époustouflante, le ton flamboyant et provocateur signé Moretti est donné. Réalisateur exalté et surmené, Giovanni (le cinéaste lui-même) déroule un spectacle réjouissante , dialogues excessifs et scènes hilarantes. Atmosphère de cirque à l’italienne, humour décapant sur fond de militantisme, Giovanni embarque dans ses colères et dans ses fulgurances une troupe savoureuse, haute en couleur : une brochette de comédiennes complètement barrées, Margherita Buy (Paolo), Barbara Bobuliva (Vera), Valentini Romani (Emma), des acteurs aux rôles truculents dont Silvio Orlando (Ennio) et surtout, Mathieu Amalric (Pierre). Sur fond de révolution hongroise, de répression par les troupes russes, de mouvement de protestation mené par le Parti communiste italien et… d’amours contrariées, le film dans le film oscille entre humour et gravité, entre ironie et nostalgie. Les fans de Moretti y découvriront une image clin-d’oeil : le kitchissime plaid-patchwork déjà vu dans « Sogni d’Oro » (1981). Après l’émouvant « Tre Piani » en 2021, Nani Moretti-le facétieux a réussi là une comédie déjà mémorable. A voir en VO, absolument.
Vers le milieu du film, Moretti évoque comment il est possible, en 7 min, d'éloigner la violence tout en tournant une scène elle-même violente. C'est ce que réussi, magnifiquement, à faire Moretti, dans ce film, en nous éloignant de son cinéma pendant 1h35 ! Finalement, c'est "le film dans le film" et les scènes ou Moretti n'apparaît pas qui sont les plus intéressantes et les plus réussies. Peu de place et peu de consistance pour les rôles féminins. Un "petit" Moretti.
Il s’agit d’un nième film dans le film [cf. « Quinze jours ailleurs » (1962) de Vincente Minnelli, « La nuit américaine » (1973) de François Truffaut ou « Même la pluie » (2010) d’Icíar Bollaín] ; il raconte le tournage à Rome, par Giovanni (interprété par le réalisateur), de la réaction du parti communiste italien [2 millions d’adhérents alors et dirigé par Palmiro Togliatti (1893-1964)] lors du soulèvement hongrois en octobre 1956 et sa répression soviétique en novembre 1956. Malgré sa psychorigidité, Giovanni est touchant avec sa non compréhension du présent [la rencontre avec les représentants de Netflix (présent dans 190 pays !) est désopilante] et le film transpire de l’amour du cinéma de Nanni Morretti [références à « La dolce vita » (1960) de Federico Fellini, « Lola » (1961) de Jacques Demy et « Saint Michel avait un coq » (1973) de Paolo et Vittorio Taviani]. Malheureusement, les histoires annexes [spoiler: sa femme, qui est également sa productrice, veut le quitter (cela n’est jamais le moment) et n’y arrive pas, sa fille, entichée de l’ambassadeur polonais à Rome et qui pourrait être son père ] constituent des digressions inutiles. Idem pour la scène, trop longue, où Gianni perturbe le tournage de la dernière scène d’un film violent spoiler: (que sa femme produit, à son grand désarroi), en désaccord sur la représentation de la violence au cinéma : il fallait uniquement garder ses appels téléphoniques à Renzo Piano (86 ans, architecte, connu pour la réalisation, en 1977 du centre Pompidou à Paris et l’aménagement du Porto Antico à Gênes en 1992) et Martin Scorsese (sur répondeur !).
Vu un avenir radieux. Le début peine à démarrer. Nanni Moretti annonce et prononce chaque syllabe comme un maître d'école du primaire. On est mis en situation d'écolier qui allons prendre une leçon de cinéma, d'éthique et de partage façon PCI des années 50.
Mais après 20 minutes d'un "je" de cinéaste /cinéphile assommant et intelligent, on fini par rire un peu. Certaines scènes sont très réussies et drôles notamment celles qui se rapportent à une satire du cinéma violent qui en nous rabaissant et qui se moquent de toute éthique. Les scènes avec les coproducteurs Coréens sont drolatiques avec les producteurs de Netflix ridiculises. Les producteurs de Netflix présentés comme des compteurs à gaz qui répètent que Netflix existe dans 190 pays. Ils chiffrent. Chiffrent bêtement.
