Passionnante cette plongée dans l'univers d'un conclave! Un petit côté documentaire sur un monde interdit tout à fait excitant.
Anticlérical? la façon dont certains prélats ressemblent à des politiciens en campagne électorale, ce n'est pas très appétissant... Berger n'a pas peur de charger la barque. C'est le reproche que je lui ferais. Coups fourrés, révélations... Cela aurait pu être plus sournois et moins "colonnes de presse à scandale".
Mais le cardinal Lawrence, celui qui en qualité de doyen est chargé d'organiser et de tenir ce conclave organisé au pied levé après la disparition brutale du Pape, est une belle figure d'homme honnête, scrupuleux et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour que l'église se dote d'un pasteur irréprochable. Ralph Fiennes est parfait. Et celui qui sera l'élu surprise à la fin est aussi une belle figure. Donc: lavons Berger de la présomption d'anticléricalisme.
L'image est somptueuse. Cinecitta a mis le paquet tant on s'y croit: immenses salles lumineuses, cours dallées, et souvent, des contre plongées sur ce petit (vu d'en haut!) peuple rouge et blanc qui se déplace comme des figurines d'un jeu électronique. D'ailleurs, n'est ce pas un peu cela? Beaucoup ne sont ils pas les pions manipulés par quelques ambitieux? Alors, on se réunit par petits groupes, dans les escaliers, dans les chambres de la résidence hôtelière, on monte des stratégies...
Pour commencer, voilà que pour Lawrence les ennuis commencent. Arrive un nouveau! Un cardinal non recensé! Oui, un témoin le confirme. Le défunt pape a bien nommé très récemment un cardinal in pectore, Benitez (Carlos Diehz) Tout s'explique: il est cardinal... de Kaboul. Le désigner était l'envoyer à une mort certaine.
Il y a bien évidemment des italiens en première ligne. Aussi différents que possible. Le progressiste Bellini (Stanley Tucci) qui a la faveur de Lawrence, dont il est l'ami; et le cardinal Tedesco (Sergio Castellito), prototype de l'italien voyant, grande gueule, et.... outrageusement réac.
Et parmi les ambitieux, le Canadien Tremblay (John Lithgow), dont on comprend assez rapidement qu'il est prêt à tout pour devenir l'homme en blanc. Et qui va donc essayer de faire tomber celui qui, de manière surprenante, arrive en tête, le cardinal Adeyemi (Lucian Msamati), qui lui aussi est, sur le plan des moeurs, plutôt rétrograde, mais voila: il serait temps d'élire un pape africain, là ou le christianisme est vivace!
Et Adeyemi, mis à part le fait qu'il ne favorisera pas l'accès des femmes aux hautes fonctions dans l'église... est plutôt un homme plutôt sympathique.
Mais il a un lourd secret dans son passé, et Tremblay le connait: il y a des décennies, Adeyemi a fait un enfant à une novice. Et Tremblay le sait.... il a manigancé pour que le scandale arrive.... voilà, c'est sur ce point que je trouve que Berger charge un peu lourdement la barque...
Comment Lawrence arrive t-il à voir un peu clair dans ce brouet? En partie, grâce à son secrétaire, le père O'Malley (Brian O'Byrne) qui peut, lui, sortir, téléphoner.. -tous les téléphones des cardinaux ayant été ramassés au moment de la clôture.
Il y a aussi Soeur Agnès, la responsable de l'intendance, qui règne sur tout un petit monde d'ombres qui glissent sur leurs baskets pour préparer et servir les repas, assurer l'ordre et le ménage dans la résidence Sainte Marthe. Que dit-elle, Agnès "nous, les soeurs, nous sommes invisibles, mais ça ne nous empêche pas d'avoir des yeux et des oreilles!" Chère Isabella Rossellini! elle n'est pas de celles qui tentent de préserver une éternelle jeunesse à coups de lifting et d'injections; elle n'hésite pas à interpréter une vieille bonne soeur moche.... mais une maitresse femme, une véritable chef d'entreprise.
Tremblay et Adeyemi éliminés, les jeux sont rebattus. Même si Lawrence a bien trop d'humilité pour se voir pape, avoir quelques partisans lui fait quelque chose... cependant, Tedesco est en tête!! Comment s'en étonner: il a des relations, du bagout...
Mais il se lance dans un discours réactionnaire, raciste, consternant de bêtise et de suffisance, et celui qui lui répond c'est l'inattendu Benitez, celui qui a toute sa vie travaillé dans des milieux difficiles, auprès des déshérités, en Afrique, il lui répond par des paroles simples, grandes, humanistes; le conclave est retourné... et c'est Benitez qui deviendra le souverain Pontife.
Mais notre cher Lawrence n'est pas au bout de ses peines. Il y a encore des bruits... une clinique... particulière... Et là survient ce coup de théâtre final que la plupart des critiques n'ont pas aimé, ont trouvé inutile voir ridicule. Ils n'ont rien compris.! Cette fin est au contraire très forte, en particulier sur le plan théologique.
Benitez est un hermaphrodite, et il ne l'a jamais su. Au séminaire, ce n'est pas le genre de choses dont on se préoccupait. Il a appris, lors d'une banale opération de l'appendicite, qu'il possédait aussi un utérus et des ovaires. A voulu les faire enlever. Puis est revenu sur cette décision. Si Dieu a voulu qu'il soit ainsi -pourquoi aller contre la volonté de Dieu? Cela ouvre toute une réflexion sur l'acceptation des homosexuels et de leur mariage par l'église. Si Dieu a voulu que certains, au lieu d'être attirés par l'autre sexe, le soient par leur propre sexe, pourquoi aller contre la volonté de Dieu?
Bref, un film intelligent et magnifiquement interprété par tous les acteurs qui incarnent parfaitement leurs personnages