Je n’avais pas retenu « Conclave » parmi les films sortis en décembre dernier....et puis l’actualité étant ce qu’elle est, je suis donc allé le voir...et je n’étais pas le seul puisque la salle où il est encore projeté, au Saint André des Arts, ( la seule en région parisienne) , était totalement comble...J’en suis sorti profondément déçu, sinon excédé devant un film sans relief, en dehors d’être un pseudo documentaire sur l’élection d’un pape et de ce fameux conclave...ce que Nani Moretti avait filmé avec beaucoup plus de subtilité dans son « Habemus Papam » avec un Michel Piccoli admirable dans un rôle quasi muet dont le visage traduisait tour à tour l'incompréhension, la panique, l'hébétude, le ravissement... Avec « Conclave », Edward Berger nous donne un film avec cette dimension documentaire, qu’on imagine documentée (faute d’expertise sur le sujet, on croit le film sur parole), avec ses manœuvres de couloir, dignes d’un congrès d’un parti politique, cardinaux en conciliabule, clope au bec entre deux votes... (combien de votes pour quel candidat ?) les discussions théoriques et théologiques sont minces et souvent écrites à gros traits (les méchants sont islamophobes et homophobes, les gentils prônent la tolérance).
Si ces réflexions peuvent être brûlantes dans les débats concernant l’Église catholique de nos jours, on en ressort avec l’impression de n’avoir rien appris…. Edward Berger et son scénariste, Peter Straughan, semblent moins intéressés par la religion catholique, ses spécificités, son administration, les débats internes qui la rendent contemporaine et vivante, que par le cinéma dopé aux instants d’intensité dramatique qu’ils peuvent en tirer, souvent artificiellement malgré le soin esthétique qui a prévalu dans la construction du film et la qualité du jeu des acteurs principaux... Dans sa dernière partie, « Conclave » multiplie les idées de scénario proprement absurdes (l’irruption d’attentats islamistes au milieu de tout ça !) et une surprise finale involontairement burlesque que l’on se gardera bien de dévoiler.
... Comment s’expliquer que « Conclave » ait figuré parmi les favoris des derniers Oscars, obtenant l’Oscar du Meilleur scénario adapté ? Les voies de l’Académie sont impénétrables...tout comme celles des cardinaux !!!