Sa querelle de couple ennuyeuse au possible. Un film inégal trop film de "papy" dépassé qui ne peut que haïr le changement de société mais avec des éclairs d'intelligence loufoque.
Un film enthousiasmant et militant, une belle réflexion sur l'art et sur son pouvoir. Une enchevêtrement de situations où se mêlent avec humour et mélancolie, réalité et fiction, le cinéma dans le cinéma, les différents aléas qui peuvent empêcher le film de se réaliser et les interrogations du cinéaste plus ou moins influencées par sa vie privée qui se délite. La musique est très importante et emporte le spectateur dans un élan virevoltant et un avenir radieux
On a envie de griffer le personnage principal, Giovanni, et donc l'auteur du film Moretti, du début à la fin. De toute façon, ce Giovanni et Nanni Moretti, c'est le même, non ?
Cette façon de couper les cheveux en quatre énerve... "Cuadrado como una puerta", comme disent les argentins ! Et on aime bien quand Netflix lui explique qu'il leur faut un "moment what the fuck" s'il veut qu'ils financent le film. Ça fait frémir le réalisateur (le personnage et l'auteur donc). Mais ça nous amuse, nous, même si nous n'aimons pas Netflix !
Son premier film était "Je suis un autarcique" (1976). Un autarcique ! Que Wikipedia résume : "Un metteur en scène mégalomaniaque veut réaliser un projet de théâtre expérimental aux côtés d'une troupe non moins inspirée".
Ça fait presque peur d'avoir passé sa vie (toute sa vie finalement) à s'observer et à s'obséder sur cette question de l'authenticité. Là, le prétexte est l'occupation russe de la Hongrie en 1956, vu de l'Italie, dans sa réalité et dans sa représentation. Il pourrait être tout autre.
Mais l'auteur / personnage n'est pas dupe de cette obsession. Et c'est sans doute là tout l'intérêt du film. Son attitude se retrouve chez une multitude de gens. Qui normalement devraient avoir aussi envie de se griffer en sortant de la salle.
C'est pourquoi le film se termine avec cette chanson "Et si tu n'existais pas" de Joe Dassin, qui sans surprise date exactement de son premier film (fin 1975). Moretti aurait dit : "je veux avoir l'illusion que donner l'exemple compte".
Je comprends bien ce qu'a voulu exprimer le réalisateur: son amour pour un certain cinéma. Mais je me suis fermement ennuyé: un nombre de longueurs incroyables , des situations sans queue ni tête, un scénario très décousu. Dommage.
Consternant ! Le réalisateur utilise un dispositif qu'il affectionne beaucoup : le travelling orbital autour de son nombril. Les saynètes comiques (toutes) présentées dans la bande annonce perdent même leur effet comique dans le contexte du film (il y a clairement tromperie sur la marchandise). Voilà, je blacklist N.M. définitivement.
Voilà un film imparfait… comme nous, mais rafraichissant. A l'approche des 70 ans, Moretti virevolte, assume ses ambiguïtés, verse un poil dans l'autodérision, refait le monde, cache son angoisse et convoque la chanson italienne pour ensoleiller le monde gris qui l'entoure. Il est libre "Giovanni" de penser que le PCI aurait pu virer autrement en 56, que le couple stable est encore un idéal à trouver, que le cinéma a un avenir radieux face aux concepts marketing de Netflix. Moretti ressasse ce qu'il nous a déjà dit, mais au-delà de quelques longueurs, il nous offre des scènes fortes de sens comme son interruption du final du film coréen: la violence à l'écran devrait provoquer son rejet dans la vie réelle, et non pas se banaliser en objet de consommation. Les cinéphiles y trouveront de plus un lot éclectique de références à quelques personnalités du septième art. Cinéma en VF (erreur involontaire, aie!) juillet 23
Nanni Moretti nous raconte l'histoire d'un cinéaste en proie aux doutes, à des problèmes de couple, à sa désillusion de la politique et aux difficultés de financer son film. Il parle donc de lui. Comme toujours. Même si la partie sur Netflix et les nouveaux producteurs du cinéma mondial est savoureuse le reste auto-centré jusqu'à l'écœurement et sans la poésie de ses premiers films m'a laissé complètement de marbre. Nanni Moretti ne roule plus dans les rues de Rome en Vespa (il l'a même troquée contre une trottinette) au son du Koln Concert de Keith Jarrett, comme dans son "Caro Diaro" et c'est bien dommage.